Allemagne : Angela Merkel annonce une petite baisse d'impôts et oublie l'investissement public

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Angela Merkel a annoncé une baisse d'impôts de 0,2 % du PIB sur les deux prochaines années.
Angela Merkel a annoncé une baisse d'impôts de 0,2 % du PIB sur les deux prochaines années. (Crédits : FABRIZIO BENSCH)
Alors que l'Allemagne devrait encore être accusée d'inaction lors de,la réunion du FMI ce week-end, Angela Merkel a annoncé une baisse d'impôt de 6,3 milliards d'euros. Une mesure politique qui ne résout pas les maux de l'économie européenne.

Décidément, l'Allemagne refuse de se lancer dans une vraie relance. Ce jeudi 6 octobre, devant la Fédération des industriels allemands (BDI), Angela Merkel a annoncé une réforme fiscale permettant de réduire les impôts de 6,3 milliards d'euros sur les deux prochaines années. Cette « mini-réforme », comme la nomme le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung, se mettra progressivement en place au cours des deux prochaines années. Elle tente évidemment de rassurer l'électorat avant des élections fédérales de septembre 2017 qui s'annoncent délicates pour la « grande coalition » entre les Chrétiens-démocrates et les Sociaux-démocrates.

Certes, Angela Merkel a promis que cette baisse d'impôts pourrait être encore amplifiée dans les années à venir. Mais c'est clairement un effort très réduit au regard des enjeux actuels. Et nul doute que le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, le père de cette « mini-réforme » ne manquera pas, lors de la réunion du FMI de Washington ce week-end, de voir surgir de nouvelles critiques à l'égard de la stratégie économique de son pays. Le premier de ces enjeux est la réduction de son excédent courant afin de créer un surplus de demande en Europe et dans le monde. Or, cette réforme fiscale ne semble pas réellement répondre à cet enjeu.

Faiblesse de la mesure annoncée

Le montant mis sur la table demeure en effet réduit : il s'agit de 0,2 % du PIB allemand réparti sur deux années. Pas de quoi réellement changer la donne, ni en Allemagne, ni dans l'Union européenne. A titre de comparaison, cette somme représente, en données brutes, moins d'un tiers de la croissance de la consommation au cours du seul premier trimestre 2016. En matière de relance, faire peu revient à ne rien faire. L'inutilité économique de cette démarche est donc à craindre. Au niveau européen, là où l'action du gouvernement allemand pourrait être décisive, l'effet de cette mesure sera encore plus diffus dans la mesure où les pays de la zone euro ne profitent que partiellement de la hausse de la consommation des ménages en Allemagne. On est donc dans l'infinitésimal.

Réponse surtout politique

Cette annonce est donc avant tout politique. Angela Merkel répond par cette mesure à la double progression dans les sondages de l'AfD xénophobe et de la FDP libérale en réduisant la progressivité de l'impôt pour éviter que les augmentations de salaires ne soient « avalées » par les changements de tranches fiscales correspondantes. C'est une concession accordée aux classes moyennes tentées par la FDP et, à l'ouest, par l'AfD. Pour les classes les plus fragiles, la somme non imposable est relevée de 8.652 euros à 9.000 euros.

Une mesure qui favorise l'épargne ?

Le choix de la baisse d'impôts pour exercer une impulsion sur l'économie est, du reste, extrêmement contestable. Les Allemands sont très inquiets des taux bas et de l'avenir de leur système de retraites. Un débat fait actuellement rage sur le fait que, compte tenu du vieillissement de la situation, les retraites pourraient baisser d'ici une quinzaine d'années. La tentation est donc grande d'épargner plus et, paradoxalement, les taux bas incitent encore les Allemands inquiets à épargner encore davantage afin de compenser par le capital placé la faiblesse des rendements. Au final, ces baisses d'impôts pourraient venir encore alimenter l'épargne allemande. Cette mesure, loin d'être une mesure de relance, viendrait alors renforcer les maux de l'économie européenne en alimentant encore un de ses principaux problèmes : l'excès d'épargne.

Besoins considérables d'infrastructures

Car, parallèlement, l'Etat fédéral se montre toujours aussi incapable de prendre des mesures de relance de l'investissement, notamment des infrastructures. Or, des projets ambitieux dans ce domaine ne seraient pas superflus et permettraient de créer une dynamique positive au niveau allemand et européen. Les besoins, en tout cas, sont là. Ce jeudi, le président de la BDI, Ulrich Grillo, a demandé plus d'investissement dans ce domaine. L'institut économique IW Köln, proche du patronat, a chiffré à 120 milliards d'euros, soit 4 % du PIB les besoins de dépenses d'infrastructures en Allemagne. L'institut berlinois DIW avance le chiffre de 136 milliards d'euros.

Or, ce besoin répond aussi à une vraie demande, comme le soulignait ce jeudi matin le quotidien économique Handelsblatt. Les assureurs cherchent en effet des alternatives aux taux bas et réclament la capacité d'investir l'argent des épargnants dans les infrastructures. Or, comme le souligne dans les colonnes du journal de Düsseldorf le président du troisième assureur allemand Talanx, Herbert Haas, « il existe peu de grands projets d'infrastructures publics qui se sont ouverts à notre branche ». En 2016, les investissements public-privé d'infrastructures en Allemagne ne seront que de 825 millions d'euros, en baisse de 17,5 % sur deux ans.

L'impasse pour la stratégie de la BCE

C'est un des points centraux du problème européen : la BCE tente de baisser les taux pour rendre plus attractifs les investissements à long terme. Mais l'absence de projets dans la première économie européenne est un frein à ce mécanisme. Résultat : les assureurs allemands vont investir ailleurs. Si la destination de ces investissements reste la zone euro et les infrastructures, ce peut être un élément positif. Mais les fonds vont souvent, selon les assureurs dans les pays émergents et hors de la zone euro et repartent majoritairement dans le système financier où ils déstabilisent encore un secteur bancaire déjà fragile... La crise de la Deutsche Bank l'a clairement rappelé. Au final, l'excédent courant allemand est creusé et ne vient financer que très partiellement la croissance de la zone euro.

Le gouvernement avance à pas feutrés

Certes, parallèlement, les dépenses publiques d'infrastructures devraient augmenter en 2016 de 2 milliards d'euros seulement selon le budget de 2016, soit une hausse de 3,7 %. Mais on est encore très loin des besoins et de la mise en place d'un cercle vertueux répondant positivement au stimulus de la BCE. Au final, l'Allemagne demeure en état de sous-investissement public massif qui, in fine, nuit à sa compétitivité. Selon le classement du World Economic Forum (WEF), la qualité des infrastructures allemandes est ainsi passée du premier au huitième rang mondial en six ans. Un sous-investissement qui ne touche pas que les infrastructures routières, mais aussi numériques et énergétiques, et qui est le fruit de la stratégie de consolidation budgétaire menée par Wolfgang Schäuble. Ce sont ces postes de dépenses qui ont été mis à contribution en premier lieu. La stratégie d'Angela Merkel est d'y répondre - elle l'a confirmé ce jeudi - par une stratégie progressive pour éviter « les goulots d'étranglement des projets ». Bref, la chancelière prévient qu'elle n'en fera surtout pas trop...

L'obsession de l'excédent

Pourtant l'Allemagne aurait les moyens de se lancer dans un plan de relance ambitieux. Le pays dégage un excédent de ses comptes publics et les experts ont estimé que les recettes fiscales progresseraient d'au moins 100 milliards d'euros de plus que prévu. Mais deux éléments bloquent toute vraie décision. D'abord, le manque de volonté politique incarné par un Wolfgang Schäuble qui préfère dégager des excédents pour faire baisser la dette publique. La règle d'or votée en 2009 prévoit la possibilité d'un déficit structurel de 0,35 % du PIB pour l'Etat fédéral, mais même cette possibilité, sans doute très réduite est refusée par le ministère des Finances qui préfère rester sur le sacro-saint « Schwarze Null » (« Zéro noir »), terme allemand désignant l'équilibre budgétaire. Au point que Wolfgang Schäuble donne l'impression de dénouer les cordons de la bourse lorsqu'il se contente de cet équilibre !

Problèmes structurels

L'autre élément est structurel. La prise de décisions sur les infrastructures entre communes, Länder et Etat fédéral est souvent complexe et long. Les trois niveaux se méfient fortement des autres. Actuellement, par exemple, les Länder et l'Etat fédéral s'écharpent pour définir les conditions de l'entrée des investisseurs privés dans les projets autoroutiers. Les Länder redoutent une centralisation de la prise de décision et bloquent les projets. Parallèlement, certains Länder sont encore dans une phase d'ajustement budgétaire forcée pour arriver à l'équilibre de leurs comptes publics en 2020 comme le prévoit la règle d'or constitutionnelle. Quant aux communes, beaucoup sont encore très désargentées et coupent dans les investissements.

L'impasse allemande pour la BCE

Rien ne semble donc devoir permettre la mise en place d'une politique d'investissements publics actifs capable de réduire l'excédent courant allemand et d'alimenter la demande en zone euro pour accélérer la croissance. L'Allemagne continue de se contenter d'une croissance de 1,5 % à 2 % par an, principalement tirée par une hausse modeste de la consommation et par la demande extérieure. Dans ce cadre, la croissance en zone euro ne peut qu'être réduite : elle contraint les Etats moins compétitifs à des ajustements permanents négatifs pour leur propre croissance et maintient l'inflation à des niveaux faibles. Pour la BCE, il s'agit d'un des principaux freins au succès de sa politique. En août 2014, à Jackson Hole, Mario Draghi avait estimé qu'une politique monétaire expansionniste ne pouvait réussir sans appui budgétaire de ceux qui peuvent agir, comme l'Allemagne. Plus de deux ans plus tard, sa prévision est en passe de se réaliser. Et l'Allemagne ne bouge toujours pas.

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Commentaires
a écrit le 07/10/2016 à 9:42 :
Ben oui les élections approchent...

L'Europe ne sert à l'Allemagne qu'à servir ses intérêts, le reste elle s'en tape.

Mais bon comment le leur reprocher ? Notre europe est tellement faible, si peu légitime que n'importe quoi d'un peu puissant peut lui faire faire ce qu'il veut le problème est donc bien plus l'europe que l'Allemagne.
a écrit le 07/10/2016 à 8:32 :
Une petite baisse avec Angela ? Nein danke.
Le titre est racoleur, la realite toute autre.
a écrit le 06/10/2016 à 21:43 :
Elle n'est pas Schroder, ils ont profité - de trop - des effets et ils deviennent la cause des malheurs et futur malheurs de l'Allemagne.
a écrit le 06/10/2016 à 20:55 :
Les Allemands ne veulent pas comprendre parce que l'esprit de système leur apparaît comme une forme de sagesse. Ils préfèrent Kant à Hegel. Pas de dialectique, seulement le devoir...
Un symbole psychologique : Angela change de veston tous les jours, elle en possède des dizaines, mais tous de la même coupe, avec une nuance de couleur légèrement différente !
Réparer les nids de poules et conforter les ouvrages d'art, voilà de répugnants gaspillages dignes des Latins dispendieux.
Réponse de le 07/10/2016 à 9:06 :
c est vrai qu en france, acheter des TGV pour les faire rouler sur des lignes normales,c est un investissement malin ...
Réponse de le 07/10/2016 à 9:23 :
"Réparer les nids de poules et conforter les ouvrages d'art" écrivez vous ...
C'est méconnaître totalement la nature de l'organisation fédérale allemande.!

En France il est souvent vrai que personne ne peut entreprendre quoi que ce soit sans l'aval de l'état, en Allemagne, les routes et ouvrages d'art sont de l'exclusive compétence des Länder (régions fédérales) ! Si eux ne veulent pas investir, l'état fédéral ne peut les y forcer.

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