Allemagne : les Verts donnent un coup de barre à gauche

Lors de leur congrès à Münster, les Ecologistes ont adopté un projet d'impôt sur la fortune qui les ancre à gauche. Une défaite pour les partisans de l'alliance avec Angela Merkel qui, cependant, n'ont pas dit leur dernier mot.
Winfried Kretschmann, chef de l'aile droite des Verts allemands, a subi une défaite interne ce week-end.
Winfried Kretschmann, chef de l'aile droite des Verts allemands, a subi une défaite interne ce week-end. (Crédits : © Wolfgang Rattay / Reuters)

Les Verts allemands prennent un virage à gauche. Lors de la leur congrès à Münster, les délégués du parti écologiste se sont décidés en faveur de la réintroduction d'un impôt sur la fortune et pour la fin des sanctions envers les demandeurs d'emplois de longue durée qui refusent des postes. Deux éléments qui devraient donc être inclus dans le programme des Verts pour l'élection fédérale de septembre 2017 et qui ancrent clairement le parti dans la gauche puisque ce sont également des propositions défendues par le parti de gauche Die Linke.

Coup de barre à gauche

Dans la lutte historique entre la droite du parti (les « Realos ») et la gauche de ce même parti (les « Fundis »), ces derniers ont clairement gagné la partie ce dimanche. Le chef de file des Fundis, Jürgen Trittin a été acclamé par une assemblée restée très silencieuse devant le principal représentant des Realos, Winfried Kretschmann, le ministre-président de Bade-Wurtemberg qui a choisi de s'allier dans son Land avec la CDU d'Angela Merkel.

Cette décision est essentielle dans l'optique de l'après-élection fédérale de septembre 2017 où la constitution de la coalition au pouvoir sera rendue plus délicate par l'irruption - peut-être - de deux nouveaux partis au Bundestag : les Xénophobes et Eurosceptiques d'Alternative für Deutschland (AfD) et les Libéraux de la FDP. Les Verts seront en effet, au centre de ces tractations. Les sondages leur attribuent en effet entre 11 % et 13 % des voix, ce qui leur donne un pouvoir de négociation important, car les Ecologistes gouvernent, dans les Länder, tant avec la droite qu'avec la gauche.

Les Verts, compatibles avec tous

Les Verts participent en effet au gouvernement dans 11 des 16 Länder allemands dans des formules très diverses. Dans cinq Länder (Basse-Saxe, Rhénanie du Nord Westphalie, Hambourg, Brême, Schleswig Holstein), les Verts gouvernent en coalition avec la SPD sociale-démocrate. Cette alliance « rouge-verte » qui a gouverné l'Allemagne de 1998 à 2005, n'est plus possible au niveau fédéral compte tenu de l'affaiblissement de la SPD (qui n'est donnée qu'aux alentours de 22 % des intentions de vote). Dans deux Länder (Thuringe et bientôt Berlin), les Verts participent à une alliance de gauche avec la SPD et Die Linke, alliance qui est désormais très évoquée outre-Rhin comme une option de l'après-2017. Mais dans deux autres Länder (Hesse et Bade-Wurtemberg), les Verts gouvernent avec la CDU d'Angela Merkel. En Rhénanie Palatinat et en Saxe-Anhalt, l'alliance rouge-verte est complétée par un allié de droite : FDP dans l'un, CDU dans l'autre.

Le choix des Verts

Grosso modo, les Verts vont devoir choisir au niveau fédéral entre une alliance de gauche, seule solution pour exclure du pouvoir Angela Merkel et l'acceptation d'une alliance avec la CDU, formule à laquelle Angela Merkel s'est dite ouverte et que défend clairement Winfried Kretschmann. C'est cette dernière option qui a été battue lors du Congrès. Il est vrai que si elle obtient entre 45 % et 47 % des intentions de vote selon les sondages - qui lui donne une possibilité de majorité absolue des sièges au Bundestag - elle est politiquement difficile car, derrière la CDU se place la CSU bavaroise. La sœur méridionale de la CDU a durci son discours, notamment sur l'immigration et si elle soutient Angela Merkel à la chancellerie, elle entend clairement agir dans un sens conservateur dans le prochain cabinet. A la gauche des Verts, une telle alliance avec la CSU apparaît clairement contre-nature. On a donc dégainé l'argument de l'impôt sur la fortune, impôt qui a été officiellement « suspendu » en 1997 à la suite d'une décision du tribunal constitutionnel et qui est radicalement rejeté par la CDU.

Angela Merkel réactive la grande coalition

Pour Angela Merkel, il est donc urgent de réactiver la « grande coalition », aussi usée soit-elle. Un signe a été envoyé dans ce sens dès ce lundi 14 novembre avec le soutien accordé par la CDU au vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères, le Social-démocrate Frank-Wlater Steinmeier, dans la course à la présidence fédérale. Le renouvellement de cette « grande coalition » à l'occasion de l'élection présidentielle a plusieurs avantages pour la chancelière : elle désamorce toute tentative d'alliance de gauche qui aurait préludé à la constitution d'une telle alliance au niveau fédéral après les élections de 2017 et elle se débarrasse du plus populaire des Sociaux-démocrates, réduisant leurs chances de faire un bon score et de pousser une candidature alternative à la sienne.

La droite des Verts n'a pas dit son dernier mot

Pour les Verts, c'est un avertissement sans frais : la « grande coalition » pourrait survivre aux élections de 2017 si elle demeure la seule option d'Angela Merkel pour rester à la chancellerie. En tout cas, la CDU fera tout pour empêcher une alliance « rouge-rouge-verte » au niveau fédéral. Du reste cette alliance est loin d'être acquise. Elle ne déplaît pas qu'à Angela Merkel, mais aussi à bien des dirigeants au sein des trois partis de gauche. C'est, du reste, le rejet d'une telle alliance par la SPD qui avait empêché en 2013 cette coalition, majoritaire dans le Bundestag actuel, de gouverner. Or, cette fois, les trois partis de gauche pourraient manquer de majorité avec seulement 42 à 44 % des intentions de vote et compte tenu de l'arrivée des deux nouveaux partis au Bundestag. Winfried Kretschmann n'a donc pas dit son dernier mot. Les Verts allemands sont un parti assez flexible dans les faits, comme le montrent leurs alliances régionales. Si les circonstances font que les Verts ont une possibilité de remplacer la SPD comme partenaires de coalition de la CDU sans pouvoir faire partie d'une majorité de gauche, la majorité « Fundis » du parti pourrait laisser agir la majorité « Realo » des dirigeants. Dans ce cas, la coalition « rouge-verte » deviendra une réalité au niveau fédéral et les projets d'impôt sur la fortune seront rapidement oubliées...

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Commentaires 4
à écrit le 14/11/2016 à 17:29
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les Grünen ont tjs ete a l'extreme gauche, donc c'est sans interet le Vermögensteuer a ete supprime car les allemands ont compris que c'etait un impot imbecile, dixit mitterand, marqueur politique dont on ne voit le cout que bien plus tard ( enfin s...

à écrit le 14/11/2016 à 16:32
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Ouais bof, de toutes façons la majeur partie des riches sont des évadés fiscaux, cette mesure n'aura aucune chance de les toucher. D'interdire aux milliardaires et millionnaires de faire des affaires dans le pays dans lequel ils ne payent pas d'i...

à écrit le 14/11/2016 à 15:39
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Si les Grünen allemands prennent la même orientation extrême-gauchiste que les Verts français, ils connaîtront la même marginalisation.

à écrit le 14/11/2016 à 15:23
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Mr Godin, ont ils présenté une sorte de plateforme de réformes pour l UE?

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