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ÉconomieUnion européenne

Allemagne : le torchon brûle entre Angela Merkel et la CSU bavaroise

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 29 octobre 2016 à 13:44 - Mis à jour le 29 octobre 2016 à 13:53

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05 juin 2026

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La chancelière ne se rendra pas la semaine prochaine au congrès de la CSU, le parti conservateur bavarois "frère" de la CDU. Les tensions entre les deux formations sont de plus en plus fortes.

La tension est plus que jamais vive entre les deux partis de la droite conservatrice allemande. Ce samedi 29 octobre, on a ainsi appris, d'après une information du quotidien du dimanche Bild am Sonntag, qu'Angela Merkel ne se rendrait pas au congrès de la CSU, la formation bavaroise « sœur » de son parti, la CDU, qui se tiendra la semaine prochaine à Munich. Du reste, la chancelière ne sera même pas invitée.

Déminer le terrain

Officiellement, l'information a été confirmée, mais les deux formations ont tenté de « déminer » les dissensions entre elles. Selon les informations du Bild am Sonntag, cette décision a été prise d'un commun accord entre le président de la CSU et ministre-président bavarois Horst Seehofer et Angela Merkel qui se sont rencontrés vendredi soir. Du côté de la CDU, le vice-président du parti Armin Laschet, a précisé à la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung à paraître dimanche que « ce n'est pas important qu'un président de la CDU ne se rende pas à un congrès de la CSU, ce qui compte, c'est que l'on soit uni durant la campagne ». A la CSU, on affirme aussi que les deux partis sont d'accord « à 95 % ».

Année cruciale pour la CSU

Derrière cette apparente détente, le torchon brûle pourtant entre CDU et CSU. Lors de son congrès, Horst Seehofer entend donner un ton beaucoup plus conservateur à son programme en vue d'une année doublement essentielle pour le parti bavarois : il s'agira en effet de gagner les élections régionales bavaroise, cruciales pour la CSU qui gouverne ce Land depuis 1946, à l'exception d'une courte période de trois ans entre 1954 et 1957. Mais il faudra aussi faire un bon score aux élections fédérales de septembre afin de peser sur une CDU affaiblie par ailleurs.

Pour réussir ce double pari, Horst Seehofer entend jouer sur la critique de l'islam, sur le rejet d'une alliance de gauche de plus en plus possible et sur sa demande phare depuis plusieurs mois : une limite haute pour l'immigration. Or, sur deux points de ce programme, la CSU risque de se heurter à la CDU d'Angela Merkel. Cette dernière évite soigneusement toute critique ouverte des Musulmans et refuse toute « limite » officielle à l'immigration.

Deux partis, deux priorités

En réalité, les deux partis ont des priorités différentes. Pour la CDU d'Angela Merkel, il s'agit de demeurer au centre de l'échiquier politique allemand et de convaincre tant dans les milieux centristes et libéraux que dans les milieux conservateurs. La CDU est menacée par la montée des xénophobes d'Alternative für Deutschland (AfD), mais aussi par la renaissance des Libéraux de la FDP. Après les défaites à Berlin et dans le Mecklembourg en septembre, la chancelière avait durci son discours en insistant sur les restrictions qu'elle avait apporté à l'immigration et au droit d'asile, tout en conservant un discours officiellement ouvert. Sa stratégie est de satisfaire l'équilibre politique de la CDU en tenant un discours ouvert sur l'immigration tout en insistant sur le fait que, en réalité, les flux de migrants ont cessé.

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Pour la CSU, strictement centrée sur la très conservatrice Bavière, la logique est différente : elle doit insister sur son électorat de droite et l'empêcher de se laisser tenter par AfD. Pour cela, elle entend se présenter comme la « voix conservatrice » à Berlin. Elle durcit donc logiquement son discours vers la droite. Le fossé entre les deux formations « sœurs » s'écarte donc naturellement de plus en plus.

Accueil glacial l'an dernier

L'an passé, en pleine arrivée de réfugiés en Allemagne, Angela Merkel avait reçu un accueil glacial au congrès de la CSU et avait dû supporter pendant 20 minutes une série d'attaques de Horst Seehofer. Cette expérience l'aura sans doute découragé de revenir à Munich cette année. Pour Horst Seehofer qui n'a guère d'autres choix que de soutenir Angela Merkel pour la chancellerie en 2017 - ce qu'il a confirmé - , toute dissension ouverte avec cette dernière est un affaiblissement. Le mieux était donc sans doute de s'abstenir d'une visite peu souhaitée par les Bavarois. Il n'empêche. C'est la première fois qu'un président de la CDU ne participera pas au congrès de la CSU. Il faudra observer si Horst Seehofer se rendra en décembre à Essen pour le congrès de la CDU.

Campagnes parallèles

La campagne de 2017 s'annonce donc très fraîche entre les deux formations. La CSU ne tentera sans doute pas la rupture, un temps évoqué, en se présentant sans alliance officielle avec la CDU. Mais les deux campagnes risquent d'être parallèles plus que conjointes. Et, après l'élection, la CSU devrait se montrer gourmande dans les négociations de coalition. Si Angela Merkel veut s'allier avec les Verts ou, de nouveau avec la SPD sociale-démocrate, elle devra prendre en compte les exigences de la CSU, ce qui rendra les discussions plus délicates. Comment les Verts pourraient cohabiter dans un gouvernement avec un parti qui aura mené une campagne ouvertement islamophobe ?

Tensions anciennes, mais ravivées

Les tensions entre la CDU et la CSU ne sont pas nouvelles. Elles ont en fait toujours existé. La CSU a toujours cherché à insister sur l'identité politique bavaroise et sur l'aspect « social-conservateur » de son programme, étant plus réticent au libéralisme de la CDU. Les échecs des deux candidats CSU à la chancellerie, Franz-Josef Strauss en 1980 et Edmund Stoiber en 2002, n'ont pas atténué ces tensions, loin de là. Quant à Angela Merkel, elle a souvent négligé le parti bavarois, allant parfois jusqu'à s'appuyer sur son autre allié, SPD ou FDP, pour isoler Horst Seehofer. Menant une politique plus centriste, la chancelière s'est de plus en plus aliénée la formation bavaroise.

Cette fois, cependant, la montée d'AfD, l'option d'un gouvernement de gauche et la difficulté d'un éventuel jeu à sept, CSU comprise, au Bundestag, ainsi que l'irruption de la thématique migratoire dans la campagne, rend ces différences plus profondes. Et l'alliance CDU/CSU semble de plus en plus artificielle et de simple circonstance.

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Romaric Godin

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