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ÉconomieUnion européenne

BCE : rendez-vous en décembre

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 20 octobre 2016 à 13:56 - Mis à jour le 20 octobre 2016 à 14:25

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Mario Draghi a refusé de répondre à toutes les questions d'importance lors de sa conférence de presse. Il a indiqué que les décisions sur la durée et la sortie du programme seront annoncées le 8 décembre.

Rendez-vous en décembre et, en attendant, attendez. C'est le principal message qui a été transmis lors de la conférence de presse qui a suivi, ce jeudi 20 octobre, la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE, Mario Draghi, son président. Dès le début de cette conférence de presse, l'Italien a tué tout suspense concernant les principales questions que se posaient tous les observateurs. Le « tapering », autrement dit la sortie du programme de rachat d'actifs ? « Nous n'en avons pas parlé », a répondu Mario Draghi. La prolongation dudit programme au-delà de mars 2017 ? « Nous n'en avons pas discuté », martèle-t-il. Et de donner rendez-vous à tous le 8 décembre, où cette fois, promet-il, des décisions seront prises :  « Vous saurez alors ce que nous avons décidé de faire ». Dès lors, la conférence de presse s'est péniblement poursuivi dans les redites et dans l'ennui pour finir, fait exceptionnel, avec près de 15 minutes d'avance sur l'horaire habituel, les questions ayant été épuisées.

Surtout, ne parler de rien

Mario Draghi a donc demandé de la patience. Et mieux, il ne s'est engagé sur rien. Les comités de la BCE établiront d'ici décembre leurs prévisions de croissance et d'inflation, mais, a précisé le président, c'est le conseil des gouverneurs qui prendra la décision finale sur la prolongation du programme et la méthode de sortie de ce programme. En attendant, Mario Draghi s'est absolument gardé de ne prendre aucune position sur la décision qui sera prise. « Nous n'avons pas commencé à compter les voix sur des options possibles », a-t-il affirmé. Bref, on n'a pas discuté, on n'a pas pris de position. A se demander de quoi les membres du Conseil des gouverneurs ont bien pu discuter pendant les quelques heures qu'ont duré leur réunion à Francfort...

Esquisse de chemin vers la sortie ?

La position de la BCE reste donc, en attendant décembre, la même. Mario Draghi n'a pas changé un mot de sa déclaration préliminaire et il a assuré que, malgré l'amélioration de l'inflation due aux effets de base des prix de l'énergie, « il n'y a aucun signe d'une tendance haussière convaincante de l'inflation sous-jacente ». Dès lors, il est « nécessaire de préserver le montant très substantiel de soutien monétaire à l'économie ». Il ne faut donc rien changer, pour l'instant. Mais - et c'est peut-être l'élément le plus notable de cette conférence de presse - Mario Draghi a reconnu à la fois que le programme de rachat (ou « QE ») ne saurait durer « indéfiniment » et qu'il n'y aura pas de « fin abrupte » de ce programme. « Personne n'imagine une fin brutale des rachats », a ajouté Mario Draghi.

Ceci permet de tracer un premier chemin de sortie vers une sortie « progressive » du QE, par une réduction pas à pas des rachats. Tout le monde s'en doutait, mais ne répond pas à la principale question, celle du temps. Une question cruciale qui détermine l'ampleur des rachats. Le Conseil devra estimer si l'économie européenne est assez solide pour résister à une réduction des rachats dès décembre ou non. En tout cas, si la fin officielle du programme est maintenue à fin mars 2017, le « tapering » risque d'être assez brutal puisqu'il faudra passer de 80 milliards mensuels à zéro en trois mois et demi. Compte tenu des propos de Mario Draghi, c'est peu probable. On devrait donc se diriger vers un « tapering » plus doux, jusqu'en septembre 2016.

Avancer prudemment

Mario Draghi doit prendre des pincettes. S'il peut imaginer que l'économie de la zone euro supportera un durcissement relatif des conditions monétaires d'ici à un an, il sait qu'elle a encore besoin d'un plein soutien monétaire, notamment parce que la politique budgétaire ne prend pas le relais. Surtout, la situation demeure instable en raison des risques géopolitiques et de la faiblesse de la conjoncture. Il doit donc conserver un moyen de revenir en arrière si nécessaire. D'où cette prudence et ce choix d'une sortie en douceur. Le silence de ce 20 octobre peut alors se comprendre par cette volonté de ne pas « briser » l'amélioration en cours sur le plan de la distribution de crédits. Une vraie divergence au sein du Conseil des gouverneurs n'est pas à exclure non plus, notamment parce que la prolongation du programme suppose un changement dans les méthodes de répartition des rachats.

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La BCE, pas maîtresse de son destin

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Au final, c'est donc un Mario Draghi chargé de faire patienter la presse et les marchés qui s'est présenté ce jeudi, faisant sans conviction l'habituelle publicité du QE et des taux négatifs. Mais cette focalisation sur le « tapering » et les détails techniques du QE ne doit pas faire oublier que la BCE n'est pas vraiment maîtresse de son agenda. Sa politique fonctionne certes, mais c'est une politique surtout « défensive » contre la déflation, insuffisante pour combler l'écart de demande et pour dynamiser la productivité et la croissance. L'inflation sous-jacente reste faible et les perspectives de croissance modérées, sans plus. Isolée dans son effort, la BCE ne peut qu'espérer que « tout se passe bien », que le durcissement monétaire de la Fed ne casse pas la reprise timide dans les pays émergents, que la hausse de l'inflation s'accompagne d'une hausse des salaires permettant de compenser le renchérissement de l'énergie et la baisse du pouvoir d'achat à venir, que les risques politiques disparaissent. Mais elle n'a guère son destin en main. L'absence de « policy mix », de vraie politique économique en zone euro, la fragilise dans son effort. Le « tapering », dans ces conditions, s'annonce une opération délicate qui, mérite sans doute que l'on prenne le temps d'y réfléchir.

Romaric Godin

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