Brexit : Britanniques et Européens se ruent sur les passeports

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Le Brexit suscite l'inquiétude des expatriés britanniques en Europe, qui demandent des passeports européens pour être certains de sauver leur profession.
Le Brexit suscite l'inquiétude des expatriés britanniques en Europe, qui demandent des passeports européens pour être certains de sauver leur profession. (Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)
Dans le sillage du référendum, Britanniques et Européens prennent leurs précautions pour anticiper le Brexit, qui deviendra effectif en mars 2019. Entre 2016 et 2017, après le référendum, les demandes de naturalisation ont considérablement augmenté.

Le 23 juin 2016, une courte majorité de Britanniques décidait de voter en faveur du Brexit. Un an après, La Tribune dresse le bilan de douze mois mouvementés, ponctués par le début officiel des négociations entre le Royaume-Uni et l'UE.

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Depuis le 23 juin 2016, le Brexit inquiète certains Britanniques opposés à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Pour les expatriés en Europe, dont 173.000 vivent en France, la peur de ne plus pouvoir voyager ou vivre librement dans leur nouveau pays les pousse à demander une autre nationalité. Leur but : garder à tout prix un passeport européen.

Suite au début des négociations entre Londres et Bruxelles ce lundi 19 juin, le ministère de l'Intérieur français a compilé des chiffres explosifs, consultés par le quotidien Le Monde : en 2016 le nombre de Britanniques ayant demandé la nationalité française a augmenté de 254%.

1.363 demandes de nationalité française en 2016

Dans le détail, les Britanniques, installés dans l'Hexagone, ont déposé 1.362 dossiers de naturalisation complets, contre 385 en 2015. Une hausse significative qui se poursuit, en ce début d'année 2017, selon une enquête menée par le journal auprès de différentes préfectures.

Dans certaines régions privilégiées par les Britanniques, telles que la Bretagne, les résultats sont impressionnants: "En cinq mois, 110 dossiers ont été réceptionnés (85 demandes par décret, 25 par mariage)", explique la préfecture d'Ille-et-Vilaine au Monde. Selon eux, les années précédentes, seulement 10 à 20 demandes de naturalisation étaient prises en charge.

Par ailleurs, d'après cette même préfecture, la majorité des demandes provient de Britanniques "âgés" qui tentent avant tout d'échapper au Brexit.

"En entretien, ils disent que c'est le Brexit qui les conduit à demander la nationalité française, ayant de sérieuses inquiétudes sur la possibilité de rester vivre en France à l'issue des négociations," explique la préfecture d'Ille-et-Vilaine au quotidien.

Des procédures lentes

Obtenir la nationalité française n'est cependant pas chose facile et il ne suffit pas simplement d'en faire la demande. La procédure pour devenir français peut prendre un an et demi, mais les Britanniques ont jusqu'en 2019, année de divorce officielle entre leur pays d'origine et le continent pour compléter la démarche. C'est donc pour cela que le nombre de naturalisations réussies de Britanniques n'a pas beaucoup augmenté entre 2015 (320) et 2016 (439).

"Les demandes vont faire l'objet d'une analyse par les services de naturalisation, tous les candidats ne sont pas certains d'obtenir la nationalité française," déclare le ministère de l'Intérieur.

Devenir français est aussi une procédure très sélective aux nombreux critères, et la nationalité n'est pas attribuée à n'importe qui. Le candidat doit présenter un dossier traduit en français, et contenant une justification de domicile en France des cinq dernières années, un certificat de naissance et de mariage ainsi que ceux de ses parents, un justificatif du casier judiciaire, et un diplôme de formation spécifique à la langue française.

Le demandeur de naturalisation doit ensuite passer un entretien avec la préfecture pour montrer son aisance avec la langue française et sa connaissance de la culture et de l'histoire du pays.

La culture française n'est pas la seule à attirer les Britanniques

D'après une enquête de l'Independent, 89% des citoyens du Royaume-Uni seraient prêts à dépenser d'énormes sommes d'argent pour acquérir une deuxième nationalité. Parmi eux, 58% admettent être motivés par le Brexit.

Beaucoup de ces Britanniques se sont par ailleurs rués sur les passeports irlandais qui leur permettent de garder la porte européenne ouverte. Suite à une vague de demandes spectaculaire, l'Irlande a prévu d'accorder en 2017 un million de passeports, soit à peu près 270.000 de plus qu'en 2016. Mais, pour être éligible, là encore, ce n'est pas chose aisée : il faut avoir un parent ou un grand-parent irlandais, ce qui reste le cas d'un grand nombre de Britanniques.

"Je ne veux pas perdre la possibilité de vivre dans 28 pays différents, et ma grand-mère, irlandaise, m'y aidera", explique Jonathon Potts au journal irlandais l'Irish Times.

Une augmentation de 100% des recherches au Royaume-Uni sur Google pour "comment obtenir un passeport irlandais?" après le Brexit.

En 2016, l'Allemagne aussi a pu constater une hausse vertigineuse du nombre de demandes de passeports provenant de citoyens ou de sujets Britanniques. En effet, les sollicitations ont augmenté de 361% et 2.865 Britanniques ont pu obtenir la nationalité, d'après l'Office Fédéral des Statistiques.

> Lire aussi : Brexit : les octrois de passeports allemands explosent

En Espagne, c'est plus de 500 expatriés britanniques qui vont même jusqu'à abandonner leur nationalité d'origine pour acquérir uniquement la citoyenneté espagnole. D'après une traduction de l'Express du journal espagnol Diario Sur, ces Britanniques ne veulent plus de liens avec le Royaume-Uni, devenu un pays "qu'ils ne reconnaissent plus".

Les Européens eux aussi ne veulent pas perdre l'accès au Royaume-Uni

Les passeports britanniques sont aussi devenus des objets précieux dont tous les Européens raffolent. Le Brexit ne signifie pas seulement une coupure entre le Royaume-Uni et l'Europe pour les Britanniques, mais affecte aussi les 28 autres pays de l'Union.

D'après le Financial Times qui s'est procuré les chiffres de l'Office des passeports britannique, en 2016  la demande a augmenté de 35%, dont la plus grande partie, soit 2.369, provient de France.

D'après l'Office des passeports britanniques, ces demandeurs sont pour la plupart des personnes nées en Europe et dont les parents sont anglais, mais qui n'avaient pas eu le besoin de demander un passeport britannique.

En plus de cela, un grand nombre d'étudiants et de travailleurs européens sur le sol britannique, soit 3 millions de personnes, se sont empressés de remplir leur formulaire pour obtenir un passeport, afin d'assurer la continuité de leur situation au Royaume-Uni.

| DOSSIER : Brexit, un an après le référendum, où en sommes-nous ?

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Commentaires
a écrit le 20/07/2017 à 7:35 :
Souhaite prendre la nationalite brit en echange je refile mon passeport frenchy.
Faire offre.
a écrit le 23/06/2017 à 12:03 :
"Se précipiter avec violence sur quelqu'un, sur quelque chose : Les assaillants se ruèrent sur eux.
Littéraire. Se jeter avec impétuosité dans une action : Se ruer à l'attaque.
S'élancer en masse, avec précipitation ou en désordre vers ou dans un lieu : À l'ouverture des portes, le public se rua dans la salle."

Définition de se ruer. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/se_ruer/70210
a écrit le 23/06/2017 à 11:49 :
Les demandes de naturalisation vont bien au-delà des voyages éventuels, car il existe d'un côté comme de l'autre des cartes de séjour permanent (quel que soit le nom qu'on leur donne). Je pense que le pépé britannique a peur qu'on lui coupe les allocations françaises et l'immigré français qu'on lui coupe son job et qu'il soit obligé de revenir en France où il sait qu'il ne trouvera pas de boulot (raison pour laquelle il est parti au Royaume-Uni d'ailleurs). Des analyses sérieuses de la part des journalistes au lieu d'articles visant à instiller la peur seraient les bienvenus :-)

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