Brexit : Jeremy Corbyn (Labour) espère capitaliser sur les déboires de May

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Jeremy Corbyn, le leader des travaillistes britanniques, soutiendra un référendum sur le Brexit si le Labour l'approuve.
Jeremy Corbyn, le leader des travaillistes britanniques, soutiendra un référendum sur le Brexit si le Labour l'approuve. (Crédits : Hannah Mckay)
Alors que les négociations du Brexit sont "dans l'impasse" selon les mots prononcés par Theresa May, le chef de file du Parti travailliste Jeremy Corbyn a défendu l'idée de législatives anticipées dont il espère bien tirer un (relatif) bénéfice politique. S'il se positionne contre un second référendum sur le Brexit, il a promis qu'il se pliera à l'avis de la majorité de son parti qui est amené à se prononcer sur cette question d'ici mercredi.

Devant l'enjeu politique et la pression de ses militants, Jeremy Corbyn ne pouvait plus se défiler comme il avait l'habitude de le faire jusqu'à présent. Dans les colonnes du Sunday Mirror, le leader des travaillistes britanniques s'est exprimé dimanche 23 septembre contre un second référendum sur le Brexit, mais a promis qu'il se conformerait à l'avis de la majorité de son parti, réuni en congrès à Liverpool jusqu'au 26 septembre. D'ici là, les militants du Labour sont, en effet, amenés à se prononcer sur cette question.

Selon un sondage YouGov pour The Observer, 86% des adhérents du Labour sont favorables à l'organisation d'un référendum sur le résultat final des négociations sur le Brexit, tandis que (seuls) 8% y sont opposés. Des figures du Labour, dont le maire de Londres Sadiq Khan, ont déjà pris position en faveur d'une nouvelle consultation.

Corbyn compte tirer bénéfice du chaos ambiant au Royaume-Uni

Le chef de fille du Parti travailliste espère capitaliser sur l'incapacité de Theresa May à réunir les conservateurs sur un accord de sortie de l'Union européenne, qui va la conduire, selon lui, à déclencher des élections anticipées. "C'est la meilleure manière de régler cette situation", a-t-il jugé. Car quant bien même la chef du gouvernement parviendrait à un accord avec les Européens, elle n'est pas certaine de pouvoir le faire approuver par le Parlement. D'après le Sunday Times, le cabinet de Theresa May travaillerait à de nouvelles élections pour tenter de sauver un éventuel accord, mais aussi sa place au gouvernement.

La Première ministre est sortie fragilisée des dernières élections législatives anticipées qu'elle avait convoquées en juin 2017, perdant sa majorité parlementaire absolue. Et elle sait qu'elle est attendue au tournant par les tenants d'une rupture nette avec Bruxelles qui voudraient la déboulonner. Le congrès du parti, qui se tiendra du 30 septembre au 3 octobre, est en ce sens très attendu : les conservateurs, plus que jamais divisés sur le fameux "plan de Chequers", donneront leur position.

Jeremy Corbyn, eurosceptique de gauche opposé à l'adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté européenne en 1975, n'a quant à lui jamais fait l'unanimité au sein de son parti, dont les députés et les adhérents sont à majorité europhiles. Longtemps, le Labour a mis la question du Brexit sous le tapis. Aujourd'hui, ses membres ont accepté le processus du Brexit à la seule condition de nouer un "deal" avec les 27 qui maintiendrait une relation étroite avec l'Europe - une position ambiguë qui horripile les travaillistes pro-européens.

Mais la donne a changé depuis que le "plan de Chequers" s'est vu opposer une fin de non-recevoir par les 27 autres États membres de l'UE, lors d'une réunion à Salzbourg la semaine dernière.

Theresa May dénonce une impasse dans les négociations et blâme l'UE

Londres et les 27 autres États membres espéraient s'entendre lors du prochain sommet du 18 et 19 octobre à Bruxelles sur un accord scellant leur divorce, prévu fin mars 2019, ainsi que sur une déclaration fixant le cadre de leur future relation, en particulier au niveau économique. Or, de l'aveu de la Première ministre britannique, les discussions sont "dans l'impasse". Il est désormais question d'un nouveau sommet autour de la mi-novembre qui s'annonce déjà compliqué.

La semaine dernière à Salzbourg, Theresa May a maintenu que son "plan de Chequers", présenté en juin, et qui prévoit le maintien d'une relation économique étroite avec la création d'une zone de libre-échange pour les biens industriels et les produits agricoles, "restait la meilleure manière de protéger les emplois (au Royaume-Uni) et en Europe, et d'éviter une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande", comme le réclame également Bruxelles.

Pour les 27, la proposition britannique est incompatible avec l'intégrité du marché unique et le maintien des quatre libertés de circulation (biens, services, personnes et capitaux).

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a expliqué que "c'est la proposition britannique, avant et pendant le sommet, étonnement dure et intransigeante", qui a amené les dirigeants européens à "réitérer leur position sur l'intégrité du marché unique".

En réaction, Theresa May a exigé d'être traitée "avec respect" et a affirmé qu'elle "attendait désormais que Bruxelles propose une alternative. D'ici là, nous ne pourrons faire aucun progrès", a-t-elle conclu.

(avec AFP et Reuters)

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a écrit le 27/09/2018 à 12:55 :
Voila une bonne nouvelle ! Jeremy Corbyn va pouvoir réaliser sa promesse, faite au camp de Grand-Synthe en janvier 2016 : faire entrer tous les "migrants" de Calais en
Grande-Bretagne le plus tôt possible !
a écrit le 25/09/2018 à 16:42 :
Les peuples européens ont toujours mal voté quand il s'agissait de l'UE de Bruxelles, pourquoi en serait il autrement? Poursuivons!
a écrit le 24/09/2018 à 18:27 :
Oui , mais si les travaillistes prennent le pouvoir si Theresa May ne trouve pas d'accord, ils vont hériter de la patate chaude du Brexit.
Après on connait le refrain, ils n'arriveront pas à se mettre d'accord entre eux mais feront passer un projet au forceps qui n'aura même pas le soutien du peuple et même si c'est le cas, il sera refusé par l'UE.
Les conservateurs seront alors en embuscade.
Une impasse comme dirait l'autre.
a écrit le 24/09/2018 à 17:24 :
En théorie, le dirigeant d'un parti de gouvernement doit avoir une vision pour son pays qui va au-delà du simple "je vais taper sur mon concurrent".

En théorie, Corbyn devrait avoir une idée de comment sortir le R-U de la mouise dans laquelle il s'est mis, sinon on se demande ce qu'il fait à son poste.
a écrit le 24/09/2018 à 16:48 :
Il était logique que ce soit Corbyrn qui tire parti de l'intransigeance de nos politiciens européens vis à vis de celui, le RU, qui a décidé de s'opposer au dogme bruxellois.

"S'il se positionne contre un second référendum sur le Brexit, il a promis qu'il se pliera à l'avis de la majorité de son parti qui est amené à se prononcer sur cette question d'ici mercredi"

La sociale démocratie, tout et son contraire, toujours, maintenant il est vrai que vu comme le néolibéralisme a ravagé le parti travailliste sous blair il ne doit pas y être facile d'y évoluer.

Peut-être un vrai gauchiste qui dans ce cas n'hésitera pas à nationaliser et protéger son marché mais certainement une girouette de plus qui retournera sa veste pour s'offrir à l'avidité des marchés financiers.

"Blair Inc." https://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/WARDE/48375

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