Brexit : le sacrifice de Theresa May suffira-t-il à faire passer le texte ?

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(Crédits : Reuters)
Theresa May a promis mercredi de quitter son poste de Premier ministre avant l'ouverture de la nouvelle phase de négociation avec l'Union européenne, si son accord de Brexit était adopté par le Parlement. Le texte devrait être soumis au vote pour la troisième fois vendredi. Si plusieurs députés eurosceptiques disent qu'ils vont finalement l'approuver, le DUP, le parti unioniste nord-irlandais, se prononcera contre.

Prenant la main sur le gouvernement, la Chambre des communes a procédé mercredi à une série de "votes indicatifs" sur le Brexit, se prononçant sur huit options possibles. Aucune n'a obtenu de majorité. Theresa May a pour sa part proposé de renoncer à sa fonction de Premier ministre "plus tôt qu'elle l'imaginais", soit avant l'ouverture de la nouvelle phase de négociation avec l'Union européenne, si le plan de retrait négocié avec Bruxelles était finalement adopté par le Parlement.

Mais la partie est loin d'être gagnée. Par deux fois déjà, les 15 janvier et 12 mars, le texte a été repoussé par les parlementaires. Un troisième vote pourrait avoir lieu vendredi, mais le Parti unioniste démocratique (DUP) d'Irlande du Nord, dont les dix élus sont indispensables à la majorité parlementaire du gouvernement, a fait savoir qu'il rejetterait une nouvelle fois cet accord.

Les nord-irlandais du DUP toujours hostiles au texte

En mettant sa démission dans la balance, la dirigeante conservatrice a certes rallié à sa cause certains Brexiters du Parti conservateur, à commencer par Boris Johnson, qui a annoncé dans le Telegraph qu'il soutiendrait l'accord. Jacob Rees-Mogg, qui dirige l'European Research Group (ERG), groupe eurosceptique des Tories, a indiqué pour sa part qu'il soutiendrait l'accord de retrait si le DUP s'abstenait. « Je soutiendrai le DUP s'ils s'y opposent toujours », a-t-il déclaré tard mercredi soir à la chaîne britannique ITV.

Cependant, leur volte-face ne devrait pas suffire puisque le DUP, le parti unioniste nord-irlandais - dont le soutien est crucial -, a déclaré qu'il s'opposerait une nouvelle fois au plan.

« L'abstention serait la pire des solutions parce qu'elle signifie que vous ne dites pas vraiment quelle est votre position sur la question la plus importante de notre époque, elle n'a donc jamais été une option », a fait savoir Arlene Foster, la dirigeant du DUP dans une interview accordée à la radiotélévision irlandaise RTE ce jeudi. « On ne peut pas s'abstenir sur l'union, on ne peut tout simplement pas faire cela. »

Depuis la publication de l'accord de retrait, à l'automne dernier, le DUP est vent debout contre le "backstop" nord-irlandais, cette clause de dernier recours qui s'appliquera, faute de mieux, pour éviter le rétablissement d'une frontière "physique" entre la république d'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord.

Les huit scénarios alternatifs rejetés

Mercredi, aucune des huit motions n'a obtenu de majorité, certaines d'entre elles étant même sèchement rejetées, notamment celles prônant des liens plus étroits avec l'Union européenne que ceux envisagés par Theresa May.

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[Résultats du vote du Parlement britannique le 27 mars 2019. Crédit: Statista*. Sources: Chambre des Communes]

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Dans le détail, le Parlement a voté contre l'adhésion du Royaume-Uni au marché unique européen, contre la participation du pays à l'Espace économique européen (EEE), contre l'union douanière, contre l'annulation du Brexit par révocation de l'article 50, contre l'organisation d'un référendum de confirmation pour tout accord de divorce et encore contre le "no-deal".

Les députés devraient procéder à de nouveaux votes indicatifs lundi, après avoir affiné les options proposées dans le but de garantir une majorité.

Le député Letwin croit encore à sa voie parlementaire

Si Theresa May, après ses premiers échecs des 15 janvier et 12 mars, échoue une fois encore à faire ratifier ce vendredi l'accord de retrait, le député conservateur Oliver Letwin, architecte de la prise de contrôle temporaire du Parlement sur la procédure de divorce avec les Européens, pense que cette "voie parlementaire" produira un résultat lundi.

« Je pense qu'à un moment ou un autre, nous devrons soit approuver un accord, soit accepter de trouver une alternative si nous voulons éviter un 'no deal' le 12 avril, qui est pour le moment je pense l'issue la plus probable », a-t-il déclaré ce jeudi matin au micro de la BBC.

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(*) Un graphique de notre partenaire Statista.

(avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 28/03/2019 à 19:27 :
Ça ne choque personne que les parlementaires sont contre ( 400 voix) un brexit sans accord mais qu'ils soient également contre toutes les autres propositions ???? Soit ils se foutent de tout, soit ils sont schizophrènes...
a écrit le 28/03/2019 à 15:02 :
Chez nos amis Britanniques, c'est un peu la pagaille
Cordialement
a écrit le 28/03/2019 à 13:22 :
Toujours le même lucky blue coat et personne veut satisfaire l'exigence de " Cherry-picking, cake and fudge " ... il lui reste plus qu'a faire une crise de nerf en accusant...les européens bien sur !
a écrit le 28/03/2019 à 13:21 :
On voit les limites de la démocratie parlementaire où l'ambition de quelques individus médiocres élus à la proportionnelle peut bloquer toute décision cohérente pour l'avenir d'un pays.
a écrit le 28/03/2019 à 13:10 :
C' est tellement rare que ça se doit d' être rapporté, un média français reconnaît que l'économie anglaise, avec le Brexit en perspective, se porte beaucoup mieux que l'économie allemande (qu' on nous vend comme modèle) dans l'UE.
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-allemagne-decroche-quand-le-royaume-uni-s-accroche-malgre-le-brexit-812085.html?fbclid=IwAR23el0iH9x6nw7FF7tj9wzM8UavJgx3n0IVxseNflkHedUfqAANWYrRu9w
Réponse de le 28/03/2019 à 14:51 :
Cette info n'est pas du tout caché, relayé dans les médias, analysés, etc... pas de complotisme. Juste un point, Uk est rentré dans l'Ue dans une situation catastrophique d("A l'aide") et en ressort guérie ("Plus besoin de vous, je me tire").
ON connait la suite
Réponse de le 28/03/2019 à 16:10 :
C'est exactement ça ! Il y a d'autres médias étrangers qui en parle. Le fond ce n'est pas du tout l'économie, en quoi ça change d'autant qu'ils ont "le Pound" et beaucoup d'accord commerciaux, c'est surtout qu'il ne faut pas montrer que l'Europe actuelle ne sert strictement à rien, de simples accord suffirait ! Normalement le Brexit n'aura pas lieu malgré 52% d'Anglais et un record de votant, c'est ça nos démocraties ! C'est mon avis depuis le début on sera bientôt fixé. .
Réponse de le 28/03/2019 à 17:40 :
C'était à peu près le discours que nous servaient les europhobes après les mois suivants le référendum, ensuite gros silence radio.
Réponse de le 28/03/2019 à 19:10 :
@johnmackagan Tout à fait contraire à la propagande des eurobéats qui voyaient en effet couler le RU dès Leave sonné!
a écrit le 28/03/2019 à 12:47 :
L'Union des trois royaumes (Angleterre, Ecosse, Irlande) a un réel souci avec le reste d'Irlande (North Ireland) dirigé par 120000 colons anglais. Pas de chance pour UK, North Ireland fait la différence au Parlement aujourd'hui et joue sa survie. De la même manière que Europe a fermé les yeux de l'autodétermination de la région autonome catalane, de même elle pourrait fermer les yeux sur la réunification irlandaise.
Réponse de le 28/03/2019 à 14:53 :
L'Europe a clairement dit aux Catalans que si ils étaient indépendants, ils sortaient de l'UE et que l'adhésion à l'UE nécessitant l'accord de tous les pays membres, les catalans resteraient hors UE pour toujours (véto espagnol probable…). Quant à la réunification Irlandaise, l'Europe a été largement partie prenante du processsus de paix, et il est certain qu'avec le brexit, le sujet va revenir sur la table. 10 ans.
a écrit le 28/03/2019 à 11:32 :
Il serait bon que l'UE passe sur autre chose de plus sérieux que de maintenir coute que coute la GB dans le club! Il faut arrêter l'hémorragie et non pas ouvrir des plaie un peu partout en Europe!
a écrit le 28/03/2019 à 11:02 :
"Theresa May a promis mercredi de quitter son poste de Premier ministre avant l'ouverture de la nouvelle phase de négociation avec l'Union européenne, si son accord de Brexit était adopté par le Parlement."

Bien mieux que les séries sur Netflix !

Magnifique. Nos benêts de dirigeants européens ne peuvent qu'être totalement paumés.

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