Brexit : les patrons veulent qu'on sorte vite de l'incertitude

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Le PDG de Renault Nisssan s'inquiète de l'incertitude créée par le Brexit
Le PDG de Renault Nisssan s'inquiète de l'incertitude créée par le Brexit (Crédits : © Thomas Peter / Reuters)
Le patron de Renault-Nissan comme celui de Total veulent une clarification rapide du statut britannique. Au delà, les dirigeants d'entreprise réclament une relance du projet européen, qui reviendrait aux fondamentaux

Le Brexit ? Tous les patrons y pensent, ils soupèsent les opportunités qu'il peut leur apporter ou les risques sur le marché anglais, mais leur parole publique reste très mesurée sur le sujet. A l'image de celle de Michel Sapin. Interrogé à plusieurs reprises par des journalistes sur ce que le départ de la Grande-Bretagne pouvait apporter à la France -on pense à la place financière de Paris notamment-, le ministre des Finances a botté en touche. « Pourquoi voulez vous revenir encore sur la question des dépouilles ? ».

Les patrons qui s'exprimaient ce week end à l'occasion des rencontres économiques d'Aix relativisent le choc en tant que tel, à l'instar de celui de Renault Nissan, Carlos Ghosn.

 "Les entreprises sont capables de s'adapter à tout, à toutes les situations, qu'elles soient bonnes ou qu'elles soient mauvaises", assure-t-il.

 C'est la situation incertaine créée par ce référendum qui les inquiète le plus, ainsi que l'explique Carlos Ghosn.

  « Je suis inquiet, pas à cause du Brexit, mais inquiet à cause de l'incertitude que cela provoque. Quel est le nouveau statut de la Grande-Bretagne ? Y aura-t-il des droits de douane ? Ou la libre circulation des marchandises ? Tant que le nouveau statut de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'Union européenne ne sera pas clair, les entreprises seront dans une situation d'incertitude. D'ici là, nous allons naviguer à vue. Nissan possède au Royaume-Uni une grosse usine d'assemblage, employant 8.000 personnes. C'est une usine européenne qui est basée en Grande-Bretagne.  On est un peu inquiets, jusqu'à ce que les choses soient claires.

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, est sur la même longueur d'onde, craignant les conséquences du flou actuel.

"C'est un élément de plus d'incertitude, d'instabilité, dans un monde qui fait face à plein de difficultés d'ordre géopolitique, avec Daesh, avec l'Ukraine, on a des crises financières à répétition, on rajoute le Brexit. Le seul message que je voudrais faire passer c'est qu'il faut aller vite. Car on risque de détruire la confiance. Il ne faut pas que ça occupe tout le monde pendant un an, comme le Grexit, où l'on s'est focalisé sur un pays (la Grèce) qui représente moins de 1% du PIB européen ».

Quels liens avec la Grande-Bretagne?

Certains dirigeants soulignent tout de même l'ampleur du choc, Ils mettent en avant nos liens avec le Royaume Uni. A l'instar d'Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie (ex GDF-Suez).

 « Le départ d'un pays de l'Europe est un choc. Surtout quand on pense que ce pays s'est battu à nos côtés, allant même plus loin dans notre soutien : Churchill n'avait-il pas proposé en 1940 une fusion avec la France ? Ce départ de la Grande-Bretagne en dit long sur l'Europe telle qu'elle fonctionne actuellement, une machine désincarnée.

 L'incrédulité domine aussi, à tel point que certains patrons ne veulent pas croire à une rupture franche et nette. C'est le cas du PDG de Saint Gobain, Pierre-André Chalendar

 « Le Brexit, c'est une revanche du politique sur l'économie, mais une victoire à la Pyrrhus. A moyen terme, sur le plan économique,  je ne crois pas à une rupture totale dans la relation de la Grande-Bretagne à l'Europe. Si les Anglais avaient un pied dedans et un pied dehors, ils auront sans doute, à l'avenir,  un pied dehors et pied dedans. »

 Certains se dont déjà rendus en Grande-Bretagne, afin de rassurer leurs salariés, comme Philippe Wahl, patron de La Poste.

« Notre première filiale à l'étranger, qui réalise 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires, est en Grande-Bretagne. J'y suis allé cette semaine porter un message de solidarité, pour réaffirmer l'appartenance de ces salariés à notre groupe ».

 Refonder l'Europe

Au-delà du choc, les dirigeants d'entreprise espèrent un électrochoc pour les dirigeants européens, une prise de conscience qui aboutirait à la relance du projet commun. Bruno Lafont, patron du cimentier LafargeHolcim est de ceux-là.

 « Je suis heureux non pas du Brexit, mais qu'il provoque une relance de l'Europe. On a rarement autant parlé de l'Europe ces derniers jours »

 Mais quelle doit être cette relance de l'Europe ? Pour  Isabelle Kocher., il faut revenir aux fondamentaux.

 On a perdu de vue la vision initiale, le projet visant à établir la paix, la sécurité.  Il faut refaire l'Union européenne. Revenir aux racines, c'est-à-dire la paix, et la sécurité,  revenir à un socle de politiques européennes, visant à assurer la sécurité aux 27.

Et la politique économique? Reflétant un discours largement partagé dans le monde patronal, Isabelle Kocher défend un certain désengagement de la commission européenne, une volonté de liberté plus grande:

Pour l'économie, il faut introduire de la souplesse, revenir à des cadres beaucoup plus souples. Dans l'énergie, une politique à 27 ne veut pas dire grand'chose. En revanche, il est urgent de construire une politique de l'énergie entre les pays interconnectés, je pense d'abord à la France et l'Allemagne. Toute décision prise en Allemagne concernant l'énergie impacte la France, qui fournit une grande partie de l'électricité consommée en Allemagne. Elle impacte donc le consommateur français. Et il faut laisser plus de marges manœuvre aux territoires : chaque maire d'une grande ville a aujourd'hui une idée de ce que devrait être sa politique de l'énergie

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a écrit le 04/07/2016 à 8:15 :
l'incertitude ! c'est pourtant bien ce qu'ils rêvent pour leurs salariés avec des contrats de travail de plus en plus souple ; mais là le jeu se retourne contre eux
a écrit le 03/07/2016 à 19:42 :
Quelle incertitude ? Les Britanniques ont voté et on connait le résultat, non ?
Réponse de le 03/07/2016 à 22:31 :
La question n'est pas là. Si le Royaume-Uni négocie l'accès au marché européen moyennant une cotisation au budget de l'UE comparable à ce qu'elle est actuellement (comme la Norvège), le Brexit ne changera pas grand chose économiquement... Si ce n'est que le Royaume-Uni devra appliquer les textes et normes européens unilatéralement... sans avoir voix au chapitre sur leur élaboration. Le patron de Saint Gobain a raison de parler de victoire à la Pyrrhus, c'est toujours le cas du politique face à l'économie.
Réponse de le 03/07/2016 à 22:39 :
Le résultat de quoi? Du référendum, oui. Des tractations et négociations qui vont commencer, pas du tout. De l'issue de ces tractations; absolument rien. De nombreuses voix appellent pour bloquer le Brexit. les politologues britanniques et les milieux d'affaire pensent qu'il y a au moins une chance sur trois que le Brexit n'aura jamais lieu... ce qui serait 100% dans l'intérêt de l'Europe, comme de la GB.
Et selon un sondage plus d'un milliojn de Britanniques qui ont voté pour Brexit regrettent déjà leur choix... Voir http://angleterre.org.uk/civi/empecher-le-brexit.htm
Réponse de le 04/07/2016 à 8:19 :
@Bruno_bd: les patrons s'inquiètent, on a bien compris. Surotut quand on se souvient que les constructeurs automobiles, par exemple, ont détourné les quotas et les taxes en installant des usines en Grande-Bretagne. Et bien entendu que les Angalis vont négocier dans leur meilleur intérêt, c'est d'ailleurs ce qu'on aimerait que les politiques français fassent pour la France au lieu de se vassaliser tous les jours un peu plus :-)
@Paddy12: Le Royaume-Uni n'est pas la France et les Britanniques n'accepteront pas que leur vote soit remis en question. L'intérêt premier et sans négociation possible des Anglo-saxons, c'est la liberté que leur retirait petit à petit l'UE. La Grande-Bretagne est un vieux pays démocratique qui en a vu d'autres :-)
Réponse de le 06/07/2016 à 0:33 :
@Patrickb : les britanniques sont aussi gens pragmatiques surtout en ce qui concerne leur intérêt, s'ils se rendent compte que le Brexit n'est pas la panacée qu'on leur a vendue, on ne peut exclure qu'ils y renoncent. Quant aux négociations, je n'envisage pas qu'ils ne cherchent pas à les faire au mieux de leurs intérêts, mais tout reste à écrire, ils sont loin d'avoir toutes las cartes en main et, comme l'a sous-entendu Johnson, il n'est pas exclu qu'ils cherchent à obtenir un quasi-status quo qui se limiterait à peu près à ôter le logo EU du passeport de ceux des britanniques qui en ont un.
Réponse de le 06/07/2016 à 7:03 :
"Surtout quand on se souvient que les constructeurs automobiles, par exemple, ont détourné les quotas et les taxes en installant des usines en Grande-Bretagne". Si je comprends bien, quand Honda ou Nissan s'installent au Royaume-Uni pour mettre un pied en Europe en produisant localement, c'est mal. Mais pas quand Toyota produit la Yaris à Valenciennes ou Nissan la Micra à Flins ? Soyons un peu sérieux, la France serait ravie de récupérer la production du Qashqai sur son sol suite au choix insensé des britanniques. Nous sommes définitivement à l'heure de la globalisation, conséquence non pas des décisions des affreux bruxellocrates mais des progrès sans précédent des télécoms, du transport aérien et de la logistique. Ou on s'y adapte, ou on crève.
a écrit le 03/07/2016 à 8:22 :
Ces beaux messieurs toujours prêts à délocaliser se retrouvent le bec dans l'eau avec le Bréxit: ghosn se pose la question des droits de douane, il rêve ou quoi?
Bien sûr qu'il va y en avoir, les autres pays ne vont pas laisser passer l'occasion de sanctionner un pays qui a profité de l'Europe sans s'y engager et les entreprises qui l'ont accompagné dans cet espèce de dumping.
Alors oui, les nissans importées coûteront plus chères et ghosn verra son double salaire légèrement diminuer, mais ce n'est que justice.
Réponse de le 03/07/2016 à 22:43 :
Les Nissan produites au RU sont les Qashqaï. Si le Royaume-Uni ne reste pas (moyennant cotisation au budget de l'UE et application unilatérale des textes et normes européens), les Qashqaï iront rejointe leurs proches cousins Renault Kadjar sur les chaînes de la très productive usine de Palencia en Espagne. Ce n'est pas Ghosn mais le Royaume-Uni qui se retrouvera le bec dans l'eau...
Réponse de le 04/07/2016 à 21:24 :
@bruno_bd: je ne crois pas que Nissan pourra transférer facilement toute la production de suderland à palencia vu que l'usine de palencia produit déjà beaucoup et que suderland produit au moins deux fois plus et pas que des quashkai: s'il était aussi simple de transférer la production dans un monde optimisé au maximum, çela se saurait
a écrit le 03/07/2016 à 1:50 :
Quelle belle idée que celle de l'Europe.
Revenons aux fondamentaux : née au Liban, la princesse est morte en Crète.
C'est un mythe et ça le reste.
a écrit le 02/07/2016 à 22:20 :
Pourquoi les partrons sont pressés? Espère-t-il que la GB devient un paradis fiscale pour qu'il puisse en profiter?
Réponse de le 03/07/2016 à 22:49 :
Ce sera probablement la seule planche de salut du Royaume-Uni que de devenir un énorme paradis fiscal à quelques encablures de l'UE.
Réponse de le 04/07/2016 à 11:56 :
@Bruno_bd: peut-être et probablement les Britannqiues trouveront-ils des mesures incitatives pour attire les entreprises. Peut-on leur rteprocher de defender leurs intérêts ? Personnellement, je souhaiterais que la France fasse de même au lieu de se vassaliser tous les jours un peu plus. Cela dit, perosnne ne s'insurgeait jusqu'à present du dumping social des pays de l'Est ou du dumping fiscal, notamment, de l'Irlande ? A quoi doit-on ce réveil brusque de l'UE si ce n'est au Brexit :-)
a écrit le 02/07/2016 à 18:37 :
Tant qu'on les écoutera, eux mais surtout leurs maîtres actionnaires milliardaires dont ils sont les pions, on s'enfoncera.
Réponse de le 02/07/2016 à 20:25 :
euhhh actionnaire n'e signifie pas maîtres, DG ou gérant pas forcément majoritaire, c'est ce que disent les cocos socialos riches, mais pas les dirigeants, voir C. Ghosn.
Réponse de le 03/07/2016 à 19:37 :
"leurs maîtres actionnaires milliardaires"

Merci de lire correctement avant d'intervenir.

Maintenant pour être encore plus précis, j'aurais du ajouter "majoritaire", mais quand même il était facile de voir que je parlais des décideurs et non des petits actionnaires idiots utiles des marchés financiers.
a écrit le 02/07/2016 à 14:44 :
Peut-être que ça va servir de leçon

La modialisation va sûrement reculer on voit partout des peuples qui refusent le dumping et la magouille mondialiste

Il faudra quand même adapter notre systèm bolchevique à L accueil des entreprises si on veux en profiter
a écrit le 02/07/2016 à 14:08 :
D'abord je trouve scandaleux que Nissan ne construise aucun véhicule en France, puis l'Europe c'est pas tout mais quand on est entrepreneur, il est important d'avoir un cadre et des normes européennes pour pouvoir exporter, impossible d'exporter avec les normes françaises !
Réponse de le 02/07/2016 à 17:55 :
De quelles normes parlez-vous ? Il faut un traité de Rome (circulation des marchandises) avec des normes européennes sur les marchandises échangées naturellement. Et dans ce traité il faut UK. C'est quand même invraisemblable qu'on mette en cause cette évidence en la liant à autre chose qui n'a rien à voir (circulation des personnes, budget, fiscalité...).
Réponse de le 03/07/2016 à 22:52 :
La prochaine Micra sera construite à Flins. Indispensable pour assurer le plan de charge de cette usine.

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