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ÉconomieUnion européenne

Brexit : quel impact de la baisse de la livre sur l'économie britannique ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 05 octobre 2016 à 15:46 - Mis à jour le 05 octobre 2016 à 16:08

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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La monnaie de Sa Majesté a encore touché un plus bas de 31 ans ce mercredi matin. Faut-il craindre des effets négatifs sur l'économie britannique ? Pas pour le moment, semble-t-il.

La livre sterling s'est stabilisée ce mercredi 5 octobre aux alentours de 1,2733 dollar par livre après avoir atteint dans la matinée un nouveau plus-bas de 31 ans à 1,2686 dollar. Depuis jeudi dernier, la baisse frôle les 3 %. Cette nouvelle faiblesse de la monnaie britannique a fait suite à l'annonce par la Première ministre Theresa May de sa volonté de lancer la procédure de sortie de l'Union européenne après le vote du 23 juin. Le chef du gouvernement de Sa Majesté semble avoir donné la priorité sur le contrôle des frontières plutôt que sur l'accès au marché unique européen. En conséquence, les opérateurs ont anticipé un « Brexit dur » avec une possible relocalisation sur le territoire de l'UE de plusieurs entreprises et de plusieurs projets d'investissement. D'où la chute de la monnaie britannique.

La livre est donc revenue sous son niveau de l'après-référendum. Mais la chute actuelle n'est pas comparable à la violente correction de l'après 23 juin lorsque la monnaie britannique avait perdu près de 15 % en quelques jours. Cette dernière avait cependant eu un impact limité sur les statistiques économiques. L'inflation n'a pas bondi suite à la hausse de la livre. En juillet, comme en août, elle s'est située à 0,6 % en rythme annuel, soit 0,1 point de plus qu'avant le référendum en juin. Cette légère accélération s'explique principalement par le poste « transport » qui, en août, a, à lui seul, apporté 1,2 point d'inflation annuelle. Cette hausse peut s'expliquer par le ralentissement de la baisse des prix mondiaux de l'énergie accélérée par la chute de la livre.

Faible impact inflationniste, mais...

Certes, ce niveau d'inflation ne s'était jamais vu au Royaume-Uni depuis décembre 2014, mais il n'y a pas de rupture de la tendance passée, ni d'envolée des prix au détail comme certains le craignaient en cas de vote en faveur du Brexit. Selon l'ONS, l'office national des statistiques britanniques, ce sont encore en août  les produits peu dépendants des importations qui ont le plus contribué à l'inflation. « La forte dépréciation de la livre depuis le début de 2016 n'a pas encore influencé l'inflation à la hausse », reconnaît l'ONS. La situation pourrait cependant évoluer, car les prix à la production sont repartis en juillet en territoire positif à +0,3 % et se sont accéléré à 0,8 % en août. Ce phénomène a mis fin à deux ans de baisses des prix à la production. L'ONS s'attend donc à une accélération des prix durant le second semestre par une transmission de cette hausse aux consommateurs. Mais le Royaume-Uni, comme le reste du monde, doit aussi lutter avec des tendances déflationnistes qui pourraient freiner cette transmission, surtout si l'activité décélère.

Le retour de l'inflation, une mauvaise nouvelle ?

Les prix britanniques devraient donc encore monter, mais sera-ce une mauvaise nouvelle ? A partir du moment où le scénario d'une spirale inflationniste semble peu crédible, comme c'est le cas, ce n'est pas certain. Si l'inflation demeure sous contrôle, ce que le faible impact de la chute de la livre en juin laisse supposer, elle peut donner un bol d'air aux agents économiques. D'abord par l'effet favorable sur la compétitivité. Cet effet, même s'il reste assez limité compte tenu de la faiblesse de la capacité industrielle britannique, est loin d'être négligeable, comme le montre la bonne réaction du secteur industriel au Brexit. Surtout, les entreprises vont pouvoir compter avec des perspectives de prix qui pourraient les inciter à investir davantage dans un pays rendu précisément plus attractif par la dépréciation monétaire. Ceci pourrait compenser en partie les incertitudes liées aux effets du Brexit. Du reste, ces investissements, qui deviennent urgents compte tenu de la faiblesse de la productivité outre-Manche, viendront remplacer positivement les investissements étrangers classiques, souvent dans des secteurs non productifs (finance ou immobilier). Quant aux salariés, ils disposeront d'un argument pour accélérer la hausse des salaires, là aussi un élément important pour construire une demande intérieure solide.

Une bonne nouvelle pour la politique monétaire

Du point de vue de la Banque d'Angleterre, une inflation plus élevée n'est pas non plus une mauvaise nouvelle. Elle va lui permettre de ne pas aller trop loin dans sa politique accommodante et donc de ne pas alimenter encore la baisse de la livre. Désormais, les marchés tablent plutôt sur un statu quo monétaire en novembre. L'ajustement de la monnaie britannique était inévitable pour prendre en compte le recul attendu des investissements étrangers et la survalorisation de la monnaie de Sa Majesté avant le 23 juin compte tenu du déficit courant du pays. Jusqu'ici, le recul n'a donc rien de dramatique. Le vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre, Ben Broadbent, a, ce mercredi 5 octobre, jugé que la baisse de la livre avait été « relativement ordonnée ».

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Le risque d'un « hard Brexit » et d'une crise monétaire n'est pas écarté

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Ceci ne signifie pas cependant qu'il n'existe pas de risque dans l'avenir. Ben Broadbent a jugé que si la dépréciation monétaire s'accélérait encore, il faudrait que la banque centrale intervienne et relève les taux pour empêcher la fuite des capitaux. C'est là encore le principal danger pour l'économie britannique qui prendra du temps à combler son déficit courant et donc son besoin de financement externe. En cas de forte chute de la livre, la baisse du prix des actifs entraînera un rapatriement massif des capitaux. C'est le vrai danger pour le Royaume-Uni et il est lié au Brexit. En cas de « Brexit dur », la perte de l'accès au marché unique peut provoquer des relocalisations dans l'UE de certaines activités comme les banques. Si elles sont trop importantes et n'ont pas été anticipées par la baisse de la livre, alors une spirale négative peut s'enclencher avec un emballement des fuites de capitaux, de l'inflation et une baisse de l'activité dans la foulée de la hausse des taux. La réalité de ce risque est, pour le moment, impossible à évaluer. En attendant, la baisse de la livre demeure un élément de stabilisation plus que de déstabilisation de l'économie britannique.

Romaric Godin

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