Bruxelles exige de l'Espagne davantage d'efforts pour réduire son déficit public

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Malgré un chômage toujours record (22,2% en août), l'économie espagnole remonte la pente depuis fin 2013. Cette année, le gouvernement table sur une croissance de 3,3%.
Malgré un chômage toujours record (22,2% en août), l'économie espagnole remonte la pente depuis fin 2013. Cette année, le gouvernement table sur une croissance de 3,3%. (Crédits : Reuters)
Le budget de l'Espagne risque d'enfreindre les règles budgétaires de l'Union européenne en 2016, dans la mesure où il se fonde sur des prévisions de croissance trop optimistes et ne prend pas en compte l'exposition du pays à des économies émergentes en ralentissement, selon un avis de la Commission européenne.

La Commission européenne demande à l'Espagne de nouveaux efforts pour réduire son déficit public en 2016, après avoir étudié son projet de budget qui risque de ne pas être dans les clous européens, a-t-elle annoncé lundi 13 octobre au soir.

En raison des législatives prévues le 20 décembre en Espagne, le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy avait décidé de fournir en avance son projet de budget pour qu'il soit examiné par la Commission européenne, qui dispose d'un droit de regard sur les budgets des Etats de la zone euro. Mariano Rajoy brigue en décembre une réélection difficile, avec l'émergence de nouveaux partis: la gauche radicale de Podemos menace de déborder le PS sur la gauche tandis qu'au centre, les libéraux de Ciudadanos prennent des voix aux conservateurs.

Avis définitif rendu le 23 novembre

Les autres pays de la zone euro ont jusqu'au 15 octobre pour présenter leur projet de budget. La Commission rendra ensuite son avis le 23 novembre, pendant une réunion exceptionnelle des ministres des Finances de la zone euro.

Dans son projet de budget, Madrid table sur un déficit des administrations publiques à 4,2% du PIB cette année et à 2,8% en 2016, rappelle la Commission. Des prévisions jugées "un peu trop optimistes" par le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, "notamment au cas de décélération dans les pays émergents".

Après examen, la Commission s'attend "à ce que le déficit budgétaire nominal de l'Espagne baisse à 4,5% cette année et à 3,5% du PIB en 2016, et à ce que l'Espagne ne parvienne donc pas à corriger son déficit excessif d'ici à 2016", comme cela était prévu.

"Elle invite dès lors les autorités espagnoles à mettre en œuvre strictement le budget 2015 et à prendre les mesures nécessaires dans le cadre de la procédure budgétaire nationale afin que le budget prévu pour 2016 respecte le pacte de stabilité", qui fixe à 3% du PIB la limite du déficit public des Etats membres, a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

Demande de mesures détaillées sur les régions

Elle "invite également les autorités espagnoles à présenter le plus rapidement possible un projet de budget remanié, comprenant des mesures pleinement détaillées sur les régions", ce qui se fera "après les élections", a précisé le vice-commissaire Valdis Dombrovskis lors d'une conférence de presse à Bruxelles, au côté de Pierre Moscovici.

Le ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos, a déclaré que la Commission avait déjà par le passé demandé des efforts supplémentaires à l'Espagne en matière de déficit et que Madrid "avait toujours fini par se conformer" aux objectifs.

"Bruxelles émet des avertissements, c'est sa mission et son devoir, mais le gouvernement espagnol est convaincu que l'objectif d'un déficit à 4,2% cette année sera tenu", a-t-il déclaré à Madrid, en se montrant confiant sur l'objectif de descendre à 3% l'année prochaine.

Des pressions politiques de Madrid?

L'exécutif européen a rendu lundi son opinion sur le projet de budget espagnol après un couac la semaine précédente. Pierre Moscovici avait annoncé qu'une telle communication serait faite mardi, mais la Commission a ensuite décidé de reporter sa décision de quelques jours. Ce délai a laissé craindre des dissensions au sein du collège des commissaires européens sur ce sujet, voire des pressions politiques de Madrid.

"Nous sommes bien entendu en contact avec les autorités espagnoles et nous échangeons notre analyse, mais l'opinion de la Commission se fonde sur des données objectives. Il n'y a pas d'influence politique dans ce processus", a affirmé Valdis Dombrovskis.

Mardi dernier, à Luxembourg le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait jugé la réaction initiale de la Commission sévère vis-à-vis de l'Espagne. "Il faut voir d'où le pays vient", avait-il souligné, mettant en évidence la croissance du pays.

Lundi, la Commission a souligné combien l'Espagne est "une des économies à forte croissance de la zone euro", avec un chômage "qui a reculé de 4 points depuis 2013", grâce notamment à "une réforme du marché du travail et d'autres importantes réformes".

Malgré un chômage toujours record (22,2% en août), l'économie espagnole remonte la pente depuis fin 2013. Cette année, le gouvernement table sur une croissance de 3,3%.

 (Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 13/10/2015 à 16:58 :
Ce que j'aime par dessus tout est que ce soit un Français qui fasse la leçon.
Les socialistes: donneurs de leçons, piètres gestionnaires, n'est-ce pas M. Moscovici....
a écrit le 13/10/2015 à 13:53 :
Et allez, après la Grèce, et le Portugal (dont tous les chiffres économiques sont bons ... mais malgré tout le déficit se creuse) et Cie, voilà l'Espagne dans la ligne de mire ! Et en fin d'année, l'Allemagne, prise entre étau entre l'immigration et l'arrêt de la croissance en Chine ? Et la seule réponse qu'on sache donner à cette "sur-crise" provoquée par l'"austérité", ... c'est toujours plus d'austérité ! Youpie, vive l'Europe allemande :-( !
a écrit le 13/10/2015 à 13:20 :
La réaction de M. SCHAUBLE montre bien que la question du déficit est très politisée. Voici que notre soi-disant père la rigueur prétend que ce n'est pas grave si l'Espagne ne respecte pas sa parole. . Alors que le même prétendait il y a peu que la Grèce, se devait de la respecter absolument..

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