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ÉconomieUnion européenne

Catalogne : ce parti de gauche dont dépend le succès des Indépendantistes

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 25 septembre 2015 à 14:12 - Mis à jour le 25 septembre 2015 à 14:43

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La CUP, parti de gauche radicale, pourrait être la surprise des élections catalanes du dimanche 27 septembre. Ses voix pourraient être la clé de l'indépendance.

Le parti de gauche radicale indépendantiste CUP sera sans doute la clé du scrutin régional catalan et, donc, du lancement ou non du processus d'indépendance de la Catalogne. Ce parti est actuellement donné dans les sondages entre 5,5 % et 7 % des voix et 8 à 11 députés et il semblerait que la tendance soit croissante. En 2012, lors du premier scrutin régional à laquelle il avait participé, ce parti avait obtenu 3,2 % des suffrages au niveau catalan et 3 députés. Cette fois, ils pourraient envoyer entre 6 et 9 députés au parlement. Autrement dit, si l'on en croit toutes les enquêtes, l'appui de la CUP sera indispensable à la liste indépendantiste modérée Junts pel Sí pour disposer d'une majorité au parlement et pour pouvoir éventuellement (ici, rien n'est sûr), se prévaloir d'une majorité des voix afin de lancer le processus de sécession.

D'où vient la CUP ?

Qu'est-ce que la CUP ? La Candidature d'Unité Populaire a été fondé en 1986 et regroupe plusieurs tendances de la gauche indépendantiste. Elle s'inscrit dans plusieurs traditions, notamment celle de l'anarcho-syndicalisme qui, dans les années 1930 avec la CNT, a été si forte en Catalogne. Mais des mouvements marxistes, féministes ou écologistes ont également rejoint le parti. Sur son site, la CUP affirme « travailler pour un pays indépendant, socialiste, écologiquement durable, territorialement équilibré et libéré des formes de domination patriarcale. » Par ailleurs, la CUP est hostile à l'union européenne et à l'euro. Dans les années 1990, la CUP a fait partie de la gauche unie catalane, mais elle a rompu avec elle en raison de ses convictions farouchement indépendantistes qui, du reste, s'étendent à l'ensemble des territoires de langue catalane (« Països Catalans »), mais affirme Joaquim Arrufat, un des trois députés de la CUP au parlement sortant, « de façon démocratique, car nous ne voulons pas d'armée pour notre nouveau pays. » Nul irrédentisme à craindre donc.

Succès aux municipales

Ce parti a longtemps été très discret, mais il a émergé avec la poussée indépendantiste du début des années 2010. Il est clairement de plus en plus populaire. En mai dernier, lors des élections municipales, la CUP a réalisé une nette percée en obtenant 7,12 % des voix en Catalogne et 221.000 suffrages, soit seulement 13.000 de moins que le Parti populaire de Mariano Rajoy. Dans certaines villes, comme à Berga, au sud de la Cerdagne, la CUP est arrivée en tête avec 34 % des voix. Ce succès traduit clairement le fait que beaucoup de Catalans ont identifié le pouvoir espagnol à l'austérité et à la réduction des droits sociaux et aspirent à une « République catalane souveraine et fondée sur la justice sociale », comme le dit Joaquim Arrufat.

La « surprise » de dimanche ?

La CUP peut espérer profiter en partie de l'évolution de la campagne. Le durcissement du ton du gouvernement espagnol, de l'Union européenne et de la Banque d'Espagne, portant notamment sur le danger d'une exclusion de la zone euro et de l'UE, peut en effet lui profiter. Certains électeurs traditionnels de la gauche ex-communiste (ICV) pourraient répondre à ces défis par un vote radical et indépendantiste, celui de la CUP. D'autres, au contraire, pourrait choisir la liste portée par Podemos et la Gauche Unie (Catalunya sí que es pot, CSQET) qui est pour un maintien de la Catalogne dans l'Espagne. La capacité des indépendantistes à obtenir une « double majorité », de voix et de sièges, dépend donc largement du choix des électeurs de la gauche radicale entre CSQEP et la CUP.

La CUP bénéficie d'un autre phénomène, le rejet par certains électeurs de gauche de l'alliance Junts pel Sí qui regroupe le président de la Generalitat, le gouvernement régional, Artur Mas et la Gauche républicaine (ERC), opposée à l'austérité. Parmi les électeurs d'ERC, beaucoup ont du mal à admettre l'alliance avec le parti d'Artur Mas, la CDC, qui est un parti de centre-droit qui a longtemps été autonomiste et qui a aussi mené une politique d'austérité. La CDC est un ennemi traditionnel, dans le paysage politique catalan d'ERC. A l'inverse, la CUP a toujours refusé toute alliance avec CDC et, pour cette raison, n'a pas voulu rejoindre Junts pel Sí. C'est donc un choix de repli évident pour les électeurs déçus d'ERC, même si ces derniers sont plus modérés.

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Joaquim Arrufat est un des trois députés de la CUP au parlement sortant, il constate un fort engouement autour de son parti. « Nous avons rempli tous nos meetings, le public répond très présent et il vient soit d'ERC, soit de la gauche, soit encore de gens qui, jusqu'ici ne votaient pas », explique-t-il à La Tribune. « Les gens nous disent partout que nous allons être la surprise de ce vote », assure-t-il.

Pour une déclaration unilatérale d'indépendance rapide

Que fera la CUP après les élections ? En cas de double majorité, de voix et de sièges, la CUP est favorable à une « déclaration unilatérale d'indépendance » (DUI) de la part du parlement. C'est une position qui diffère du programme de Junts pel Sí qui entend d'abord envoyer un message au Roi d'Espagne pour l'informer du lancement d'un processus de sécession. Pour Junts pel Sí, il s'agit d'inviter l'Espagne à négocier la rupture. Il s'agit donc de ne pas commencer par la rupture. Mais, pour Joaquim Arrufat, la DUI « n'est rien d'autre qu'un message envoyé au monde pour montrer que le peuple catalan veut son propre Etat. » Il n'empêche donc pas la tenue de négociation. « Nous devons lancer ce message à la communauté internationale parce que nous savons que nous n'avons pas d'alternative, que l'Espagne n'acceptera jamais un référendum. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons utilisé des élections plébiscitaire », explique le député.

Mais si Junts pel Sí refuse ? « Il faudra en parler », annonce Joaquim Arrufat, qui affirme que son parti sera « pragmatique » pour parvenir à l'indépendance. « Nous sommes un parti démocratique et nous ne serons pas majoritaire, il faudra donc prendre en compte les autres positions », ajoute-t-il. Ainsi, en cas d'absence de majorité de voix, Joaquim Arrufat, tout en indiquant que cette absence sera sans doute « symbolique plus que significative », est ouvert à utiliser la méthode plus lente et consensuelle proposée par Junts Pel Sí. « Avec 50 %, nous serons plus forts, mais sans ces 50 %, il faudra lancer le processus », indique Joaquim Arrufat.

Quel président ?

Autre point de discorde avec la liste indépendantiste : le président du futur gouvernement catalan. Junts Pel Sí a prévu de placer Artur Mas à ce poste, ce qui déplaît à la CUP qui a affirmé ne pas vouloir voter pour lui. « Nous allons proposer un autre schéma, plus démocratique qui ne reconduit pas ce président qui a pratiqué des coupes budgétaires », indique Joaquim Arrufat. Un président plus consensuel, donc. Mais si Artur Mas s'entête, la CUP pourra toujours s'abstenir et assurer ainsi la majorité relative à l'actuel président de la Generalitat sans l'avoir réellement soutenu. Ce parti de gauche radical apparaît donc comme plus pragmatique qu'on peut le croire

Un soutien sans faille au processus de sécession

Une chose est certaine, malgré ces divergences : si la CUP participera au soutien du processus de sécession, elle n'entrera pas au gouvernement. « Nos conceptions sont trop éloignées de ceux des autres indépendantistes », explique Joaquim Arrufat. Certes, en fonction de son score, elle pourra avoir de l'influence sur le processus et la future constitution catalane, mais comme la souligné sa tête de liste Antonio Baños, dans une interview à la Xarxa, la CUP « ne fera pas dérailler le processus d'indépendance et ne le paralysera pas. » A la CUP, il n'est donc pas question de faire du « chantage » au gouvernement catalan pour imposer ses propres conceptions.

L'ambiguïté de Junts Pel Sí face à la CUP

Les leaders de Junts Pel Sí, à commencer par Artur Mas, sont cependant assez mal à l'aise avec cette poussée à gauche. Elle est, en effet, utilisée par les partis unionistes du centre et de droite pour agiter l'épouvantail d'un gouvernement indépendantiste « otage » de la CUP. Mais Artur Mas, lui-même, tente de détourner les électeurs indépendantistes de la CUP en mettant en avant le fait que ce parti pourrait « inquiéter l'Europe », alors que Junts Pel Sí entend précisément utiliser la « médiation européenne » pour faire céder l'Etat espagnol. Mais la liste indépendantiste modérée ne peut se permettre de réellement combattre la CUP dont elle va avoir besoin dès le 28 septembre.

Pragmatisme et détermination

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Mais là encore, Joaquim Arrufat se veut pragmatique. « Nous sommes contre cette Union européenne qui a été détournée de son but pacifique pour devenir une Union des banquiers, mais nous comptons néanmoins sur le soutien des Etats européens et de leur pragmatisme pour soutenir le choix démocratique du peuple catalan », explique-t-il. Une vision qui n'est pas si éloignée de celle de Junts Pel Sí. D'autant qu'il se dit « persuadé » que l'Etat espagnol durcira la lutte. Mais il prévient : « si l'Espagne suspend l'autonomie et le parlement catalan, symboles de la lutte du peuple catalan et qui représente le peu que nous avons gagné depuis la fin de la dictature, il faudra réagir pour imposer la République catalane, même si cela déplaît à quelques banques. » La CUP n'entend pas céder aux menaces, y compris celles de la Banque d'Espagne concernant l'exclusion de la Catalogne de la zone euro. Et de conclure en forme de défi : « nous avons suivi de très près ce qui s'est passé en Grèce. »

Romaric Godin

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