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ÉconomieUnion européenne

Catalogne : comment les Indépendantistes veulent avancer vers leur objectif

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 13 septembre 2016 à 15:52 - Mis à jour le 13 septembre 2016 à 15:55

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Après les grandes manifestations de la Diada, le président catalan tente un mouvement tactique pour sortir du blocage et décider les indécis à basculer dans son camp.

Si l'on voulait prendre la mesure de l'état de la situation entre la Catalogne et l'Etat espagnol, il suffirait d'observer le fossé qui s'est creusé entre les titres des presses espagnoles et catalanes sur les manifestations indépendantistes qui se sont déroulées dans toute la Catalogne dimanche 11 septembre pour la Diada, la fête nationale catalane. A Madrid, on parle d'échec, voire, pour les journaux les plus conservateurs comme la Razón de « farce ». A Barcelone, au contraire, plusieurs titres, comme par exemple le quotidien en catalan Ara évoque un « succès ».

Querelles de chiffres

Les querelles de chiffres sont interminables et invérifiables. La délégation du gouvernement espagnol parle de 300.000 personnes, les organisateurs de plus d'un million. En réalité, la mobilisation - quel que soit le chiffre exact - est demeuré forte et sans doute plus forte que ce que l'on pensait la semaine passée. Cette Diada 2016 était naturellement moins mobilisatrice que celle de l'an passé qui précédait de seize jours des élections cruciales pour la cause de l'indépendance. Elle était de plus « décentralisée », avec cinq manifestations.

Mais les associations indépendantistes Omnium et ANC ont prouvé une nouvelle fois leur forte capacité de mobilisation. Une capacité dont ne disposent pas les anti-indépendantistes qui ne parviennent guère à faire descendre leurs partisans dans la rue, alors qu'ils prétendent représenter la majorité des Catalans. Ce qui, du reste, explique que les médias madrilènes aient rapidement terminé la querelle du nombre de manifestants pour revenir à leur traditionnelle critique de ce genre d'événement.

Les atouts des Indépendantistes après la Diada

Il est vrai que la capacité de mobilisation ne signifie politiquement rien. Comme le soulignait à la Tribune la semaine passée le député régional du parti de centre-droit unioniste Carlos Carrizosa, « l'utopie est naturellement plus mobilisatrice que la défense du statu quo ». La majorité pourrait être silencieuse. Mais il n'empêche, une telle mobilisation envoie clairement deux messages assez préoccupants pour Madrid et les partisans du statu quo institutionnel.

D'abord, parce qu'elle montre que l'indépendance est une cause permettant de faire descendre dans la rue plusieurs centaines de milliers de personnes, ce qui peut être un élément clé si l'Etat espagnol entend répondre au processus indépendantiste initié par le parlement catalan par des moyens musclés comme la suspension des dirigeants politiques indépendantistes ou même de l'autonomie catalane. Ensuite, parce qu'elle montre qu'il existe encore un soutien populaire fort à la majorité indépendantiste, alors que, selon Carlos Carrizosa, « la population catalane est fatiguée par le jeu irresponsable du gouvernement ». En fait, le président catalan Carles Puigdemont sort clairement renforcé des images de ce 11 septembre.

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Mais ce renforcement l'oblige en réalité à entrer désormais dans le vif du sujet. La semaine passée, Carles Puigdemont s'est réconcilié avec le parti indépendantiste anti-capitaliste, la CUP, assurant sa majorité lors de la question de confiance qu'il posera au parlement le 28 septembre. La CUP, partisane d'un mouvement unilatéral vers l'indépendance, n'a pas exigé un tel engagement du gouvernement de la Generalitat. Elle s'est contentée de la reconnaissance de l'ouverture possible de cette voie par la majorité le 27 juillet lors d'un vote positif sur le rapport d'une commission parlementaire.

Mais si l'exécutif catalan ne s'est pas engagé sur les moyens, il s'est engagé sur l'objectif : l'indépendance, si celle-ci est voulue par les Catalans. Jeudi 8 septembre, devant des journalistes français, Carles Puigdemont a répété qu'il conservait « un engagement solide » d'ouvrir la voie vers « un Etat indépendant » et que la « feuille de route » du gouvernement, qui prévoit d'aller vers la sécession sera « clarifiée » dans ce sens et non « modifiée ». C'est par cet engagement seul que le président peut espérer maintenir sa majorité en domptant une CUP peu fiable politiquement, mais elle aussi déterminée à atteindre l'indépendance.

Mouvement tactique

Reste à définir ce chemin. De ce point de vue, Carles Puigdemont a fait un mouvement tactique intéressant au lendemain de la Diada en annonçant qu'il proposerait à Madrid l'organisation d'un référendum d'autodétermination. Ce mouvement lui permet en réalité de justifier à l'avenir l'option de l'unilatéralité. Une telle option gagne de plus en plus de terrain depuis cet été dans les milieux indépendantistes, mais rencontre encore de nombreuses résistances qui, non sans raison s'inquiètent à la fois de la rupture légale avec Madrid et de l'organisation future de l'indépendance si la Catalogne avance seule.

Avec cette nouvelle ouverture au gouvernement espagnol, Carles Puigdemont entend leur prouver la vanité de l'option du référendum « pacté », autrefois option préférée de son camp. Il s'agit donc de prouver à son groupe parlementaire, Junts Pel Sí, qu'un référendum pacté n'est plus une alternative et de faire porter la responsabilité de la voie unilatérale sur Madrid. Il sera en effet impossible alors au camp unioniste de prétendre que les Indépendantistes refusent le dialogue et la volonté de la majorité puisque le gouvernement espagnol aura refusé de compter concrètement cette majorité, comme, du reste, le désire une très large majorité de Catalans, indépendantistes ou non.

Rallier les indécis

Dernier atout d'un tel mouvement : il permet de rallier potentiellement les « hésitants » de l'indépendance, les partis politiques qui sont divisés sur ce sujet et qui, pour dissimuler leurs divisions, se contentent d'appeler à un référendum légal. C'est le cas de la gauche autour de Podemos (9 % des voix le 27 septembre 2015 mais 24,5 % aux élections espagnoles du 26 juin) et les Démocrates-chrétiens d'Unió (2,51 % des voix le 27 septembre).

En prouvant que cette demande n'a plus d'objet, Carles Puigdemont pourrait les amener à accepter de participer à un référendum unilatéral sur l'indépendance qui serait alors soutenu par près de 60 % du corps électoral catalan. Dès lors, ce vote pourrait disposer des « garanties démocratiques » que le président catalan s'est engagé à respecter, malgré le boycott des partis unionistes.

La gauche indécise à l'heure des choix

Depuis des mois en effet, la gauche non-indépendantiste, notamment, réclame un accord avec Madrid. Pourra-t-elle encore tenir un tel appel après l'échec de la demande catalane à Madrid ? Peut-être. Dans un entretien à La Tribune, la députée régionale Marta Ribas a rejeté toute unilatéralité, comptant sur un changement politique à Madrid pour obtenir un référendum pacté. Mais cette attitude pourrait ne pas être celle de tout le monde dans cet espace politique, d'autant que la situation à Madrid ne semble pas se diriger vers l'acceptation d'un référendum.

La gauche espagnole semble en effet incapable de s'entendre précisément à cause de cette question et, en cas de troisièmes élections législatives en Espagne, c'est le Parti populaire de Mariano Rajoy qui pourrait encore sortir renforcé. Tout dépendra alors de l'attitude des proches de la maire de Barcelone, Ada Colau, elle-même alliée avec Podemos et la Gauche Unie et très influente en Catalogne. Si Ada Colau accepte le référendum unilatéral, Carles Puigdemont pourrait gagner son pari. La maire de Barcelone entretient pour le moment l'ambiguïté, mais elle était présente dimanche à la manifestation de la Diada. Le président catalan entend la décider à choisir. Et vite.

L'autre voie, les élections constituantes ?

Le référendum unilatéral n'est, du reste, pas la seule option possible pour Carles Puigdemont qui a prévenu qu'il ne l'organiserait que s'il est « faisable ». S'il estime cette voie trop ardue, le président catalan peut choisir la voie « d'élections constituantes » une fois les « lois de déconnexion » votées. Cette option est plus ardue, car comment faire pour organiser des élections « constituantes » d'un pays dont l'indépendance n'est pas encore proclamée ? Si les « unionistes » sont majoritaires, ils pourront certes casser le processus et dans ce cas Carles Puigdemont oblige la gauche indécise à prendre position. Mais les partis unionistes pourraient aussi ne pas jouer le jeu. Ciudadanos affirme déjà qu'il n'y participera pas. Aucun chemin vers l'indépendance n'est jonché de roses...

Refus de Madrid

En attendant, l'issue de la proposition de Carles Puigdemont ne fait pas l'ombre d'un doute. Le gouvernement en fonction espagnol de Mariano Rajoy a tout à gagner d'une démonstration de fermeté face aux Indépendantistes. Ce week-end, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Maria García Margallo, a jugé que l'indépendance catalane serait « pire qu'une attaque terroriste » dans la mesure où elle ne serait pas « dépassable par l'Etat ». Et de prévenir que toute déclaration unilatérale ne sera « pas acceptée par le conseil de sécurité ». Le référendum « pactée » est une option inadmissible pour le PP et pour son allié Ciudadanos dans la mesure où elle « divise la nation ».

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Elle est, du reste, impensable alors que le Pays Basque, qui renouvelle son parlement le 25 septembre, réfléchit à une majorité pour l'autodétermination entre les Conservateurs du PNV, la gauche indépendantiste et Podemos et regarde de très près ce qui se passe en Catalogne. L'enjeu catalan est donc plus large. Mais le blocage semble, in fine, profiter aux Indépendantistes et aux unionistes les plus déterminés. L'option médiane, celle du référendum pactée ou de la fédération, disparaît chaque jour un peu plus aux oubliettes.

Romaric Godin

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