Elections locales en Espagne : une répétition générale avant le scrutin national

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L'Espagne vote le 24 mars pour des élections locales
L'Espagne vote le 24 mars pour des élections locales (Crédits : Reuters)
Dimanche 24 mai, les électeurs espagnols sont convoqués pour renouveler les conseils municipaux et de 13 conseils régionaux. Un test avant les élections parlementaires du 20 novembre.

Dimanche 24 mai, les électeurs espagnols seront appelés aux urnes pour une répétition générale avant les élections parlementaires du 20 novembre prochain. L'intégralité du corps électoral, soit plus de 34,5 millions d'électeurs, sont appelés à renouveler les 8.116 conseils municipaux. Parallèlement, 19 millions d'électeurs devront renouveler les assemblées de 15 assemblées régionales sur 19. Bref, dimanche soir, on en saura nettement plus sur l'état de la vie politique espagnole, même s'il faudra se garder d'une extrapolation hâtive : les élections parlementaires sont dans six mois et les élections municipales mettent souvent en jeu des listes locales apolitiques qui peuvent brouiller les pistes. Reste que certains points devront être observés de près.

La fin du bipartisme intégral

Le Parti populaire (PP), conservateur, du président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, devrait subir des reculs importants partout ce dimanche. Le PP détient aujourd'hui 10 des 13 régions en jeu. Malgré un discours d'autosatisfaction constante sur la reprise économique, le PP paie encore le prix de sa politique d'austérité menée entre 2011 et 2013. Le chômage baisse, mais reste élevé et les effets de la crise se font encore ressentir dans le niveau des revenus et des salaires. Par ailleurs, le PP est fortement touché par les nombreuses affaires de corruption qui l'ont frappé. Partout, le recul devrait être très fort, même dans ses bastions. A Madrid, place-forte de la droite où le PP avait obtenu 51 % des voix en 2011, il pourrait céder 15 points. Dans la Communauté valencienne, la chute pourrait, selon les derniers sondages, atteindre 18 points de 49 % à 31 %. En Estrémadure, en Aragon et en Castille et Léon, la chute serait de 13 points. En Castille-La Manche et dans la Rioja, de dix points...

De son côté, malgré quatre ans d'opposition, le parti socialiste (PSOE) devrait lui aussi subir un net recul, quoique souvent moins fortement que son adversaire conservateur. Ce ne sera cependant qu'une faible consolation, car les élections locales de 2011, réalisées avant la déroute électorale du gouvernement Zapatero, n'étaient guère favorables au PSOE qui avait perdu 6 régions. Le 22 mars, en Andalousie, la baisse avait atteint 4 points de pourcentages. Les sondages prévoient des reculs pouvant atteindre près de dix points dans certaines communautés autonomes (régions) comme l'Estrémadure ou Castille-La Manche. En revanche, le PSOE pourrait maintenir ses positions dans certains de ses bastions, notamment les Asturies, en réduisant ses pertes.

Au final, cependant, le bipartisme espagnol devrait subir un nouveau revers, confirmant l'émergence d'un paysage politique plus complexe. Selon les sondages nationaux, les deux partis « traditionnels » cumulent 47 % des intentions de vote, contre près de 80 % en 2011. Conséquence : si le PP ou, plus rarement, le PSOE, pourrait toujours rester le premier parti au niveau régional, aucun d'eux ne peut compter sur la majorité absolue. Il faudra donc observer de près le score de ces deux partis pour prendre l'ampleur de leur perte d'influence.

Que vaut Podemos ?

Le parti de gauche issu du mouvement anti-austérité des Indignados (« indignés ») n'a plus le vent en poupe comme cet automne où les sondages en faisaient le premier parti du pays. Depuis début mars, la côte de popularité de ce parti est en net recul : en moyenne il est passé de 26 % d'intentions de vote à 18 %. Un recul qui s'explique en partie par le bras de fer entre la Grèce dirigée par Syriza et ses créanciers, mais aussi par la percée, on le verra, de Ciudadanos, un autre parti « anti-système. » Reste que Podemos, qui reste un nouveau venu dans le paysage politique espagnol, va sans doute confirmer sa percée ce dimanche. Le 22 mars, il avait obtenu près de 15 % des voix en Andalousie, moins que ce que prédisaient les sondages, mais néanmoins assez pour devenir un facteur clé dans la construction d'une majorité. Il faudra donc observer de près le score de ce mouvement, notamment dans des régions qui pourraient devenir quelques-unes de ses places fortes : Madrid, où il pourrait frôler les 20 % et peut-être dépasser le PSOE et l'Aragon où il est donné deuxième à 22,5 % des intentions de vote dans les derniers sondages, au coude-à-coude avec le PP (23,9 %) et le PSOE (21,9 %). La place de la grande coalition menée par Podemos avec la gauche ex-communiste aux municipales de Barcelone où les sondages leur donne actuellement la première place avec 27 % d'intentions de vote. Il sera aussi intéressant de confirmer ce que disent les sondages : dans beaucoup de régions, Podemos devraient se limiter à une fourchette comprise entre 10 et 15 %. Un bon score dans l'absolu, mais qui pourrait peser sur ses ambitions pour le 20 novembre.

La montée de Ciudadanos

Le parti des « Citoyens » (Ciudadanos) a longtemps été un petit parti anti-autonomiste catalan. Depuis le début de l'année, il s'est cependant nettement imposé comme une force nationale, atteignant dans les sondages entre 15 et 20 % des intentions de vote. Ciudadanos se définit comme un parti centriste et libéral luttant contre la corruption des élites politiques. Son programme économique allie une critique de l'austérité menée par Mariano Rajoy et de nouvelles « réformes structurelles », notamment dans le domaine de l'emploi. Très clairement, Ciudadanos se présente comme une alternative au PP pour l'électorat centriste et conservateur.

Les élections de dimanche devraient permettre de montrer les zones où ce nouveau parti est capable d'émerger comme une force. Les sondages lui attribuent 21,8 % des voix et la deuxième place derrière le PP dans la région de Murcie. A Madrid, dans la Communauté valencienne et aux Baléares, Ciudadanos devraient aussi dépasser 15 % des voix. Ailleurs, son émergence pourrait être plus faible, mais elle pourrait suffire à jouer un rôle clé dans les futures coalitions.

Un test avant les " élections plébiscitaires" en Catalogne ?

La Catalogne renouvellera le 27 septembre son parlement régional dans des élections que l'actuel président de la région, Artur Mas, voudrait « plébiscitaires », autrement dit centrée sur la question de l'indépendance. Le camp indépendantiste entend se mettre d'accord sur une plateforme commune pour un processus indépendantiste qui sera mis en place s'ils sont majoritaires. Si donc, on ne vote pas aux régionales en Catalogne le 24 mai, on vote aux municipales. Les partis indépendantistes, la CiU de centre-droit et l'ERC à gauche, mais aussi la CUP d'extrême-gauche, essaieront donc de faire de ces élections locales un test avant le 27 septembre. Ce ne sera pas toujours possible compte tenu de la particularité de ces élections où se présentent de nombreuses listes « apolitiques » locales et où certaines coalitions électorales autour de Podemos ne seront pas celles du 27 septembre. Par ailleurs, la définition du « camp indépendantiste » est encore incertaine, certaines formations n'ayant pas encore fait leur choix. Reste que l'on s'attend à un recul de la CiU et à une poussée d'ERC et de la CUP. Mais les vainqueurs de ces élections pourraient être Podemos et Ciudadanos.

Un « deuxième tour » à surveiller

Comme il y a fort à parier qu'aucun parti n'obtienne de majorité absolue dans aucune région, il faudra construire des coalitions dans le cadre du nouveau paysage politique à quatre. La constitution de majorités sera donc intéressante à suivre, car elles décideront si les deux nouveaux « poids lourds » de la politique espagnole, Podemos et Ciudadanos, sont prêts à tisser des alliances avec les partis du « système. » Au risque de paraître « trahir » le besoin de renouvellement qu'ils incarnent. La question se posera notamment pour Ciudadanos dont le caractère centriste en fait un allié « naturel » du PP ou du PSOE après le scrutin de novembre. Mais en entrant dans le jeu politique, ce parti pourrait perdre un argument important avant les élections de novembre. Chaque région sera sans doute un cas particulier, mais ce 24 mai sera aussi un moyen d'évaluer la capacité de l'Espagne à se constituer un gouvernement.

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Commentaires
a écrit le 21/05/2015 à 17:53 :
C'est certainement le 24 mai et non le 24 mars
L'erreur est humaine mais un journaliste de la tribune se doit d'être exemplaire en orthographe et dans la justesse de ces propos

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