Espagne : quelles leçons tirer des élections andalouses ?

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Susana Diaz, présidente socialiste de l'Andalousie, va conserver son poste
Susana Diaz, présidente socialiste de l'Andalousie, va conserver son poste (Crédits : Reuters)
Les élections dans la région la plus peuplée d'Espagne ont confirmé l'émergence de deux nouveaux partis et la résistance du parti socialiste, mais aussi l'effondrement des conservateurs. Mais est-ce une répétition générale avant les élections nationales ?

Le vote des Andalous le 22 mars a lancé un véritable marathon électoral en Espagne durant cette année 2015 qui sera marquée par le scrutin municipal, celui de la plupart des communautés autonomes (régions) en mai, le renouvellement du parlement catalan le 27 septembre et, enfin, les élections générales pour renouveler le Congrès des députés le 20 novembre. C'est dire si les élections andalouses, qui mobilisaient 6,3 millions d'inscrits, soit près d'un quart des inscrits dans toute l'Espagne ont été importantes. Quelles leçons peut-on en tirer ?

Un électorat plutôt mobilisé

L'abstention est restée forte dans la région avec 36,06 % des inscrits. Mais les Andalous se sont plus mobilisés qu'en 2012 où l'abstention avait atteint 39,12 %. Pour autant, il convient de ne pas oublier que les élections générales intéressent traditionnellement davantage que les régionales. En 2011, l'abstention en Andalousie pour les élections au Congrès était de 29,32 % seulement. Il n'est donc pas possible de projeter entièrement les résultats de ce dimanche sur ce que sera le vote du 20 novembre.

Un PSOE très ancré localement.

Du reste, la comparaison entre les élections générales de novembre 2011 et celles de mars 2012, séparées donc de cinq mois, montre que, dans les régionales, le PSOE (parti socialiste) résiste mieux que le PP (parti populaire conservateur). Le PSOE est passé de 36,57 % à 39,56 % entre les deux scrutins, le PP a chuté de 45,57 % à 40,67 %. Au niveau régional, le PSOE, qui dirige la communauté autonome andalouse depuis l'instauration du statut d'autonomie en 1981, bénéficie d'une prime évidente. Sa résistance relative ce 22 mars (-4 points et maintien du nombre de sièges avec 10 députés en plus dans le parlement) ne doit donc pas être considérée comme une promesse certaine d'un succès du PSOE en 2012 au niveau national. La stature de la présidente de la région, Susana Diaz, a sans doute permis au parti de limiter la casse. L'absence de leader fort au niveau national pourrait se faire sentir en novembre...

L'effondrement du PP et le peu d'impact de l'argument de la reprise

Mariano Rajoy peut se faire du souci. En 2011 et en 2012, il avait parvenu à atteindre ce qui paraissait impossible et que José Maria Aznar lui-même n'avait pas réussi : faire du PP le premier parti d'Andalousie. La chute est donc monumentale : 14 points de pourcentage et pas moins de 17 sièges. Ceci prouve que l'électorat espagnol fuit clairement le PP. Pour deux raisons.

La première, c'est la corruption endémique au sein d'un parti terni par les affaires à répétition. La seconde, c'est la politique économique de Mariano Rajoy.

Derrière l'apparence d'une reprise vigoureuse, les effets sociaux de la politique d'austérité du chef du gouvernement restent très présents. Le chômage a certes un peu baissé, mais il reste très élevé, notamment en Andalousie, une des régions les plus fragiles économiquement où il dépasse les 34 % de la population active. Les effets de la baisse des salaires et de la plus grande précarité se sont fortement sentir dans la population, malgré les effets (pour le moment) positifs de la baisse des prix. La reprise n'est pas assez forte pour effacer les effets négatifs de la crise et ces élections andalouses semblent confirmer que l'argument du redressement économique, arme préférée du PP ces derniers temps, semble fortement émoussé.

Déception pour Podemos ?

Le parti issu des Indignés a obtenu dimanche 14,84 % des exprimés et 590.000 voix. Pour une première participation à un scrutin régional où le PSOE a bénéficié de son ancrage local, c'est objectivement un bon score qui confirme son irruption dans le paysage politique espagnol. Pour autant, ce n'est pas le « raz-de-marée » que certains prédisaient. Les derniers sondages publiés le 15 mars prédisaient pour Podemos un score entre 15,2 % et 19,9 %. C'est donc, de ce point de vue, un score plutôt bas qui peut amener à relativiser la force de ce parti dans les sondages nationaux (où Podemos est donné entre 21 % et 23 % des intentions de vote). Podemos semble donc n'avoir que partiellement su récupérer la colère contre la politique de Mariano Rajoy et il a trouvé dans le parti centriste Ciudadanos (qui a obtenu 9,3 % des voix) un concurrent sérieux.

Mais il existe aussi des faits rassurants pour Podemos. Ainsi, s'il a sans doute récupéré une partie des électeurs de la Gauche Unie (Izquierda Unida ou IU, coalition autour du PC et des Verts), ce phénomène n'est que partiel. IU a réalisé, certes, a perdu 4 points et 164.000 électeurs, pas assez pour expliquer la poussée de Podemos. Il n'y a pas eu de « cannibalisation complète » d'IU par Podemos. Les forces à la gauche du PSOE, IU et Podemos, passent de 11,9 % en 2012 à 21,7 % ce 22 mars. Il y a bel et bien une montée en puissance de cette partie de l'échiquier politique. Podemos a bien su mobiliser des électeurs déçus du PSOE et du PP, ainsi que des anciens abstentionnistes.

C'est d'autant plus encourageant pour le parti au niveau national que le Podemos andalou est très radical. Syriza, le parti grec, avait ainsi soutenu dans ces élections IU, alors qu'au niveau national, Alexis Tsipras ne cache pas son alliance avec le leader de Podemos Pablo Iglesias. Bref, il existe une marge de progression pour Podemos d'ici au 20 novembre.

Ciudadanos , autre gagnant de l'élection ?

Le parti centriste « Citoyens » a réussi, lui aussi, une belle percée dans une région où il était inconnu jusqu'ici avec 9,3 % des exprimés, 369.000 voix, et 9 députés régionaux. C'est, comme dans le cas de Podemos, la confirmation d'une émergence. Mais, pour ce parti aussi, c'est une déception par rapport aux derniers sondages qui lui donnaient entre 10 et 11 % des voix. Ciudadanos n'a gagné qu'en partie seulement les voix des déçus du PP qui a perdu 500.000 voix depuis 2012. Du coup, ce nouveau parti apparaît bien comme une issue pour les déçus de Mariano Rajoy. Mais il n'est pas seul.

Le problème pour ce parti est désormais celle de son placement dans le jeu politique espagnol, notamment dans le jeu des alliances. Beaucoup en Europe voient dans Ciudadanos une alternative « modérée » à Podemos. C'est vrai en partie, mais il ne faut pas oublier que ce parti est aussi un parti « anti-système » qui a construit son succès sur le refus de la corruption des partis traditionnels et sur celui de la politique économique des gouvernements espagnols. S'allier avec un de ces partis ne sera pas chose facile pour ce mouvement, car il risque de perdre sa capacité à coaliser le rejet. Mais s'il refuse toute alliance, il risque d'apparaître comme une voie sans issue pour des électeurs « modérés »... Le choix n'est donc pas simple.

La chance de Ciudadanos repose donc dans la volonté affichée de Susana Diaz, la présidente PSOE de la région, de gouverner avec une majorité relative. Ceci permettrait au parti centriste d'appuyer l'exécutif socialiste « à la carte » sur les thèmes qui lui conviennent. En passant, il pose une pierre dans le jardin de Podemos puisque, comme l'a souligné Susana Diaz, en cas d'abstention de Ciudadanos, seule une alliance PP-Podemos est capable de contrer le PSOE. Comment les électeurs de Podemos prendraient-ils une telle alliance de fait ?

Quelles leçons pour le 20 novembre ?

L'Andalousie n'est donc pas l'Espagne et il est difficile de tirer des conclusions définitives pour l'ensemble du pays près de six mois avant le scrutin. Mais quelques certitudes peuvent en être retenues : le PSOE conserve une capacité à se définir comme une alternative, Podemos et Ciudadanos sont désormais bien ancrés dans le paysage politique et la stratégie de Mariano Rajoy de « capitaliser » sur la reprise économique pourrait bien échouer.

Mais les élections régionales de mai et celles de Catalogne le 27 septembre peuvent changer la donne, comme peut jouer l'évolution économique d'ici à novembre. Surtout, l'Andalousie risque de ne pas répondre à la principale question qui se posera après le 20 novembre, celui des alliances et de la gouvernabilité du pays.

Les résultats complets en Andalousie (en espagnol) sur le site de El Mundo.

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