Faut-il craindre un retour de l'inflation en Europe ?

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(Crédits : ANTONIO BRONIC)
Les craintes d'un retour de l'inflation peuvent-elles gagner l'Europe, dans la foulée des inquiétudes engendrées aux Etats-Unis par le plan de relance de Joe Biden? Aucun risque, estiment des économistes interrogés par l'AFP, pour qui l'enjeu sera surtout l'action de la Banque centrale européenne.

En janvier, l'inflation a bondi à 0,9% sur un an dans la zone euro, contre -0,3% en décembre, tirée par les prix des services ou des biens industriels dans le sillage de l'augmentation des cours des matières premières.

Après avoir fortement baissé en 2020, l'inflation devrait continuer de repartir cette année, dans la foulée de la reprise économique espérée avec la levée progressive des restrictions d'activité face à l'épidémie.

Et elle est de nouveau surveillée comme le lait sur le feu. Un mouvement qui vient des Etats-Unis, où elle atteignait 1,4% l'an dernier et où les investisseurs s'attendent à la voir grimper en conséquence du gigantesque plan de relance à 1.900 milliards de dollars annoncé par Joe Biden.

Cela s'est reflété par une augmentation des taux d'intérêts sur les bons du Trésor américain à 10 ans, et dans la foulée de ceux des emprunts d'Etats de la zone euro. Jeudi, le taux d'emprunt à 10 ans de la France est même redevenu positif, après des mois en territoire négatif.

Ce n'est donc pas tant le risque d'une forte inflation qui suscite des inquiétudes que le changement qu'elle pourrait induire dans les politiques monétaires des banques centrales américaine (Fed) et européenne (BCE).

La Fed pourrait en effet relever ses taux d'intérêt pour ralentir l'emballement des prix et maintenir l'inflation autour de son objectif de 2%.

Son président Jerome Powell a rejeté dans l'immédiat l'éventualité d'une telle hausse, qui serait pénalisante pour la reprise économique puisqu'elle rendrait l'endettement et l'investissement plus coûteux.

Qu'en est-il de l'Europe? "Il n'est déjà pas évident que le plan de relance de Biden fasse beaucoup d'inflation aux Etats-Unis. Et pour l'Europe c'est hors sujet", estime Xavier Ragot, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Le montant des plans de relance européens ne génère absolument aucun risque inflationniste."

"Aucun risque de surchauffe"

Le plan de relance de la Commission européenne est chiffré à 750 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent parfois des plans nationaux. "On a un plan de relance européen qui est instantanément moins fort (que le plan américain NDLR), et en plus une perte de croissance beaucoup plus importante, donc on n'a pas les mêmes risques de surchauffe qu'aux Etats-Unis", abonde Fabien Tripier, économiste et conseiller scientifique au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

Le PIB américain a ainsi reculé de 3,5% l'an dernier, contre un plongeon de près de 7% en zone euro.

Il n'y a "aucun risque de surchauffe ou de reprise durable de l'inflation" dans la zone euro, a insisté cette semaine le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, également membre du conseil des gouverneurs de la BCE

Par ailleurs, selon Xavier Ragot, une hausse des taux décidée aux Etats-Unis n'impliquerait pas forcément une décision semblable de la BCE.

"Ca ne se passe pas comme ça en macroéconomie", avance-t-il, citant l'exemple des politiques monétaires longtemps différentes entre les Etats-Unis et le Japon, ou entre les Etats-Unis et l'Europe au début des années 2010.

"Avec la nécessité de conditions financières souples pour soutenir l'économie, la Banque centrale européenne (dont l'objectif est également de maintenir l'inflation autour de 2% dans la zone euro) ne réagira probablement pas à un sursaut de l'inflation", estime aussi Jack Allen-Reynolds, économiste au cabinet Capital Economics.

La BCE veut "maintenir" des "conditions financières favorables" pour l'économie, a d'ailleurs assuré François Villeroy de Galhau.

Pour Fabien Tripier, l'institution de Francfort devrait donner "un signal fort" aux acteurs de marchés, en disant que "ce n'est pas parce qu'il va y avoir une inflation à 1,5% ou 2,2% qu'il faut anticiper une hausse des taux de sa part".

Augmenter les taux, "c'est l'erreur faite par Jean-Claude Trichet en 2011 lorsqu'il était président de la BCE", et alors que l'économie européenne ralentissait, juge l'économiste. D'autant que dans un contexte d'Etats très endettés, un regain d'inflation serait une bonne nouvelle, en réduisant mécaniquement le coût du remboursement de leur dette.

La Banque centrale européenne (BCE) combattra toute augmentation importante des taux réels qui pourrait compromettre la reprise économique de l'Union européenne, a déclaré jeudi Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE à l'agence de presse lettone LETA.

"Nous veillerons à ce qu'il n'y ait pas de durcissement injustifié des conditions de financement. Une augmentation trop brutale des taux d'intérêt réels - ou ajustés de l'inflation - en raison de l'amélioration des perspectives de croissance mondiale pourrait compromettre la reprise économique. C'est pourquoi nous suivons de près l'évolution des marchés financiers", a déclaré Isabel Schnabel.

Elle a ajouté que si la croissance économique au premier trimestre pourrait être inférieure aux attentes de la BCE en raison des mesures de confinement, le PIB annuel devrait être globalement en ligne avec les attentes.

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Commentaires
a écrit le 26/02/2021 à 12:37 :
La reponse est oui. Pour l'instant noyee dans certaines taxes.
a écrit le 26/02/2021 à 9:44 :
"pour qui l'enjeu sera surtout l'action de la Banque centrale européenne"

Nos économistes qui s'embêtent de moins en moins dans leurs analyses et on les comprend, depuis le temps qu'ils se plantent à un moment il faut arrêter l'hypocrisie générale hein !

Notre économie ne se repose que sur le seul bon vouloir de l'oligarchie, oligarchie en déclin depuis des siècles maintenant, ils se rendent compte qu'ils sont là pour parler théorie tandis que les pratiques financières sont toutes autres.

Si l'immense travail courageux du consortium de journalistes ne peut servir rien qu'à ça, rien qu'à lever cette immense hypocrisie générale concernant une soit disant efficience des marchés, la fameuse main invisible que nous n'avons jamais autant distinguer, mais qui nous fait bien marrer au moins maintenant, rien que ça, cela n'aura pas été un effort en vain.

Les masques de nos saigneurs de l'économie tombent.

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