Grèce : l'Eurogroupe valide le troisième mémorandum

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Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, et le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos.
Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, et le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos. (Crédits : FRANCOIS LENOIR)
Les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au plan de 86 milliards d'euros. 26 milliards d'euros seront libérés dès le 20 août.

Alexis Tsipras a atteint son objectif. Comme il le souhaitait, l'Eurogroupe a validé le projet de troisième mémorandum entre Athènes et ses créanciers. Le plan prévoit 86 milliards d'euros sur trois ans, dont 25 milliards d'euros pour la recapitalisation des banques grecques. Mais surtout, la première tranche du financement de 26 milliards d'euros devrait pouvoir être libérée dès le 20 août et permettre rapidement une première recapitalisation des banques de 10 milliards d'euros.

Le feu vert de l'Eurogroupe ce vendredi 14 août au soir est important pour le premier ministre Alexis Tsipras parce qu'il permet à Athènes de payer l'échéance du 20 août à la BCE de 3,4 milliards d'euros sans avoir recours à un deuxième financement-relais. Un tel scénario, ouvertement évoqué par le ministère allemand des Finances, aurait fait perdurer les négociations et compliqué encore l'équation politique intérieure d'Alexis Tsipras.

Louanges de Jeroen Dijsselbloem au gouvernement grec

Le gouvernement grec a donc tout fait pour convaincre l'Eurogroupe de sa bonne volonté. Et, en cela, la menace allemande de recourir à un nouveau financement-relais a payé. Ainsi, le parlement grec a siégé toute la nuit avant de voter ce vendredi matin positivement sur le projet de mémorandum. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a salué que les mesures prises en Grèce ces dernières semaines « avait favorisé la confiance. » L'application avec laquelle l'équipe d'Alexis Tsipras a obéi aux injonctions des créanciers a sans doute rendu les doutes de Wolfgang Schäuble inutiles. Mais ces derniers auront aussi sans doute renforcé l'application hellénique. « Le gouvernement grec a été très fort et très bien organisé », a ajouté Jeroen Dijsselbloem.

Optimisme de l'Eurogroupe

Reste donc désormais à appliquer le mémorandum. Et à en attendre les effets. Le document prévoit un an et demi de récession. Ce vendredi soir, les dirigeants européens rejouaient des scènes qui n'étaient pas sans rappeler celle qui avaient présidé aux deux précédents mémorandums. Affirmant comme Jeroen Dijsselbloem, que « si le programme de réformes est appliqué, la croissance devrait revenir. » Mais la question de l'application reste entière. Le président de l'Eurogroupe a prévenu que, si nécessaire, de nouvelles mesures seront appliquées pour permettre de respecter le programme. Autrement dit, clairement, l'Eurogroupe ouvre la possibilité de faire à nouveau entrer la Grèce dans la spirale infernale des objectifs intenables que l'on tente de combler par des mesures contre-productive. Les créanciers n'ont pas encore entièrement tiré la leçon de leurs échecs passés.

Le calendrier

Dans le détail du calendrier, le Bundestag devrait valider le texte le 18 ou le 19 août. Le Mécanisme européen de Stabilité devrait ensuite l'adopter dans la foulée et l'argent pourrait être versé le 20 août, à temps pour rembourser la BCE. La somme de 26 milliards d'euros sera vite dépensée : 10 milliards d'euros iront aux banques, 3,4 milliards d'euros à la BCE, 7,2 milliards d'euros viendront rembourser le prêt-relais de juillet. Restera 5,4 milliards d'euros pour faire face aux prochaines échéances et financer le déficit structurel de 0,25 % du PIB prévu dans le mémorandum pour cette année. Selon Karl Regling, le président du MES, la maturité moyenne des nouveaux prêts sera de 32,5 années.

Le FMI viendra-t-il ?

Reste une question centrale : la participation du FMI. Ce dernier a indiqué qu'il réclamait une restructuration d'envergure de la dette grecque pour participer au programme. Les Européens ont accepté de se pencher sur la question en octobre, après la première revue, mais les Allemands restent réticents, notamment à toute décote de la valeur nominale de la dette. Jeroen Dijsselbloem a estimé que le programme était tenable sans restructuration. Karl Regling, lui, a indiqué qu'il s'attendait à ce que le MES ne débourse pas les 86 milliards d'euros compte tenu d'une éventuelle participation du FMI. Mais il a précisé que son institution pouvait assurer seule le financement du programme. En attendant, dans une déclaration, la présidente du FMI Christine Lagarde a répété qu'elle ne croyait pas à la capacité de la Grèce "à restaurer par ses propres moyens", la soutenabilité de sa dette.

Elections en septembre ?

Du côté d'Alexis Tsipras, un nouveau défi l'attend. Après le vote de ce vendredi matin, où seulement 118 des 146 députés de Syriza ont approuvé le texte, il ne dispose plus d'un appui suffisant pour former un gouvernement de minorité selon la constitution grecque. Il va donc poser la question de confiance à la Vouli après la signature du mémorandum, sans doute en fin de semaine prochaine. Si le gouvernement n'obtient pas cette confiance, option désormais possible, Alexis Tsipras devrait demander au président grec d'entamer la procédure de dissolution de la Vouli. Des élections anticipées devraient alors avoir lieu d'ici à la fin septembre. Dans ce cas, le congrès de Syriza de début septembre pourrait sanctionner la procédure de scission du parti, entamé jeudi par l'ancien ministre de l'énergie Panayiotis Lafazanis. Pour Alexis Tsipras, l'enjeu sera de disposer d'une majorité stable pour appliquer ce mémorandum qu'il tentera de présenter aux Grecs sous son meilleur jour et comme la seule alternative possible pour son pays.

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Commentaires
a écrit le 15/08/2015 à 12:05 :
Mr Gaudin deviendrait il enfin un journaliste. Étonnant ce ton apaisé c'est exactement ce qui se passe maintenant dans les négociations entre la Grèce et ses créanciers. Ça change des articles précédents sur la Grèce. Espérons que la Grèce arrive a conserver un gouvernement cohérent et non extrémiste dans ces idées car on a pu voir comment les extrémistes peuvent conduit au chaos ce premier semestre (je pense entre autre au spécialiste de la théorie des jeux ..).
a écrit le 15/08/2015 à 12:02 :
On peut leur donner des milliards de milliards, s'ils ne réforment pas en profondeur leur pays bordélique, on reviendra à la case départ d'ici quelques mois....et il faudra une fois de plus remettre la main à la poche.
a écrit le 15/08/2015 à 11:54 :
en ce qui me concerne ce sera un boycott total de ce pays qui aurait dû se retirer de L.U.E.
Donc finies les vacances en Grèce et plus aucun produit en provenance de ce pays n'entrera chez moi.
a écrit le 15/08/2015 à 11:03 :
LAISSON LEURS L ESPOIR DE SE REFAIRE UNE ECONOMIE SUR 3ANS? ///MITTERANT DISSAIT LAISSONS DU TEMPT AU TEMPT/// ET APRES MOI IL Y AURAS QUE DES COMPTABLE///???
a écrit le 15/08/2015 à 10:22 :
@Paul : ok, on a remis des sous dans la machine.

Mais si on regarde froidement la chose :
- soit on imagine un grexit organisé (c'est à dire d'emblée un abandon de créances + des réformes/dévaluation décidés par le peuple grec + un plan d'aide européen = plus ou moins ce que proposait DSK ou Juppé)
- soit on continue à faire "rouler la dette" (c'est à dire des réformes "dictées" + à terme à un abandon de créance).
L'assistanat genre les DOM-TOM/Corse ou les Länder de l'Est étant exclu.

Bizarrement il n'y a pas grand monde (ni la France car cela ferait jurisprudence, ni Merkel car il faudrait expliquer à ses électeurs qu'il faut renoncer à être remboursé, et surtout pas la Grèce) qui veut envisager la première option qui sert plus d'épouvantail.

Ah, pensée unique quand tu nous tiens.

Dans tous les cas, @Paul, j'ai bien peur qu'il faudra payer.
Réponse de le 15/08/2015 à 12:56 :
Je remplacerais votre première option par : la grèce est mise hors d'europe, les créanciers continuent à exiger d'être remboursés et les grecs se débrouillent tous seuls.

Évitez de prendre les créanciers pour des pigeons, un défaut grec à déjà été anticipé et est gérable.
Réponse de le 23/08/2015 à 22:50 :
@finalfox

??
Mais il n'y a plus de créanciers privés. La première hypothèse que je mentionne est : les états européens qui ont prêtés à la Grèce (Allemagne, France ...) abandonnent une partie de leur créance.

Et vous de quoi parlez vous ?
Réponse de le 24/08/2015 à 17:46 :
Je parle bien des états, ils n'ont pas plus de raison de renoncer à être rembourser que des créanciers privés.
La france a prêté de l'argent à la grèce, que la grèce soit incapable de se gérer n'est pas une raison pour ne pas rembourser.
Les états d'europe ont rachetés la dette grecque et ont continués à financer la grèce. Si les états européens renoncent à être remboursés alors ils payent de leur poche la dette grecs.
Illustration:
grèce emprunte 100 à allemagne, et s'engage à rembourser. Finalement grèce ne rembourse pas. Allemagne a perdu 100.

Pourquoi des pays comme la lituanie ou l'allemagne ferait ce cadeau à la grèce? Ils n'ont pas à le faire, surtout après le cirque de ces 6 derniers mois.
a écrit le 15/08/2015 à 9:44 :
Voilà une bonne nouvelle. Ce n'est certes qu'une première étape après des mois d'errements, mais au moins, on commence à entrevoir une issue. Il y aura de nouvelles épreuves, il faudra probablement réaménager la dette, les Grecs ne vont pas tout d'un coup se mettre à payer leurs impôts, mais la voie est tracée. Même M. Godin a fini de dire que l'accord se fait sur le dos des Grecs.
a écrit le 15/08/2015 à 9:43 :
D’après photo, on voit toujours qui a le dessus sur l'autre par la main sur l'épaule! Les US utilise toujours ce procédé sur nos présidents!
a écrit le 15/08/2015 à 8:52 :
Mr Hollande et Mme Merkel viennent d'assurer leurs tranquillités politiques pour 3 ans de plus. Du côté de la France, il n'y avait rien à attendre puisque notre constitution permet au Président de décider seul, mais j'espérais au moins que l'Allemagne nous évite un nouveau don sans réalité économique pour cette Grèce qui nous fait chanter depuis trop longtemps. Bref nos enfants français viennent de se prendre encore 18 milliards de dette en plus et Mme Lagarde vient de demander en même temps une annulation d'une partie de la dette grec.
a écrit le 15/08/2015 à 8:09 :
Vaste et chere fumisterie car le resultat est connu d avance...mais bon la BCE sera remboursee avec l argent qu elle verse...moins quelques petits arrangements entre amis...
a écrit le 15/08/2015 à 8:08 :
Oui, cela fait plaisir de lire pour cette fois un article sur la Grèce et l'Allemagne qui relate les faits sans anti-germanisme ni opinions politiques partisanes.

C'est vrai que la phrase sur les "leçons du passé" aurait pu être évitée, surtout que ces leçons du passé pour l'Allemagne et les autres pays européens sont plutôt que si les plans antérieurs ont échoué, c'est justement parce que la Grèce n'a pas fait les réformes qui avaient été convenues, d'où leur exigences désormais fortes avec ce 3ème plan pour que cela soit le cas.

Il est certain que la dette grecque est insoutenable et qu'il faudra bien que les européens acceptent un jour de diminuer ce fardeau en prenant leurs pertes, l'Allemagne, qui ne peut et ne veut le dire maintenant, sera forcée de l'accepter (repousser une partie des remboursements aux calendes …. grecques et mettre en place des taux quasi nuls sera une façon de le faire) lorsqu'elle verra que les Grecs auront mis les réformes en place et restauré un état qui fonctionne, et lorsqu'elle sera assurée qu'une plus grande intégration budgétaire en Europe (qui veut dire perte de contrôle et perte de souveraineté pour les états nationaux) empêchera certains de laisser filer leurs dépenses en espérant que les autres paieront (ce qui a été le cas de la Grèce - la France a encore du chemin à faire).

Il faut peut-être finalement saluer Tsipras qui depuis le lendemain du referendum s'est en fait comporté en homme d'état réaliste, acceptant l'évidence et refusant de précipiter son pays dans l'inconnu d'un Grexit, dont les Grecs ne voulaient pas. Les Allemands ont tenu bon, et Hollande dans les faits a suivi. C'est vrai que c'est dur à avaler pour la gauche de la gauche française, pour des gens comme Podemos, ou pour un personnage comme Varoufakis.

La route est encore très longue pour la Grèce (avec probablement des élections qui verront se conforter la position prise par Tsipras et les partis du centre qui l'ont soutenu). Au lieu de souhaiter que le plan ne marche pas comme certains, il faut au contraire souhaiter qu'il marche, car cela vaut le coup que la Grèce reste dans l'Europe et dans l'Euro à part entière. Espérons alors que voyant les efforts se faire, les européens sauront se montrer magnanimes (il a des fonds européens, cette fois-ci sous forme d'aides et de dons qui existent, et non pas sous forme de prêts, et qui pourraient aussi être utilisés).
Réponse de le 15/08/2015 à 8:35 :
RR, une taupe de la Commission européenne?
a écrit le 15/08/2015 à 7:29 :
Des élections avant de l'ouverture (ou non) d'une négociation sur la restructuration de la dette ? Etrange.
a écrit le 15/08/2015 à 6:57 :
Espérons que cette fois-ci, c'est la bonne et que cela va marcher.
Comment vont réagir madame Zoé Kostantopoulou et monsieur Eric Toussaint ?
Vont-ils considérer ce prêt comme illégitime ?
Les Institutions sont-elles des fonds vautours ?
En prêtant E 86 Mlds sur 3 ans, les Institutions vont probablement être accusé encore une fois d'avoir encore appauvri la Grèce.
Si cela ne marche pas, les Institutions seront-elles responsables de la situation ?
Il serait intéressant de connaître le taux d'intérêt du prêt.
Cordialement
Réponse de le 15/08/2015 à 8:11 :
L'espoir...
Nous assistons à un pillage programmé de la Grèce via la Dette (qui s'endette pour payer des dettes venant de remboursements de dettes etc.. les grecs gagnant en prime le droit de payer des intérets d'un "pret d'argent sorti du chapeau" à des taux usuraires) et vous croyez que cette fois-çi ça va marcher ??
John Perkins explique très bien cette escrocquerie.. (economic hit man)
Réponse de le 15/08/2015 à 8:44 :
@euh on pourrait vous expliquer la vraie vie, mais c'est peine perdue.
a écrit le 14/08/2015 à 23:14 :
Mis à part une petite phrase sur les leçons du passé à tirer, enfin un article factuel, non partisan et qui ne fait pas dans le gloomy.
Champagne !
Réponse de le 15/08/2015 à 11:38 :
"Un article factuel" ! C'est la meilleure ! Le pauvre Romaric a été convié par ses patrons à faire cesser ses insupportables commentaires objectivo-gauchisants, un point c'est tout.
Et vivent les "non-partisans" de la dure réalité : que cela vous plaise ou non, M. Godin vous aura prévenus dans ses articles antérieurs, hélas argumentés... Eté 2015 : le mois des capitulations... Il faut bien manger...
Réponse de le 15/08/2015 à 11:54 :
Prévenu de quoi ?
Mis à part faire dans l'anti-germanisme, l'anti-Commission, l'anti-BCE, l'anti-Hollande, l'anti-système, le dépressionisme ... il nous aura dessiné quoi comme perspectives, comme solution ?
Il pourra toujours lâcher son "anti" sur tous les sites où ses articles sont repris.

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