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ÉconomieUnion européenne

Italie : le gouvernement abaisse son objectif de croissance

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 28 septembre 2016 à 10:02 - Mis à jour le 28 septembre 2016 à 10:32

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Matteo Renzi ne table plus que sur une croissance de 0,8 % en 2016 et de 0,6 % en 2017. Pour redresser cette trajectoire, Rome compte sur un plan de relance qui pourrait ramener la croissance à 1 % l'an prochain. Mais, pour cela, il lui faut le blanc-seing de Bruxelles...

Plus que jamais, l'économie italienne peine à décoller. Mardi 27 septembre dans la soirée, le président du Conseil Matteo Renzi a annoncé la révision à la baisse de ses prévisions de croissance pour 2016 et 2017. Pour cette année, Rome ne table plus que sur 0,8 % de hausse du PIB contre 1,2 % jusqu'ici. Si cette prévision s'avérait juste, la croissance italienne serait à peine plus élevée que celle de 2015 qui s'est établie à 0,7 %. Pire même, en 2017, la croissance ne serait plus que de 0,6 % si les conditions budgétaires ne changent pas.

Cette révision était attendue, mais elle est plus forte que celle sur laquelle les économistes tablaient : une croissance de 1 % en 2016. Mais les conditions économiques du pays se sont clairement dégradées depuis quelques mois. Au deuxième trimestre, l'économie a fait du surplace après une hausse de seulement 0,3 % au premier. L'investissement et les dépenses publiques ont reculé respectivement de 0,8 % et 0,3 %, la consommation est restée quasi stable (+0,1 %) et seule la contribution extérieure a apporté un peu de croissance grâce notamment à la hausse des exportations.

Manque de dynamisme

Mais de lourds nuages couvrent l'horizon de l'économie européenne. Le moteur des exportations reste faible, soumis à l'anémie du commerce mondial et à un ralentissement en cours en Allemagne. L'investissement reste inexistant et les consommateurs prudents. Pour plusieurs raisons : les salaires progressent faiblement, la baisse du chômage marque le pas, et le référendum constitutionnel du 4 décembre relance l'incertitude politique. En septembre, l'indice de confiance des consommateurs calculé par Istat, l'institut statistique italien, a encore reculé à 108,7 contre 109,1 en août et 11,2 en juillet. En juillet, les chiffres se sont montrés inquiétants : le commerce de détail hors alimentation a connu une baisse de 0,6 % de son chiffre d'affaires.

Sur le front industriel, il manque clairement un élan du côté des investissements. L'indice du climat des affaires d'Istat s'est redressé en septembre à 101 contre 99,5 en août, mais il se situe nettement encore sous le niveau du premier semestre. Du reste, si la production industrielle a progressé de 2,1 % sur un mois en juillet en valeurs désaisonnalisées, l'indice des nouvelles commandes a reculé de 10,8 %. Et sur trois mois, elle affiche encore un recul de 0,4 %. A noter qu'en juillet 2016, l'indice de production industrielle était encore inférieur de 2,1 % à son niveau de début 2010.

Globalement, le pays souffre d'une faible demande interne et d'un problème bancaire récurrent. La mauvaise santé des banques et l'incapacité de l'UE et du gouvernement à trouver une solution au problème des créances douteuses ne permettent pas une bonne transmission des mesures de la BCE. Le crédit - surtout aux entreprises - continue de se contracter en Italie, ce qui bloque tout investissement privé.

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Plan de relance envisagé

Face à cette situation de déprime, le gouvernement de Matteo Renzi, qui a, par ailleurs, lancé sa campagne pour le référendum du 4 décembre (qui est aussi un plébiscite sur le président du conseil), entend agir pour apporter pas moins de 0,4 point de PIB en 2017 et atteindre une croissance de 1 %, pour la première fois depuis 2010. Pour cela, il entend se donner un peu d'air budgétaire pour 2017 et va réclamer de la « flexibilité » à Bruxelles. L'idée serait de permettre au déficit budgétaire italien de passer de 1,8 % du PIB à 2,3 % du PIB pour libérer de 22 à 25 milliards d'euros afin de réaliser des investissements et se passer ainsi d'une hausse prévue de la TVA.  Parmi les grands projets retenus, le gouvernement voudrait relancer l'idée - souvent abandonnée - d'un pont enjambant le détroit de Messine pour relier la Sicile au continent.

Négociations difficiles avec Bruxelles

Quoique sous les 3 % et en excédent primaire (hors service de la dette), l'Italie est sous la surveillance de Bruxelles en raison de l'importance de sa dette publique qui représente 132,4 % du PIB. La Commission impose à Rome une trajectoire budgétaire stricte pour l'amener à faire reculer ce ratio. Mais si la croissance ne décolle pas. L'Italie restera prise dans le piège qui l'emprisonne depuis près de vingt ans : contraint de serrer les vis budgétaires, son gouvernement pèse sur la croissance et rend indispensable de nouvelles mesures budgétaires. Un cercle infernal que Matteo Renzi n'a pas réussi à briser.

Les négociations s'annoncent extrêmement tendues avec Bruxelles, d'autant que Matteo Renzi a multiplié les critiques contre l'actuelle politique européenne provoquant l'agacement de la Commission. Rome souhaite mettre en avant des « circonstances exceptionnelles », notamment liées au séisme qui a frappé les Apennins en août et à la crise migratoire. « L'Europe est endettée vis-à-vis de l'Italie », a affirmé Matteo Renzi. Sera-t-il écouté ? Rien n'est moins sûr.

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La Commission est clairement prise entre deux feux : d'un côté, certains pays réclament une action de relance vigoureuse ; de l'autre, certains fustigent son « laxisme ». Sur les cas des dépassements budgétaires portugais et espagnol, Bruxelles avait coupé la poire en deux en renonçant à des sanctions, mais en exigeant des coupes budgétaires. Sur le cas italien, elle sera soumise aux mêmes pressions. Avec un élément supplémentaire : le référendum du 4 décembre. Se montrer ferme avec Matteo Renzi pourrait encourager l'opposition eurosceptique à appeler à un vote « non » qui, in fine, pourrait l'amener au pouvoir. Bruxelles devra donc se montrer prudente, mais le pourra-t-elle ?

Romaric Godin

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