Japon : des doutes sur le plan de relance

La détermination du gouvernement et de la Banque centrale d'agir massivement commence à s'affaiblir à quelques jours de décisions cruciales pour la troisième économie mondiale.
Shinzo Abe va tenter de relancer la croissance nippone. Peut-il compter sur le ministère des Finances et la banque centrale ?
Shinzo Abe va tenter de relancer la croissance nippone. Peut-il compter sur le ministère des Finances et la banque centrale ? (Crédits : TORU HANAI)

L'indécision semble au cœur de la politique économique japonaise. Alors que tout l'Archipel attend que la Banque du Japon (BoJ) vendredi 29 juillet et le gouvernement mardi 2 août annoncent un plan de relance commun pour faire repartir la machine économique japonaise plus que jamais en panne, les dissensions et les hésitations semblent se faire jour.

Quel plan de relance ?

Selon la presse japonaise, le ministre des Finances, Taro Aso, serait incertain sur les outils à utiliser pour son plan de relance ainsi que sur les montants à injecter. Certes, le quotidien Nikkei Shimbun évoque un plan de dépenses publiques de 6.000 milliards de yens, soit environ 52 milliards d'euros. En incluant les prêts et les garanties accordés aux PME, le montant du plan pourrait s'élever à 20.000 milliards de yens, soit environ 174 milliards d'euros. Un tel plan représenterait un peu plus de 4 % du PIB annuel au total et serait deux fois plus élevé que ce qui aurait été prévu. Mais il n'est pas certain que ce soit ce plan qui finisse par être présenté le 2 août prochain.

Mardi 26 juillet, Taro Aso s'est contenté d'indiquer que le gouvernement travaillait sur le montant de son plan de relance. Même si ce chiffre était confirmé, un élément déçoit les observateurs : le montant des dépenses injectées dès cette année dans le collectif budgétaire qui sera voté à l'automne. Selon le Nikkei, ce sera 2.000 milliards d'euros de dépenses directes, soit un tiers du paquet total, ce qui semble assez décevant pour les marchés compte tenu de l'urgence de la situation. Surtout, le quotidien affirme que le gouvernement a renoncé à injecter 3.000 milliards de yens cette année. Cette prudence a été plutôt mal interprétée car elle est perçue comme le signe que le plan de relance dispose d'un soutien relatif. Taro Aso n'a jamais été un partisan de la dépense publique et ce recul est perçu comme une concession du premier ministre à son ministre des Finances.

L'option du financement monétaire abandonnée

La question qui se pose désormais est celle de la coordination avec la BoJ. L'idée de Shinzo Abe après les élections sénatoriales du 10 juillet dernier était de frapper un grand coup en imbriquant politique budgétaire et monétaire, ce qui n'était plus vraiment le cas depuis plusieurs années. Dans ce contexte, les rumeurs d'un financement monétaire des dépenses publiques, improprement appelée « monnaie hélicoptère » par les marchés avaient circulé. Les rencontres début juillet de Shinzo Abe et du gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, avec l'ancien président de la Fed Ben Bernanke, qui avait en avril défendu cette option, avaient encore rendu ce mouvement crédible.

L'idée était simple : plutôt que de jouer sur les marchés financiers, la BoJ serait directement intervenue sur l'économie réelle en finançant la dépense publique. Cette option aurait eu un impact direct sur les anticipations d'inflation, actuellement en chute libre à 1,1 % sur 5 ans contre 1,8 % en début d'année. De là, sans doute, davantage de dépenses, d'investissement et de hausses de salaires. Ce dont le Japon a besoin. Sans pour autant augmenter le poids de la dette publique. Mais cette stratégie n'est guère du goût de la BoJ qui y voit un risque d'emballement inflationniste et de perte d'indépendance. La semaine dernière, Haruhiko Kuroda a catégoriquement rejeté cette option.

Doutes de la BoJ

En réalité, il semble même qu'au sein de la BoJ, on s'interroge sur le besoin de soutenir encore davantage l'actuel plan de relance du gouvernement. Les signaux envoyés depuis quelques jours laissent entendre que la BoJ estime que sa politique est déjà largement assez accommodante avec des rachats de titres publics à hauteur de 80.000 milliards de yens (près de 700 milliards d'euros) par an et un taux de dépôt négatif à - 0,1 %. Ne serait-il pas plus utile de faire « mieux » plutôt que « plus », notamment en ciblant certaines mesures ? A la BoJ, on commence clairement à s'inquiéter des effets secondaires de cette politique accommodante, notamment sur la profitabilité des banques et sur les rendements de l'épargne dans le pays le plus âgé du monde. Certes, le marché table toujours, vendredi, sur une augmentation de 10.000 milliards de yens des rachats de titres publics, sur un doublement des rachats d'ETF, les fonds indiciels boursiers, aujourd'hui à 3.300 milliards de yens et sur un abaissement du taux de dépôt. Mais voici que certains, comme l'économiste de HSBC Frederic Neumann, estiment que « tout est sur la table, même une absence de décision » de la BoJ. D'une certaine façon, mardi 26 juillet, Taro Aso, a entretenu cette incertitude en « espérant que la BoJ poursuivra ses immenses efforts pour atteindre son objectif d'inflation de 2 % ».  Tout le monde a compris qu'un tel espoir signifiait surtout une incertitude.

Inquiétante hausse du yen

Dès lors, rien de surprenant à ce que le yen soit reparti à la hausse mardi 26 juillet, en repassant la barre des 105 yens pour un dollar. Certes, on est encore loin des 100 yens touchés début juillet, mais cette affaiblissement montre la nervosité des marchés qui pourraient bien interpréter toute déception de la part de la BoJ comme un signe que cette dernière a le sentiment qu'elle est allé au bout de ce qu'elle juge possible. Dans ce cas, le yen pourrait repartir vivement à la hausse, ajoutant encore aux maux du Japon. Non seulement cette hausse renforcerait la déflation, mais elle plomberait aussi la compétitivité des exportateurs nippons. Selon SMBC, si le dollar est à 105 yens, la rentabilité des grands industriels japonais reculera de 20 %. A 100 yens pour un dollar, la chute peut atteindre 25 %. Rappelons qu'en décembre, le dollar s'échangeait contre 123 yens... L'urgence devrait donc être de lutter contre la déflation, mais malgré la volonté affichée de Shinzo Abe, cette conviction ne semble pas encore entièrement partagée dans l'Archipel. C'est peut-être là la clé des difficultés conjoncturelles de la troisième économie mondiale.

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Commentaires 6
à écrit le 04/08/2016 à 8:27
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"Dès lors, rien de surprenant à ce que le yen soit reparti à la hausse mardi 26 juillet, en repassant la barre des 105 yens pour un dollar. Certes, on est encore loin des 100 yens touchés début juillet, mais cet[te, masculin] affaiblissement". Vous p...

à écrit le 26/07/2016 à 17:29
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Le pays va vers une déconfiture totale... sauf si nous faisons comme lui. Permettre toutes les dérives à ce pays au motif qu'il est en première ligne face à la Chine ne peut être une solution que si ses entreprises jouent le jeu, or, c'est bien une a...

à écrit le 26/07/2016 à 12:23
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L'inflation c'est bien beau mais si les gens n'ont plus d'argent pour consommer à quoi cela sert ? Je pense surtout que nous atteignons les limites du néolibéralisme qui accapare toutes les richesses sans vouloir en redistribuer rien qu'un tout p...

le 26/07/2016 à 15:30
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@citoyen blasé "nous atteignons les limites du néolibéralisme": Il y a longtemps que nous avons dépassé ces limites. Le néolibéralisme scie la branche sur laquelle il est assis, le capitalisme dont il tire sans vergogne tous les profits. La non-red...

le 26/07/2016 à 23:16
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vous ne connaissez rien au Japon

le 27/07/2016 à 9:49
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"vous ne connaissez rien au Japon " D'une part vous vous trompez lourdement je m’intéresse beaucoup à ce pays d'autre part vous pourriez développer un minimum svp ou bien non comme d'habitude ? Merci

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