Pour la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), l’une des solutions à la crise immobilière serait d’améliorer l’offre, en particulier de logements sociaux.LA TRIBUNE- La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d'intérêt pour la dixième fois d'affilée en quatorze mois, portant le taux de la facilité de dépôt à 4 %, son plus haut niveau historique depuis la création de l'euro. Le niveau des taux suscite des inquiétudes, cette hausse était-elle justifiée ?
CHRISTINE LAGARDE- Il faut d'abord replacer l'action de la Banque centrale européenne dans son contexte. Le monde vit depuis plusieurs années une « permacrise », c'est-à-dire une succession constante de crises inédites majeures. À la fois par leur ampleur, leur impact et la rapidité de leur émergence. La crise sanitaire a été suivie par l'inacceptable guerre de la Russie en Ukraine, puis par l'accélération de l'inflation. Le tout sur fond de crise de l'énergie, avec pour certains pays de l'Union européenne des difficultés dans des secteurs d'activité, tel l'immobilier, sensibles à la question des taux d'intérêt. La mission de la Banque centrale, invariable depuis vingt-cinq ans, c'est la stabilité des prix. C'est notre boussole. Les taux d'intérêt directeurs de la BCE ont atteint des niveaux qui, s'ils sont maintenus pendant une période suffisamment longue, contribueront de manière décisive au retour au plus tôt de l'inflation vers notre objectif.
Disposez-vous des armes nécessaires contre l'inflation ?
Nos modèles n'étaient pas parfaitement adaptés à la nature de ces crises, qui se sont traduites entre autres par l'arrêt complet de toute une partie de l'économie pendant la crise sanitaire, renforçant ainsi le rôle des États, subitement devenus protecteurs et boucliers. Ou aux conséquences d'une guerre au cœur de l'Europe, pour la première fois depuis des décennies. Ou encore à une crise de l'énergie, qui engendre une inflation très rapide. Les modèles macroéconomiques utilisés par les banques centrales et d'autres institutions ne savaient pas bien intégrer ces catégories d'incertitudes, ni en tenir compte pour établir des prévisions de croissance et d'inflation. Nous avons travaillé sur ces questions, et continuons à le faire, pour rendre ces prévisions plus robustes.
Propos recueillis par Marie-Pierre Gröndahl