Portugal : l'accord à gauche est difficile à trouver

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Le leader du PS portugais, Antonio Costa, tente de construire une alliance à gauche.
Le leader du PS portugais, Antonio Costa, tente de construire une alliance à gauche. (Crédits : Reuters)
Les trois partis de gauche portugais n'ont toujours pas trouvé d'accord, notamment en raison de la résistance des Communistes. Si aucun accord n'est signé avant le début de la semaine prochaine, la droite gardera le pouvoir.

La droite portugaise peut encore espérer rester au pouvoir. Lundi, le gouvernement dirigé par le premier ministre Pedro Passos Coelho, nommé premier ministre la semaine passée par le président de la République Anibal Cavaco Silva, se présentera devant l'Assemblée de la république, le parlement unicaméral du pays. Ce gouvernement n'est soutenu que par les deux partis de droite, le Parti social-démocrate (PSD) et le Centre Démocrate-social-parti populaire (CDS-PP) qui s'étaient regroupés dans la coalition « Portugal d'abord » (Portugal à Frente, PàF) pour les élections du 4 octobre. Or, cette coalition n'a obtenu que 38,36 % des voix et 107 des 230 députés. Elle est donc minoritaire.

Vote de confiance mardi ou mercredi

La constitution portugaise prévoit cependant qu'un gouvernement minoritaire puisse gouverner le pays s'il n'existe pas de coalition alternative. Mardi ou mercredi, un vote de confiance sera organisé au parlement et, pour renverser le gouvernement, il faudra absolument réunir au moins 116 députés. En théorie, la gauche dispose de 122 sièges, soit largement de quoi faire tomber le 20ème gouvernement du pays depuis le retour de la démocratie. Sauf qu'il faut, pour cela, s'entendre. Et c'est ici que le bât blesse encore.

Le leader du Parti socialiste (PS), Antonio Costa, tente de trouver depuis un mois un accord avec les deux formations de gauche radicale, le Bloc de Gauche (BE) et l'alliance CDU centrée sur le parti communiste (PCP). Le PS dispose de 86 sièges, le BE de 19 sièges et la CDU de 17 députés. L'accord est très difficile à trouver, car les positions de la gauche radicale et celles du PS sont assez éloignées. Mais la décision d'Anibal Cavaco Silva de nommer Pedro Passos Coelho sans attendre l'issue des discussions à gauche et sa volonté de présenter un gouvernement de gauche comme un danger pour la participation du pays à la zone euro, a renforcé la détermination des trois partis.

L'accord entre le PS et le Bloc de gauche

Selon le Diario Económico, le quotidien des affaires lusitanien, le PS et le Bloc de Gauche, parti assez proche de Syriza dans sa version pré-mémorandum, se sont mis d'accord sur un programme de gouvernement mardi 3 novembre. Ce programme prévoit de revaloriser les salaires de la fonction publique, une baisse de la TVA dans la restauration, le dégel des pensions, l'augmentation des pensions les plus faibles et le relèvement progressif du salaire minimum jusqu'à 600 euros sur trois ans. Pour financer ces dépenses nouvelles, l'accord prévoit de ne plus baisser l'impôt sur les sociétés et de durcir les conditions pour les baisses de charges des entreprises. Le BE a renoncé, par ailleurs, à demander une baisse de la TVA sur l'électricité.

Le PCP doit faire un choix rapidement

Mais, désormais, le PS doit convaincre le PCP et rien n'est moins simple. Les Communistes portugais sont traditionnellement très eurosceptiques et ils hésitent clairement à participer à un gouvernement qui, c'est une condition posée par le PS, acceptera et respectera le « cadre budgétaire européen. » Le blocage vient clairement de là pour le moment. Le chef des députés socialistes, Carlos César, a clairement mis la pression sur les Communistes ce mercredi 4 novembre en insistant sur le fait qu'il fallait un accord « signé et écrit » pour les quatre prochaines années avant le vote de confiance pour espérer avoir un gouvernement de gauche au Portugal. L'enjeu est donc bien pour le PS d'obtenir un appui du PCP pour les quatre prochaines années : Antonio Costa ne veut pas se retrouver dépendant d'un soutien « lâche » des Communistes dans son prochain gouvernement.

La balle est donc désormais dans le camp du PCP. Car si aucun accord n'est possible à gauche, le PS a déjà prévenu qu'il ne renversera pas le gouvernement. Avec 102 députés, une alliance PS-BE ne pourra pas disposer d'une majorité, même relative. Et le PS préfère rester dans l'opposition que dépendre du PCP au jour le jour. Sans accord, le PS ne votera pas la censure de Pedro Passos Coelho qui pourra donc continuer à gouverner.

Le PCP doit donc désormais faire un choix. Depuis le 4 octobre, il a très rapidement fait savoir qu'il était favorable à une solution à gauche pour renverser le gouvernement de droite. Il s'est toujours dit disponible pour une telle option. Acceptera-t-il le prix de cette coalition de gauche, autrement dit de renoncer à plusieurs de ses revendications et à sa liberté d'action ? La réponse est encore incertaine et c'est un des éléments qui devrait déterminer la constitution ou non d'un gouvernement de gauche.

Le PS divisé

Ce qui est certain, c'est que la marge de manœuvre d'Antonio Costa est assez limitée. Il ne peut guère faire davantage de concessions aux Communistes, notamment sur le cadre européen, au risque de devoir faire face à sa propre opposition interne à la droite du PS. Il existe en effet dans ce parti un courant défavorable à l'accord à gauche, le courant « alternatif. » Antonio Costa a convoqué samedi un Comité national du PS, le jour même d'une réunion prévue par ce courant. S'il ne s'y rend pas avec un accord acceptable, sa position risque d'être affaiblie. Autrement dit, le temps presse pour le PCP de choisir entre le maintien d'un gouvernement de droite en restant libre dans l'opposition ou la mise en place d'un gouvernement de gauche avec une liberté limitée, mais avec un programme d'infléchissement de la politique d'austérité. Si aucun accord n'est trouvé ce week-end, le président Anibal Cavaco Silva aura réussi son pari : maintenir au nom de l'euro la droite minoritaire au pouvoir.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2015 à 20:27 :
J'appelle cela un coup d'Etat démocratique... Dans ces conditions, ou on se fout ouvertement de la gueule du peuple, la situation risque de dégénérer. Quand une majorité du peuple, souffrant de plus en plus de l’austérité, ne croira plus à la democratie que croyez vous qu'il se passera?
a écrit le 05/11/2015 à 8:57 :
Leon.
Ca pour detonner ca etonne !
a écrit le 04/11/2015 à 22:18 :
L'improbable coalition de gauche ne tiendrait de toutes façons pas trois mois, le temps que les réalités économiques se rappellent au bon souvenir de tous et imposent un virage de rigueur.
a écrit le 04/11/2015 à 19:30 :
Un papier clair et net.
De nos jours, ça détonne.

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