Portugal : vers un fragile gouvernement minoritaire de droite

 |   |  1185  mots
Le premier ministre sortant, Pedro Pessos Coelho (à gauche) et le leader du PS Antonio Costa (à droite) n'ont pas réussi à trouver de solutions majoritaires pour former un gouvernement au Portugal.
Le premier ministre sortant, Pedro Pessos Coelho (à gauche) et le leader du PS Antonio Costa (à droite) n'ont pas réussi à trouver de solutions majoritaires pour former un gouvernement au Portugal. (Crédits : Reuters)
Les trois partis de gauche peinent à trouver un accord de gouvernement. Du coup, cette semaine, le président de la république devrait confirmer le premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho, à son poste. Mais il n'aura pas de majorité absolue à l'assemblée.

L'actuel premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, pourrait conserver son poste au palais de Saint-Benoît, la résidence du chef du gouvernement. Selon les médias lusitaniens, le président de la république portugaise, Anibal Cavaco Silva, va le confirmer à son poste de chef de gouvernement mercredi 21 octobre. Auparavant, le chef de l'Etat, ancien membre du Parti social-démocrate (PSD) de centre-droite, aura reçu l'ensemble des dirigeants des cinq partis représentés au parlement. Ce lundi 19 octobre, il a déjà reçu Pedro Passos Coelho.

Pas de majorité claire à l'assemblée

Les élections législatives du 4 octobre dernier avaient vu la coalition de droite et de centre-droite Portugal à frente (PàF) qui regroupe les deux partis de l'ancienne majorité, le PSD et le CDS-PP, arrivé en tête avec 38 % des voix. Mais avec 12 points de moins qu'en 2011, cette coalition n'a pas pu obtenir la majorité absolue des sièges. Avec 107 sièges, il lui en manque neuf. Or, PàF n'a pas de réserves de voix, de sorte que, ensemble, les trois partis de gauche - le Parti socialiste (PS), le Bloc de Gauche (BE) et l'union entre verts et communistes (CDU) - sont majoritaires en voix et en sièges.

A priori, on voyait mal le PS social-démocrate tenter une alliance avec le BE et la CDU, partis critiques envers l'euro et les exigences budgétaires de Bruxelles, et favorables à la renégociation de la dette. Sauf que, pour le PS, un soutien à la coalition sortante était difficile à accepter. Même si les Socialistes portugais n'ont pas réellement mené campagne contre la politique d'austérité et ont défendu une politique de consolidation budgétaire, ils ont critiqué la politique de Pedro Passos Coelho qui a souvent dépassé les exigences de la troïka. Antonio Costa, le leader du PS, a donc cherché une alternative et a ouvert des discussions avec les autres partis de gauche qui, à la surprise générale, ont accepté la discussion.

Des négociations qui calent à gauche

Les négociations à gauche avaient bien avancé. Le PS a posé comme condition sine qua non pour la formation d'un gouvernement l'acceptation des règles européennes. Le nouveau gouvernement de gauche pourrait donc commencer son mandat par des coupes de 600 millions d'euros dans les dépenses publiques, comme l'exige Bruxelles. C'était difficile à accepter pour la gauche radicale, mais mardi 13 octobre, le PS annonçait cependant un accord sur ce point. Il semblait alors possible de former un gouvernement PS-BE avec un soutien externe de la CDU. Pourtant, la perspective d'une alliance à gauche a fortement déplu à une partie du PS portugais qui a beaucoup contesté les décisions d'Antonio Costa. Ce dernier s'est donc montré plus rigide avec ses partenaires potentiels. Or, des points de désaccords subsistent. Le BE ne souhaite pas s'engager sur une réforme de la sécurité sociale. De leur côté, les Communistes se disent prêts à soutenir la formation d'un gouvernement PS, mais en reconnaissant qu'il « n'est pas facile de trouver une convergence sur le programme de gouvernement. » Autrement dit, un gouvernement PS-BE devrait négocier avec la CDU son accord en permanence. Or, sans cet accord, l'alliance PS-BE compte deux députés de moins que PàF (105 contre 107) et pourrait donc être mis en minorité.

Ouvertures de la droite vers le PS... en vain.

Les discussions techniques entre les partis de gauche vont se poursuivre ce mardi 20 octobre, mais, progressivement, cette option apparaît comme de plus en plus difficile à mettre en œuvre. Pour autant, le PS ne semble pas vouloir s'allier réellement avec la droite. Cette dernière qui, la semaine passée, n'a cessé de crier au « coup d'Etat » face aux discussions à gauche, a cependant tenté de renouer le contact avec le PS. Vendredi, Antonio Costa a, une nouvelle fois, rejeté toute idée d'alliance avec PàF. Ce week-end, Pedro Pessos Coelho est revenu à la charge à nouveau et a envoyé une lettre à Antonio Costa pour lui faire part de sa « disponibilité » pour négocier. Il a accusé le PS de jeter le pays dans « l'instabilité » et lui a demandé de « dire clairement s'il veut faire partie d'un gouvernement avec le PSD et le CDS-PP. » Mais le PS a renvoyé une fin de non-recevoir. Au centre du jeu politique, le PS semble incapable de choisir réellement un camp, ce qui n'est pas une surprise après une campagne assez hésitante. Tout semble se passer comme si le PS refuse de faire des choix et préfère donc occuper une position « d'observateur intéressé » hors du gouvernement, mais en ayant la main sur la majorité. Un peu comme la CDU pense le faire en cas d'alliance PS-BE.

Vers un gouvernement minoritaire...

Devant ce double blocage, le président de la république n'a guère de choix. Compte tenu de la proximité de l'élection présidentielle, prévue en janvier prochain, il ne lui est pas possible constitutionnellement de dissoudre la chambre et d'appeler à un nouveau scrutin. Il doit nommer le leader du parti qui dispose du plus de sièges, autrement dit Pedro Passos Coelho, après les consultations d'usage. Ceci n'est pas fait pour lui déplaire : dès le 6 octobre, il avait appelé à une telle combinaison. Antonio Costa dispose donc de deux jours pour débloquer la situation à gauche, ce qui est peu probable. Le PS avait toujours dit qu'il ne s'opposerait pas à la formation d'un gouvernement minoritaire de droite s'il ne peut lui-même construire une alternative.

... très fragile

La situation de ce gouvernement sera fragile. Sans majorité absolue, il restera toujours dépendant du vote positif ou de l'abstention du PS. Ce dernier, hors du gouvernement, pourra alors faire monter les enchères et exiger une « austérité plus modérée. » Si Pedro Passos Coelho tente des réformes trop ambitieuses ou trop violentes socialement, il aura du mal à s'appuyer sur le PS qui présentera aussi ses résistances comme des arguments électoraux futurs. De même, si ce gouvernement minoritaire va trop loin, il risque de s'exposer à la formation de l'alternative à gauche en retour. Bref, ce gouvernement de droite sera fort instable et on ne peut exclure l'hypothèse, une fois le nouveau président de la république élu, de nouvelles élections.

Pour l'instant, ce scénario pourrait profiter à Pedro Pessos Coelho : selon un sondage paru ce lundi, PàF obtiendrait 41,3 % des intentions de vote, tandis que toute la gauche resteraient stable (BE l'emportant un peu plus sur la CDU). Dans une telle configuration, la droite pourrait espérer récupérer la majorité absolue des sièges.

Historiquement, on trouve un exemple de gouvernement minoritaire au Portugal. De 1995 à 2002, le premier ministre PS Antonio Gutierres a gouverné sans majorité absolue. Mais il est vrai qu'alors, une alliance entre la droite et le seul parti à sa gauche, la CDU, était alors impossible. En 2009, le gouvernement de José Socrates avait pendant deux ans vécu en minorité dans une situation assez similaire à celle de Pedro Pessos Coelho aujourd'hui.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/10/2015 à 6:52 :
"favorables à la renégociation de la dette."
Ben c'est justement ça la limite des extrême-gauches, que ce soit en Grèce, au Portugal, en Espagne ou en France, il ne suffit pas d'être favorable. Pour (re)négocier, il faut être deux, il faut certes des revendications (en l'espèce la réduction du nominal de la dette vis-à-vis des partenaires), mais il faut aussi être capable d'avancer des contreparties, une négociation, c'est du donnant-donnant. Tant que ces contreparties ne sont pas trouvées et définies toute demande de renégociation est vouée à l'échec.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :