Royaume-Uni : le projet de budget provoque une crise gouvernementale

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Iain Duncan Smith, ministre de l'emploi et des retraites a quitté avec fracas le gouvernement Cameron
Iain Duncan Smith, ministre de l'emploi et des retraites a quitté avec fracas le gouvernement Cameron (Crédits : Bloomberg)
Le ministre de l'emploi de David Cameron a démissionné vendredi soir en dénonçant les choix budgétaires du gouvernement. Une polémique gênante pour Downing Street en pleine campagne référendaire.

David Cameron, déjà soumis à des sondages très serrés sur la question de l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, n'avait certainement pas besoin de cela. La présentation du projet de budget 2016-2017 jeudi dernier a provoqué une fronde inédite au sein même du gouvernement de Sa Majesté, déjà divisé entre pro- et anti-UE. Vendredi soir, le secrétaire (ministre) à l'Emploi et aux Retraites, Iain Duncan Smith, a annoncé sa démission dans une lettre cinglante envoyé au Premier ministre.

La lettre de démission : un réquisitoire contre la politique du gouvernement

Dans cette lettre, « IDS » dénonce les choix budgétaires du gouvernement. Après avoir affirmé sa « fierté des réformes de l'Etat providence » menée par le gouvernement au cours des cinq dernières années » et reconnu que « des coupes budgétaires difficiles étaient rendues nécessaires par la situation budgétaire périlleuse », le ministre rappelle qu'il « croit que les coupes auraient été plus justes (...) si nous avions voulu réduire les avantages pour les retraités les plus aisés. »   Mais, précise-t-il, « j'ai essayé de travailler dans les contraintes que vous (le premier ministre) et le chancelier de l'échiquier (le ministre des Finances) aviez posées. »

Aujourd'hui, cette patience semble s'épuiser pour Iain Duncan Smith qui a attaqué la stratégie du gouvernement, notamment la réduction des aides aux handicapés qui, pour lui, vont « trop loin. » « S'ils sont défendables en termes étroits, compte tenu du déficit budgétaire persistant, ils ne le sont pas dans le cadre d'un budget qui profitent aux contribuables les plus riches », a expliqué le ministre démissionnaire. C'est donc toute la stratégie du gouvernement conservateur qui est remise en cause : réduire les aides sociales pour financer des baisses d'impôts pour les plus riches censés in fine, attirer les investissements étrangers. « Je suis incapable de regarder passivement certaines politiques qui sont mises en œuvre pour remplir l'objectif budgétaire et qui imposent des restrictions qui, je crois, sont de plus en plus perçues comme clairement politiques plus que dans l'intérêt économique national », conclut Iain Duncan Smith qui, là encore, touche une corde sensible : celle de la stratégie d'attraction des investissements financiers plutôt que de la construction d'une demande intérieure.

Une stratégie budgétaire contestée

Iain Duncan Smith a frappé juste. Le projet de budget a provoqué en effet une levée de boucliers. Le gouvernement espère en effet économiser d'ici à 2020 4,4 milliards de livres (environ 6 milliards d'euros) en coupant dans l'allocation handicapés. Près de 370.000 personnes devraient ainsi perdre en moyenne 3.500 livres (environ 4.800 euros par an). Cette décision tranche avec la baisse annoncée de l'impôt sur les sociétés attendue de 20 % à 17 % sur la même période. Le financement de cette baisse pour retrouver un équilibre budgétaire dès 2019-2020 (le budget connaît un déficit de 5 % du PIB aujourd'hui) s'annonce difficile, mais la voie est montrée : elle sera atteinte par des coupes dans le système de protection sociale.

Duncan Smith plus à gauche que Corbyn ?

Iain Duncan Smith n'est pas n'importe qui. Cet Ecossais a été leader du parti conservateur de 2001 à 2003, élu avec le soutien de Margaret Thatcher. Certes, sa direction a été un désastre et il a été évincé rapidement par manque de charisme et de soutien. Il est le seul leader conservateur à ne pas avoir mené le parti à une élection générale. Mais il reste une figure dans le parti. Etrangement, sa lettre de démission et ses sorties télévisées ce week-end ont redonné à « IDS » une respectabilité nouvelle. Ce lundi 21 mars, le Daily Telegraph recommande même aux Travaillistes de choisir l'ancien ministre comme leader. « Maintenant que Iain Duncan Smith fait exactement les mêmes remarques sur le gouvernement que le leader travailliste Jeremy Corbyn, tout le monde l'écoute », souligne le quotidien.

Le journal conservateur est sans doute un peu dur. Le leader travailliste a plutôt bien utilisé ce budget pour mettre en avant le caractère « clientéliste » de la politique des Tories. Du reste, les sondages semblent le montrer. La dernière enquête de Yougov donnait le Labour devant les Tories (34 % contre 33 %) pour la première fois depuis l'arrivée de Jeremy Corbyn à la tête du parti. Cette « guerre civile » au sein du camp conservateur a peut-être un lien avec cet affaiblissement des Conservateurs.

Affaiblir le vote contre le Brexit

L'autre hypothèse émise par les observateurs est qu'il s'agit d'affaiblir encore la position de David Cameron avant le référendum sur l'UE du 23 juin prochain. Iain Duncan Smith est partisan de la sortie de l'UE. En démissionnant, il se positionne dans l'optique d'une défaite du maintien du Royaume-Uni dans l'union et prouve que le choix de maintenir dans le gouvernement des Eurosceptiques est une erreur. Mais c'est aussi un moyen d'identifier le camp du « maintien » à celui de l'austérité. Le Labour fait campagne pour le maintien, mais il refuse de mêler sa voie avec celle de David Cameron. Finalement, la chance des pro-Brexit dans le camp conservateur est de faire de ce référendum aussi un référendum pour ou contre David Cameron et ainsi d'attirer des voix à gauche. La démission d'Iain Duncan Smith entrerait dans cet objectif. Le dernier sondage, réalisé par Opinium et paru le 20 mars, donnait 41 % de votes pour le Brexit, 40 % pour le maintien dans l'UE et 19 % d'indécis. Avec une marge si étroite, une polémique comme celle liée à la démission d'Iain Duncan Smith peut jouer un rôle dans le résultat final.

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Commentaires
a écrit le 28/03/2016 à 16:58 :
On parle d’un Brexit ou d’une meilleure indépendance des régions, est-ce à cause du défaut de retour au plein-emploi ou bien est-ce parce que chez Eurostat on aurait un pib par habitant 2014 sous le niveau de 2007 ? Par exemple la croissance de la zone euro en pib constant selon ces données numériques donnerait une stagnation entre 2010 et 2014, peut-on parler de reprise alors que les résultats américains seraient meilleurs ? Des experts ambitieux ont-ils une analyse précise de la situation économique de la zone qui porte bien son nom de zone. Pour la croissance a-t-on analysé la FBCF publiée à l’OCDE ? Par exemple dans la presse Mr Junker ne parle-t-il pas d’une crise qui perdure. Selon les données de pib par habitant la croissance 80-07 est de 2,01 pour la France, 3,13 pour l’Europe en prenant 18 pays, 2,74 pour les USA, mais en 2010 à 2014 sans tenir compte des deux années de crise, la France ferait 0,31, l’OCDE 1,00, l’UE 28 serait à 0,50, les USA à 1,20, la ZE19 serait à 0,13, l’Europe n’a-t-elle pas un problème de performance et de valeurs ?
Par exemple selon les données publiées, la croissance française entre 95 et 00 serait de 2,56 puis 1,18 entre 00 et 07 soit 46%. Sur la même période celle de l’Allemagne serait de 1,95 soit moins puis 1,54 soit plus. L’OCDE est publié à 2,86 puis 1,83 soit plus. La ZE19 passe de 2,66 à 1,53 soit plus. Les USA passent de 3,31 à 1,55…

Dans productivité : http://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=DECOMP&Lang=fr

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://philippewaechter.files.wordpress.com/2013/08/ze-us-comp-pib-3.png&imgrefurl=http://philippewaechter.nam.natixis.com/2013/08/19/etats-unis-zone-euro-la-dynamique-de-lactivite-est-elle-comparable/&h=506&w=902&tbnid=S_wKNLFH268qIM:&docid=fbNgNDOYZMVL2M&ei=iyP5Vs6cHaavygOcrYDwCQ&tbm=isch
a écrit le 21/03/2016 à 19:41 :
J'approuve tout ce qui peut permettre la sortie de la GB de l'Europe. Je note d'ailleurs la grande hypocrisie de nos élus qui refusent de débattre de ce sujet et plus particulièrement à l'UDI qui voudrait nous faire croire qu'il a une fibre européenne ou notre inamovible M. Bayrou encore un charlatan bien français. Seul comme d'habitude notre monarque de président a décidé, sans information donnée aux citoyens. La France une démocratie un jour tous les 5 ans puis un royaume de 66 millions de sans dents.
a écrit le 21/03/2016 à 18:24 :
le brexit est en marche et ça commence au plus haut niveau chez nos amis d'outre manche , le désaccord budgétaire semble plutôt un prétexte les camps commencent à se préciser

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