Royaume-Uni : un référendum sur la monarchie est-il possible ?

Elisabeth II fêtera demain 21 avril ses 90 ans. La Reine est très populaire et assure la popularité de la monarchie. Mais les Républicains britanniques songent déjà à l'avenir...
Avec Elisabeth II, la monarchie britannique prononce-t-elle son chant du cygne ?
Avec Elisabeth II, la monarchie britannique prononce-t-elle son "chant du cygne" ? (Crédits : Reuters)

Le 21 avril, Elisabeth II fêtera ses 90 ans. La Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, chef d'Etat de quelques quinze Etats du Commonwealth détient déjà, depuis le 9 septembre dernier, le record de longévité pour un monarque britannique et même simplement anglais, détrônant ainsi la reine Victoria. Après 63 ans de règne, la fille de Georges VI de Windsor et d'Elisabeth Bowes-Lyon peut se prévaloir d'une popularité immense.

Forte popularité de la Reine

Selon un sondage réalisé par Ipsos et publié ce mercredi 20 avril, 70% des Britanniques souhaitent que la souveraine « règne le plus longtemps possible. » Si Elisabeth dispose de la même longévité que sa mère, décédée en 2002 à 102 ans, il lui reste encore quelques belles années devant elle à la tête de l'Etat... « La Reine est immensément populaire, elle est appréciée pour sa personnalité et on considère qu'elle effectue un excellent travail », estime auprès de l'AFP Roger Mortimore, professeur d'histoire contemporaine britannique au King's College de Londres.

A la différence de Juan Carlos en Espagne ou de la reine Beatrix des Pays-Bas, Sa Majesté britannique n'envisage pas l'option de l'abdication. Elisabeth est attachée à certaines traditions, et le Prince de Galles, qui a déjà 68 ans, devra donc attendre avant de devenir Charles III. Il sera déjà le souverain le plus âgé de l'histoire anglaise à son accession au trône, puisque l'ancien détenteur du record, Guillaume IV, était arrivé sur le trône à 65 ans en 1830.

Vers un référendum ?

La popularité de la Reine entraîne dans son sillage celui de la monarchie. Selon le même sondage d'Ipsos, 76% des Britanniques sont favorable à ce régime politique. Pourtant, selon un article paru ce mercredi dans le Guardian, les Républicains britanniques n'ont pas dit leur dernier mot et espèrent que le long règne d'Elisabeth II résonne comme le chant du cygne de la monarchie outre-manche. « L'anniversaire de la Reine nous rappelle que le soutien pour la monarchie est lié au soutien à la Reine », explique ainsi Graham Smith, directeur du mouvement républicain Republic, dans un communiqué où il appelle à organiser « avant la mort de la Reine, un débat sur ce qui se passera ensuite, . »

Il semblerait même que le référendum britannique sur le maintien dans l'Union européenne donne des idées aux Républicains. Ce week-end, toujours selon le Guardian, Graham Smith était à Madrid pour participer à une réunion des mouvements républicains et il a évoqué l'option d'un référendum entre les funérailles de la Reine et le couronnement du futur souverain. Cette période peut durer jusqu'à six mois, ce qui laisserait le temps de réaliser le vote.

« Il y aura une opportunité pour nous de faire campagne et de dire : "Attendez une minute, nous sommes au XXIe siècle, si nous devons avoir un nouveau chef d'Etat, peut-être devrions-nous voter !" », a déclaré le chef de file républicain. Or, pour lui, la question ne peut pas seulement porter sur la figure de Charles, mais aussi sur la forme du gouvernement.

Les forces de la monarchie

Graham Smith reconnaît cependant que son combat sera difficile, pour obtenir un référendum puis pour le gagner. Même si le Prince de Galles n'est pas aussi populaire que sa mère, ce sera un souverain âgé et les Britanniques pourraient souhaiter donner sa chance à son fils, William (Guillaume) qui, lui, est très populaire depuis son mariage avec Kate, la duchesse de Cambridge.

Du reste, il n'est pas certain que le soutien à la monarchie ne dépende que de la figure du monarque. Beaucoup de Britanniques apprécient la pompe et les traditions de la monarchie. Sans compter que la « nation britannique » est devenue fragile et la monarchie est un des rares ciments à demeurer ferme.

Certes, les indépendantistes écossais ne sont pas républicains, mais une « république britannique » éviterait-elle l'éclatement ? C'est un élément qui peut peser lourd et qui explique la relative marginalité du mouvement républicain au Royaume-Uni. Même le nouveau chef des Travaillistes, Jeremy Corbyn, Républicain notoire, n'aborde plus réellement le sujet pour ménager l'électorat du Labour...

Un triste passé républicain

Les quatre nations ont certes connu une période républicaine assez précoce parmi les grands pays d'Europe occidentale après la guerre civile et l'exécution du roi Charles 1er en 1649, celle du « Commonwealth » présidé par Oliver Cromwell, puis par son fils Richard.

Une période courte et qui a laissé l'image d'une tyrannie contraire aux traditions parlementaires britanniques. Aussi le fils de Charles 1er, Charles II, fut-il rappelé en 1661 et lorsque le frère de ce dernier, Jacques II, trop catholique au goût de ses sujets, fut déposé en 1688, le nouveau régime parlementaire prit la forme monarchique que le pays ne quitta plus depuis. Cet épisode explique en partie le rejet de l'expérience républicaine, rejet renforcé par la Révolution française un siècle plus tard.

Quel rôle et quel coût ?

Aujourd'hui, la souveraine n'a plus qu'un pouvoir principalement symbolique, même si elle choisit encore formellement le premier ministre, qui doit cependant pouvoir s'appuyer sur une majorité parlementaire. Elle nomme aussi les Lords, membres de la chambre haute, mais là encore très formellement, reprenant les propositions du gouvernement.

Enfin, elle prononce un discours du trône annuel dicté par le gouvernement. Certes, en cas de parlement sans majorité (« hung parliament »), son rôle de médiatrice est naturellement plus important et ceci n'est pas sans importance compte tenu de la crise du bipartisme au Royaume-Uni.

En termes de coûts, le budget britannique verse 36 millions de livres sterling (45 millions d'euros environ) au titre du « don souverain » à la famille royale. Le régime républicain n'est pas forcément plus économe : le budget annuel de l'Elysée est de 100 millions d'euros. Mais il est vrai que la Reine et sa famille disposent aussi de biens et de propriétés personnels dont ils ont l'entière jouissance. Depuis 1993, la Reine est soumise à l'impôt sur le capital et le revenu et accepte volontairement de reverser la TVA à l'Etat. Graham Smith estimait néanmoins dans un article du Time de juin dernier que le coût « réel » de la monarchie est de 450 millions de livres.

La monarchie espagnole plus fragile

Malgré les efforts de Graham Smith, la monarchie britannique n'est donc pas la plus fragile d'Europe. Minée par les scandales personnels, la monarchie espagnole l'est bien plus, malgré la relative popularité du nouveau roi Philippe VI. Les sondages estiment que les Républicains espagnols représentent 45 % de l'opinion.

La semaine dernière, les mairies de Cadix et Saragosse ont hissé le drapeau de la seconde république (1931-1939), ce qui a provoqué un scandale en Espagne. Podemos et la plupart des mouvements séparatistes basques ou catalans sont républicains. Les indépendantistes catalans envisagent très majoritairement une « république catalane » et non une monarchie en union personnelle avec le Roi d'Espagne.

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Commentaires 4
à écrit le 21/04/2016 à 8:40
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C est un vieux taco sur la photo que faire et c'est dépasses

à écrit le 20/04/2016 à 21:33
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la reine est populaire charles passe pour un idiot ses fils c'est un peu mitiges, mais globalement c'est positif.... et avec une jolie reine, donc ca va

à écrit le 20/04/2016 à 17:07
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"Certes, les indépendantistes écossais ne sont pas républicains". Ça serait plutôt le contraire

à écrit le 20/04/2016 à 16:46
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Faut aussi comparer ce qui est comparable mister Godin ! Entre la reine et Hollande, y a pas photo. Que la reine m'excuse de cette insulte majeure consistant à en parler dans la même phrase que Hollande.

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