Zone euro : la croissance de l'industrie en août est-elle le signe d'une vive reprise ?

La production industrielle a progressé de 1,6% sur un mois en août et de 1,8% sur un an. Un bon chiffre, mais cette hirondelle ne fait pas encore le printemps.
L'industrie européenne a connu un beau mois d'août en 2016.
L'industrie européenne a connu un beau mois d'août en 2016. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)

La production industrielle a fortement rebondi au mois d'août 2016 en zone euro. Selon les données publiées par Eurostat, cette dernière a progressé de 1,6% sur un mois. C'est un très bon chiffre, le meilleur depuis le mois de janvier dernier au cours duquel la production industrielle avait progressé de 2,6%. Par rapport à août 2015, la croissance est de 1,8%, une hausse annuelle jamais vue depuis novembre 2015. Dans le détail, cette hausse permet largement d'effacer la baisse de 0,7% enregistrée en juillet. La croissance a, par ailleurs, été particulièrement soutenue dans les biens d'investissement (+3,5 % sur un mois) et les biens de consommation durables (+4,3%), ce qui, là aussi, est de fort bon augure dans la mesure où il s'agissait là de points faibles de l'économie européenne.

Géographiquement, le chiffre est fortement soutenu par la croissance industrielle allemande (+3,1%) et néerlandaise (+4,4%), mais aussi française (+2%), italienne (+1,7%) et espagnole (+1,8%). La très volatile production irlandaise (-13,4% sur le mois d'août après deux mois de croissance à plus de 7%) et finlandaise (-3,5%) tirent plutôt l'indice vers le bas. Mais, au final, ce bon mois d'août devrait, selon beaucoup d'économistes, permettre de relever la croissance en zone euro au troisième trimestre. Il est donc possible, in fine, que cette dernière reste proche du 0,3% enregistré au cours du deuxième trimestre, alors que le consensus tablait plutôt sur 0,2%.

Pourquoi cette croissance en août ?

Une hirondelle ne fait pourtant pas le printemps. Les raisons de ce rebond sont multiples. Comme le soulignent les économistes de BNP Paribas dans une note, les chiffres de l'été sont traditionnellement très volatils et dépendants des dates de congés. Le faible niveau de la production au cours de ces deux mois donne à des variations faibles une importance notable. Au final, cette poussée d'août permet au niveau de la production industrielle en zone euro d'effacer trois mauvais mois, de mai à juillet, et de revenir juste au-dessus du niveau d'avril dernier, mais encore au-dessous de celui de janvier. On est donc encore davantage dans le rattrapage que dans un mouvement de croissance durable de l'industrie.

Globalement, ce bon mois d'août peut aussi s'expliquer par un retour de la confiance après les incertitudes liées au résultat du référendum sur le Brexit. A cela s'ajoute les effets d'une relative stabilisation de la situation en Chine. Les chiffres publiés lundi du commerce extérieur allemand et la forte croissance de l'industrie néerlandaise, très sensible au commerce mondial, confirment ces deux éléments. Reste à savoir s'ils sont durables ou ponctuels. Là encore, BNP Paribas se veut prudent en soulignant qu'au cours des 15 dernières années, toute forte progression de la production industrielle en août a débouché sur une correction nette en septembre. Du reste, depuis le début de l'année, les chiffres de la production industrielle sont erratiques, une baisse succédant à une hausse.

Trop tôt pour crier victoire pour la BCE

Il est donc trop tôt pour déduire de ce bon mois d'août que les effets de la politique monétaire sur l'investissement et l'industrie sont palpables. Certes, ce mardi 11 octobre, Eurostat a souligné une légère progression du taux d'investissement désaisonnalisé dans l'union monétaire, à 22,2% au deuxième trimestre, contre 22,1% au premier trimestre 2016 et 22% un an plus tôt, mais ce taux permet de revenir au niveau du deuxième trimestre 2012 et demeure nettement en deçà des niveaux d'avant la crise de 2008. L'effet de la baisse des taux, fruit de la politique monétaire très accommodante de la BCE, se fait indubitablement sentir, mais il est lent. Raison de plus, malgré la remontée des prix à la consommation pour l'institution de Francfort de maintenir sa politique. Du reste, la croissance des prix des biens industriels reste faible (+0,3% sur un an en septembre) et a même tendance à s'affaiblir (elle était de 0,5% en avril et mai). Pour les industriels, les prix demeurent un élément préoccupant qui freine naturellement l'investissement et l'emploi.

Une hausse réduite sur le moyen terme

Car, sur le moyen terme, l'état de l'industrie en zone euro n'est guère réjouissant. Avec la croissance enregistrée en août, l'indice de la production industrielle en données corrigées n'est supérieur que de 0,95% à son niveau d'août 2011. Autrement dit, l'industrie de l'Union économique et monétaire fait quasiment du surplace depuis cinq ans. Difficile donc de parler de réindustrialisation. D'autant que les différences nationales sont considérables. En Italie, la production industrielle a reculé en 5 ans de 7,3% et en Finlande de 8,2%. A l'inverse, cette production a progressé de 2,6% en Allemagne. Ceci est évidemment particulièrement préoccupant au regard de l'ampleur des politiques menées : « réformes structurelles » pour améliorer la compétitivité, réduction des déficits publics pour stimuler théoriquement l'investissement, politique monétaire très agressive pour faire baisser massivement les taux. Tous ces efforts immenses semblent n'avoir porté que des fruits lilliputiens. Dans ce domaine, au-delà de variations trimestrielles, la croissance de la zone euro semble beaucoup trop faible et appelle à une révision en profondeur des choix de politique économique.

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Commentaires 10
à écrit le 13/10/2016 à 9:04
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Merci pour cette bonne analyse. Ce que le milieu de la finance prend pour bonne nouvelle actuellement il l'aurait pris comme mauvaise il y a dix ans. Elle sait parfaitement qu'elle est la cause de la crise mondiale et se contente de peu afin ...

à écrit le 13/10/2016 à 8:37
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la bce ne va pas crier victoire trop vite, vu que le qe ca cree des bulles colossales.... bon le but etait de faire baisser l'euro, ca ca a marche.... mais a quel prix...

à écrit le 13/10/2016 à 7:55
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Il y aura sans doute aussi un effet de vases communicants entre le Royaume-Uni, qui va inéluctablement perdre une partie de sa substance économique (par exemple les investissements) à cause du Brexit, à destination de l'UE et plus particulièrement de...

à écrit le 12/10/2016 à 22:02
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Le départ probable du Royaume-Uni de l'UE peut permettre d'espérer un approfondissement et un renforcement des politiques intégrées de celle-ci, notamment l'€. Cette perspective positive devrait doper la croissance de la zone €, et notamment de son i...

le 13/10/2016 à 21:00
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@l'apprenti expert Le Royaume-Uni , l'Espagne et l'Italie ont baissé leur couts principalement par la baisse des salaires. Donc qui dit baisse des salaires, dit moins de cadres et moins de personnels qualifiés, et ça ne présage rien de bon. Compét...

à écrit le 12/10/2016 à 21:12
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"Le nombre total des créations d'entreprises s'est accéléré en septembre, signant une hausse de 2,9% après une progression de 1,6% en août, montrent des données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables publiées mercredi par l'Inse...

à écrit le 12/10/2016 à 18:35
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Ne nous prenez pas en plus pour des jambons ????

à écrit le 12/10/2016 à 15:45
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Faites une croix! Avec l'euro il n'y aura aucune reprise! Il n'y a pas de saine concurrence entre les pays sans que la monnaie en face parti!

le 12/10/2016 à 22:08
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Faux ! on peut très bien agir sur les salaires. Ce n'est pas parce que des pays ont la même monnaie que les salaires doivent être alignés, ils doivent refléter les écarts de compétitivité. Si la Lettonie ou la Slovaquie appliquaient du jour au lendem...

le 13/10/2016 à 13:44
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@bruno_bd. Attention, il faut tenir compte du cout du travail, cad, salaires plus charges sociales. On peut réduire les salaires, mais les charges sociales dépendent de la démographie et de la législation. Il faut répartir les charges sociales sur le...

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