Zone euro : le choc énergétique et la guerre en Ukraine assombrissent les perspectives économiques

Après une hausse du PIB de 5,4% en 2021, la zone euro devrait connaître une croissance réelle de 2,5% en 2022, et de 1,8% en 2023, selon un rapport de S&P Global Market Intelligence, à condition d'éviter une nouvelle perturbation dans l'approvisionnement énergétique, susceptible de la faire plonger en récession. Explications.
Robert Jules

4 mn

(Crédits : Reuters)

"La hausse de coûts de l'énergie pourrait faire basculer l'Europe de l'ouest en récession", alerte S&P Global Market Intelligence, dans son dernier rapport, qui prévoit une contraction du PIB réel de la zone euro au deuxième trimestre et un recul du PIB réel au Royaume-Uni sur les trois derniers trimestres de 2022.

En attendant de voir si un tel scénario se réalise, le ralentissement est déjà là. Ainsi, l'indice composite des directeurs d'achats (PMI) de la zone euro pour mai s'affiche en baisse, de 55,8 à 54,9, alors que le consensus tablait sur 55,1.

"L'indice fournit une mise à jour utile sur la façon dont l'économie de la zone euro résiste aux différents chocs qui la frappent - perturbation de la chaîne d'approvisionnement, pressions sur les coûts et la compression des revenus réels -, dans un contexte favorisé par la réouverture après les restrictions imposées par le Covid-19", explique Chris Hare, économiste chez HSBC, qui souligne cependant qu'à 54,9, l'indice reste "toujours supérieur à son niveau historique de 52,7", et que "la vigueur de l'emploi pourrait indiquer une résilience plus durable".

En matière de croissance, les projections de S&P Global Market Intelligence restent inférieures au consensus. Elles anticipent une hausse du PIB réel en zone euro de 2,5% en 2022, après une augmentation de 5,4% en 2021, et un ralentissement en 2023, à 1,8%. "La perspective d'une nouvelle perturbation dans l'approvisionnement énergétique, facteur de hausse des prix, est un risque de baisse pour l'activité au moment où l'Union européenne étudie un embargo sur les importations de pétrole brut et de produits pétroliers", estiment les experts.

L'embargo pétrolier toujours en discussion

Les Etats-membres de l'Union européenne discutent d'un embargo depuis des semaines, mais se heurtent au refus de la Hongrie. Budapest négocie actuellement avec la Commission européenne une aide financière - qui pourrait s'élever à 800 millions d'euros - pour moderniser ses infrastructures notamment ses capacités de raffinage pour traiter du Brent en substitution du brut lourd russe. Si la Hongrie obtient satisfaction, un accord pourrait être conclu avant le prochain sommet européen qui se tiendra les 30 et 31 mai. Aujourd'hui, 27% du pétrole et 40% du gaz qui sont consommés dans l'Union européenne viennent de Russie.

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Cet accord s'inscrit dans une stratégie plus globale. Lundi, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, à évoquer un plan d'investissement de 300 millions d'euros baptisé REpowerEU s'étalant jusqu'à 2030 - dont 210 milliards d'euros avant 2027 - pour mettre fin à cette dépendance aux hydrocarbures russes, basé sur la recherche d'une offre plus diversifiée de pays fournisseurs, l'accélération des capacité d'énergies renouvelables et des mesures de sobriété pour économiser l'énergie. Les mesures de ce plan s'inscrivent également dans le cadre de la transition énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique.

L'énergie a aussi des conséquences pour la conjoncture au Royaume-Uni. "Nous faisons face à l'effet très marqué sur les revenus réels de la hausse des prix de nos importations, notamment de l'énergie", a souligné lundi Andrew Bailey, gouverneur de la Banque centrale d'Angleterre, qui prévoit une contraction du PIB au quatrième trimestre. L'énergie alimente l'inflation qui a atteint 9% en avril sur un an, au plus haut depuis 40 ans, ce qui a obligé la Banque d'Angleterre à relever ses taux directeurs plusieurs fois depuis la fin de 2021 pour enrayer la hausse des prix.

Un conflit qui modifie "fondamentalement" le contexte géopolitique

La guerre entre la Russie et l'Ukraine continuera d'avoir des conséquences durables sur les économies émergentes d'Europe et le monde, soulignent les experts S&P Global Market Intelligence, qui considèrent que le conflit a d'ores et déjà modifié "fondamentalement" le contexte géopolitique international. Selon eux, la Russie va poursuivre ses attaques militaires durant les prochains mois, mais fera face à une solide résistance ukrainienne, menant pour le moment à une impasse géopolitique.

En raison des sanctions occidentales et du retrait des investissements étrangers, le PIB réel de la Russie est prévu de se contracter de 10,2% en 2022 et de 1,4% en 2023, avant une lente reprise, estime le rapport. Quant à l'Ukraine, qui subit les destructions de la guerre, son PIB réel devrait se réduire de 46% en 2022 mais devrait rebondir de 30% en 2023 et de 14% en 2024 avec la reconstruction du pays, notamment grâce à l'aide financière de ses alliés.

Robert Jules

4 mn

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Commentaires 6
à écrit le 25/05/2022 à 17:23
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Bonjour, Certe la croissance ne sera pas au RDV . Mais je crains que nous risquons d'être un impliqué dans une guerre contre la Russie... Et ils n'y ai toujours pas de défense européenne, n'y d'alliance militaire entre les grandes nation européenn...

à écrit le 25/05/2022 à 9:24
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Ce n'est pas tant la guerre que nos propres sanctions et notre surréaction qui assombrissent les perspectives économiques. Il faut l'assumer ...

le 25/05/2022 à 11:44
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ou son les demissions de ceux qui voyais dans la mondialisation la solution a tout les problemes de la planete

à écrit le 25/05/2022 à 8:45
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l'europe se met la corde au cou avec l'energie, puis explique sans rire que si quelqu'un tape dans le tabouret ( elle, par exemple), elle risque de finir pendue.... brillant de reflexion!!

à écrit le 25/05/2022 à 7:57
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On s'en doute, les médias de masse n'osent même plus nous souler avec des stats alors que pourtant statistiques toujours meilleures que la réalité c'est pour dire comme ça doit faire mal en ce moment.

à écrit le 25/05/2022 à 7:21
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L'euro est une monnaie qui manque de souplesse dans les échanges pour la simple raison qu'elle veut garder une valeur qui ne correspond a rien!

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