"Il faut continuer à "dédiaboliser" l'image du capital-investissement" (Michel Chabanel, Afic)

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Michel Chabanel, président de la société de gestion Céréa Partenaire, est le nouveau patron de l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic). CAPA Pictures/Julien Lutt
Michel Chabanel, président de la société de gestion Céréa Partenaire, est le nouveau patron de l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic). CAPA Pictures/Julien Lutt (Crédits : CAPA Pictures/Julien Lutt)
Michel Chabanel, à la tête de la société de gestion Céréa Partenaire, a été élu le 18 juin au soir président de l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic), le lobby du capital-investissement en France. Il succède à Louis Godron, dont le mandat de deux ans arrivait à échéance.

-Le 18 juin, vous avez été élu président de l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance). Votre nomination survient dans un contexte d'amélioration de la situation du capital-investissement français, mais peut-on véritablement parler de reprise ?

 Pas sur le plan de nos investissements dans les PME non cotées, qui stagnent à 6,5 milliards d'euros environ par an depuis cinq ans. Et, s'il existe en revanche une reprise sur le front des levées de capitaux, qui ont rebondi de 64% en 2013, à 8,2 milliards d'euros, celle-ci se teinte néanmoins d'un bémol, l'essentiel des fonds étant levés par quelques unes des plus grandes sociétés de gestion, comme Ardian (ex Axa Private Equity). Le reste de la profession, dans son ensemble, continue de souffrir d'une grande difficulté à lever des capitaux.

Pour autant, l'atmosphère donne des signes avant-coureurs d'amélioration. Les investisseurs institutionnels redeviennent plus réceptifs aux arguments du capital-investissement français. Le rebond de 64% du marché des sorties [cessions de participations ; Ndlr], à 5,7 milliards d'euros en 2013, est un facteur positif, qui a apporté une plus grande liquidité et a permis de retourner aux investisseurs les performances dégagées par nos investissements de long terme [c'est-à-dire de leur rendre de l'argent via le produit des cessions ; Ndlr]. Enfin, l'an dernier, pour la première fois depuis cinq ans, les fonds levés par le capital-investissement français ont surpassé le montant de ses investissements, ce qui est malgré tout de bon augure.

 -La difficulté des petites équipes à lever des fonds, notamment auprès des investisseurs institutionnels étrangers, ne va-t-elle pas entraîner leur disparition et, partant, une concentration, peut-être souhaitable, du capital-investissement français ?

 Nous n'anticipons pas de baisse forte du nombre de sociétés de capital-investissement en France et un tel mouvement ne serait pas souhaitable. En effet, notre métier n'est pas en surcapacité, sur le plan de l'investissement. En témoigne le poids du capital-investissement dans le PIB (produit intérieur brut) français, qui se limite à 0,24%, contre 0,79% au Royaume-Uni, 0,48% en Suède et 2,3% aux Etats-Unis. De plus, la taille moyenne des équipes de gestion en France est de 15 personnes, contre 17 en moyenne dans le monde.

Ce qui démontre bien que le capital-investissement français n'est pas en surnombre. En outre, nous n'exerçons pas un métier où des rapprochements peuvent engendrer des synergies. Il n'y a donc aucune raison pour que le nombre d'équipes diminue. Et il ne le faut pas, si nous voulons continuer à irriguer le canal du financement des PME régionales.

 -En tant que nouveau président de l'Afic, quels seront vos chantiers prioritaires ?

 Améliorer l'image du capital-investissement demeurera l'un des principaux chantiers de l'Afic, si ce n'est le principal. Il faut continuer à « dédiaboliser » l'image du secteur auprès du monde politique, qui, parce qu'il connaît mal notre métier, tend à l'englober dans des projets de réglementation susceptibles de lui être très nuisibles, comme cela avait été le cas à l'automne 2012, avec le projet d'alourdissement de la taxation des plus-values de cession de valeurs mobilières. Et, même si cette initiative n'a finalement pas vu le jour, nos politiques oublient que les mauvais messages laissent des traces durables dans l'esprit des investisseurs, notamment étrangers.

Nous devons également mieux expliquer notre métier aux entrepreneurs. En effet, beaucoup d'entreprises françaises, qui ont pourtant besoin de fonds propres, sont réticentes à l'idée d'ouvrir leur capital à des fonds de capital-investissement. Nous ne sommes ni des raiders, ni des dépeceurs de sociétés, ce n'est pas du tout la nature de notre métier. De fait, nous participons chaque année à la croissance de l'économie et à la création d'emplois (80.000 nets en 2012) au sein des entreprises que nous accompagnons.

 -Pour investir, il faut pouvoir continuer à lever des capitaux…

 En effet, la capacité à lever des fonds demeure aussi un challenge de notre profession. C'est pourquoi un autre chantier prioritaire de mon mandat réside dans la gestion des nouvelles réglementations qui nous sont imposées, et dont certaines ont des conséquences négatives sur notre aptitude à lever des capitaux. Ainsi, Bâle III [la nouvelle réglementation relative au renforcement des fonds propres des banques ; Ndlr] a engendré une forte baisse de l'implication des banques dans le capital-investissement, catégorie pour laquelle on note une division par plus de trois du montant des fonds levés auprès des banques françaises, par rapport aux années 2006-2008.

Et Solvabilité 2 [l'équivalent de Bâle III pour le secteur de l'assurance ; Ndlr] commence également à peser sur les investissements des assureurs dans notre classe d'actifs. Pour chaque euro investi dans le non-coté, cette future réglementation imposera en effet aux assureurs de provisionner 49 centimes de capital. Soit un taux de charge de 49%, contre 39% pour les actions cotées. Or il n'y a pas de raison de pénaliser le non-coté, moins volatil que la Bourse.

 -N'avez-vous pas quelque espoir d'assouplissement de Solvabilité 2 ?

 Si. La porte ne semble pas définitivement fermée à certains aménagements de Solvabilité 2, qui doit encore être formellement adoptée par le Conseil européen. Nous espérons ainsi que le taux de charge sera ramené à 39%.

Enfin, l'Afic continuera à plaider en faveur d'une meilleure orientation de l'épargne vers le capital-investissement, car, en France, celui-ci pèse 1% seulement dans l'allocation d'actifs des investisseurs institutionnels, soit l'une des proportions les plus faibles au monde.

 -Comment convaincre ces derniers d'investir davantage dans le capital-investissement ?

 Le 2 juillet, nous organiserons une conférence spécifique à destination d'investisseurs institutionnels français qui n'investissent pas encore dans le capital-investissement, ce qui est le cas, notamment, de nombre de mutuelles et de compagnies d'assurance. Nous leur démontrerons que le capital-investissement français représente une classe d'actifs faiblement volatile et performante, avec un taux de rendement interne sur dix ans de 10,7% à la fin 2012 [dernières données disponibles ; Ndlr] (contre 4,5% pour le CAC 40), l'un des meilleurs en Europe, comparable à celui du capital-investissement britannique.

Par ailleurs, nous devrons continuer à expliquer aux investisseurs institutionnels étrangers que la France constitue un bon terreau pour l'investissement, avec de belles entreprises. Ces dernières années, ces investisseurs étrangers se sont rabattus sur les pays scandinaves, qui bénéficient d'un environnement réglementaire et fiscal plus stable que la France. En effet, cette stabilité est d'autant plus importante pour les investisseurs dans le non-coté que cette catégorie d'actifs n'est pas liquide avant sept ans environ.

 -Pourquoi avez-vous décidé d'être candidat à la présidence de l'Afic ?

 Lorsque j'étais étudiant, je voulais travailler dans le monde de l'entreprise, dont la dynamique me passionne. Les opportunités ont fait que j'ai commencé dans des banques, où j'étais en charge du développement des activités de financement d'acquisitions. Je me suis encore plus rapproché du monde de l'entreprise lorsque j'ai rejoint le milieu du capital-investissement. C'est un métier vibrant, captivant et qui est indispensable à la croissance de l'économie française. Mes prédécesseurs ont beaucoup œuvré pour démocratiser le capital-investissement, beaucoup reste encore à faire pour rendre plus compréhensible son fonctionnement, qui ne consiste pas en un simple apport d'argent mais en un véritable accompagnement des entreprises.

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 19/06/2014 à 12:31 :
Petit commentaire acide: Elu pour 2 ans, sans renouvellement possible... Et si nous décidions de la même chose pour nos élus politiques? Quitte à allonger certains mandats pour donner de la lisibilité et de l'horizon...
a écrit le 19/06/2014 à 8:46 :
Monsieur Chabanel représente sans doute un le capital investissement respectable ..... Mais qu'il se mette alors à condamner les pratiques qui n'ont plus rien à voir avec de l'investissement et avec l'économie tout court : à savoir les VAD, les CDS, le high frequency trading ; et la tricherie des "paradis fiscaux" qui sont des aberrations économiques voire de la délinquance financière... Il est vrai que ce sont surtout les banques qui se sont dévoyées de leur mission ...... mais les fonds off shore existent bel et bien. Ecoutez delamarche de "platinium gestion" sur BFM ou youtube pour ne pas être surpris par le big krach obligataire qui se prépare. Vous ne croyez tout de même pas que les QE iront jusqu'au ciel? il vous reste un peu de raison , enfin j'espère pour vous . La planche à billet a toujours conduit à des catastrophes graves ....et on atteint déjà des sommets au delà de 1929....

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