Les fonds de capital-investissement créent de l’emploi. Mais si !

Les sociétés détenues par des fonds français de capital-investissement ont créé près de 80.000 emplois nets, en 2012, d’après une étude publiée le 11 décembre par l’Afic et Ernst & Young. Dans le même temps, le secteur marchand dans son ensemble en a détruit 100.000.
Christine Lejoux
Le chiffre d'affaires des entreprises financées par le capital-investissement français a crû de 4% en 2012, alors que le PIB de la France a augmenté de 1,5% seulement. REUTERS.
Le chiffre d'affaires des entreprises financées par le capital-investissement français a crû de 4% en 2012, alors que le PIB de la France a augmenté de 1,5% seulement. REUTERS. (Crédits : Backbuilder)

En France, les fonds de capital-investissement n'ont pas toujours bonne presse. L'opinion publique les assimile souvent à des "fonds vautours", dont la présence au capital d'entreprises se solderait immanquablement par des cascades de licenciements. Aussi, pour tenter de casser cette image, l'Afic (association française des investisseurs pour la croissance) s'applique-t-elle, année après année, à souligner l'influence positive des fonds de capital-investissement en matière sociale.

 Et, de fait, les sociétés détenues par des fonds français de capital-investissement - essentiellement des PME hexagonales - ont créé près de 80.000 emplois (nets des destructions) en 2012, selon une étude publiée le 11 décembre par l'Afic et le cabinet Ernst & Young, et portant sur 2.790 entreprises. Alors que, dans le même temps, le secteur marchand dans son ensemble perdait 100.000 emplois en France, d'après l'Insee.

 Les sociétés sous LBO ont créé 46.000 emplois nets en 2012

Certes, c'est le segment du capital-risque qui tire cette moyenne à la hausse, les start-up financées par des fonds de "venture" ayant vu leurs effectifs grimper de 13%, l'an dernier. Mais, même les fonds de LBO (Leverage Buy-Out : acquisition par endettement), pourtant souvent pointés du doigt dans le cadre de difficiles restructurations d'entreprises, sont à l'origine de  46.000 créations nettes d'emplois.

 "Les entreprises accompagnées par les acteurs français du capital-investissement continuent non seulement à générer de l'emploi, mais de façon croissante, année après année", insiste l'Afic. Force est de constater que les effectifs de ces sociétés avaient augmenté de 76.000 personnes en 2011, et de 61.000 l'année précédente, des chiffres supérieurs à la moyenne française (+ 55.000 et + 54.600, respectivement).

 Une moyenne qui recouvre 35.000 destructions d'emplois

 Mais comment le capital-investissement parvient-il à créer des emplois, à l'heure où la crise économique contraint nombre d'entreprises à licencier en masse ? D'abord, le nombre de 80.000 créations d'emplois nets en 2012 n'est qu'une moyenne. "Tout n'est pas facile", reconnaît Louis Godron, le président de l'Afic. Et de préciser que si 72% des sociétés françaises détenues par des fonds de capital-investissement ont créé 115.000 emplois, l'an dernier, 28% en ont en revanche supprimé pas moins de 35.000, en particulier dans les secteurs de l'énergie et du BTP.

Ensuite, l'argent que les fonds de private equity se voient confier par des investisseurs institutionnels, ils le placent - c'est leur métier - sur des sociétés disposant d'un certain potentiel, et donc plus susceptibles que d'autres de créer des emplois. "Il y a un facteur de sélection", admet volontiers Louis Godron.

 L'activité des entreprises financées par le private equity a crû de 4%, en 2012

 Mais, pour le patron de l'Afic, la "surperformance" économique de ces entreprises résulte surtout "de l'apport en capital dont elles bénéficient de la part des fonds, qui stimule inévitablement leur croissance", parce que cela va leur permettre de construire des usines, de lancer un nouveau produit, de racheter un concurrent, etc.

 De fait, le chiffre d'affaires des sociétés appartenant à des fonds de capital-investissement français a crû de 4%, l'an dernier, alors que la progression du PIB (produit intérieur brut) français s'est limitée à 1,5%. Un écart plus perceptible encore en 2010 et en 2011, quand l'activité de ces entreprises avait augmenté de 7,2% et de 6,8% respectivement, contre des hausses de 2,7% puis de 3,3% seulement pour le PIB nominal.

 Des salariés susceptibles de devenir actionnaires de leur entreprise

 Enfin,

"les fonds de capital-investissement permettent aux entreprises d'élaborer un véritable projet stratégique, au lieu d'être constamment le nez dans le guidon. Et ce projet déclenche généralement une forte motivation des collaborateurs, d'autant plus qu'il peut permettre à certains de devenir actionnaires de leur société",

dans le cadre, par exemple, d'opérations de capital-transmission ou LBO, affirme Louis Godron.

 Et puis,

"à force d'accompagner des entreprises, depuis des années, nous savons comment faire émerger des start-up, de quelle façon résoudre des problèmes de protection de l'innovation ou d'expansion internationale",

poursuit le président de l'Afic. Comme quoi l'entrée d'un fonds de private equity dans le capital d'une entreprise n'est pas forcément synonyme de loup dans la bergerie.

Christine Lejoux

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Commentaires 9
à écrit le 12/12/2013 à 14:24
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"Les sociétés détenues par des fonds français de capital-investissement ont créé près de 80.000 emplois nets, en 2012, d’après une étude publiée le 11 décembre par l’Afic et Ernst & Young." Quand est-il des entreprises qui ont perdu des part de ma...

à écrit le 11/12/2013 à 23:13
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Et si, les investisseurs institutionnels, les zins-zins, faisaient leur métier en prêtant pour la création d'emplois, plutôt que de se défausser des risques et coûts sur des fonds qu'ils commanditent avec l'argent des déposants !

le 12/12/2013 à 9:27
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Le capital-investissement et les investisseurs institutionnels n'ont rien à voir ! Leurs missions sont totalement différentes. Renseignez-vous avant de poster !

le 13/12/2013 à 12:12
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La première chose c'est de supprimer la déduction fiscale des intérêts à caractère financier et même des dividendes correspondant à des intérêts déguisés (les financiers sont des spécialistes de la création d'instrument financiers détournant les règl...

à écrit le 11/12/2013 à 21:22
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Les LBO ne créent pas des emplois , ce sont des investisseurs comme les autres. C'est comme si nous disions les actionnaires créent 100.000 emplois par an. Sans compter que le LBO étant donné qu'il s'endette pour racheter , essaie de récuperer un max...

à écrit le 11/12/2013 à 19:27
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Meuuh non ! les fonds d'investissements ne créent pas d'emplois, ça se saurait. Encore un conte de fée neoliberal pour endormir les petits collectivistes. Le seul qui crée des emplois, c'est l'Etat,c'est bien connu !

à écrit le 11/12/2013 à 18:53
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C'est parfaitement exact. les fonds à capital risque prennent en portefeuille des sociétés qui lorsqu'elles réussissent créent des emplois la plus part du temps qualifiés et pérennes. Le nier revient à dire qu'il n'y a pas d'eau dans la mer.

le 11/12/2013 à 19:05
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Les fonds font du capital investissement (voir le commentaire ci-après), y a plus personne en capital risque sauf l'argent du contribuable via la BPI ou même, à la marge, la Caisse des Dépôts.

à écrit le 11/12/2013 à 18:40
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La sélection des sociétés dans lesquelles les fonds investissent est féroce c'est 1 dossier sur 500. ou pas loin. N'importe quel imbécile qui investit dans une boite sûre et à potentiel (d’ailleurs bien souvent on n’a pas besoin des fonds c’est ces ...

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