Le capital-investissement français reprend (un peu) du poil de la bête

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Les fonds levés par le capital-investissement français ont rebondi de 64% en 2013, à 8,2 milliards d'euros, selon l'Afic. REUTERS.
Les fonds levés par le capital-investissement français ont rebondi de 64% en 2013, à 8,2 milliards d'euros, selon l'Afic. REUTERS. (Crédits : REUTERS/Lee Jae-Won)
En 2013, les fonds levés par le private equity français ont été supérieurs à ses investissements. Une première depuis cinq ans.

Après plusieurs années de vaches maigres, le capital-investissement français se porte mieux. En 2013, les sociétés de "private equity" ont levé 8,2 milliards d'euros auprès d'investisseurs, selon une étude réalisée par l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) et le cabinet Grant Thornton. Un montant qui représente non seulement un bond de 64% par rapport à 2012, mais qui est de plus supérieur aux 6,5 milliards d'euros investis l'an dernier par le private equity français dans des PME non cotées en Bourse, du jamais vu depuis cinq ans.

De là à crier victoire, il y a un pas que l'Afic se refuse à franchir : "Le niveau des levées de fonds remonte, mais il atteignait 10 milliards d'euros par an, en moyenne, avant (la crise financière de) 2008", rappelle Bertrand Rambaud,  président de la société de capital-investissement Siparex et du comité des études économiques et statistiques de l'Afic. De plus, sur les 8,2 milliards d'euros levés en 2013 par le private equity français, pas moins de 2,8 milliards l'ont été par une seule société de gestion, en l'occurrence Ardian (ex Axa Private Equity).

 Une incertitude quant à la viabilité de certaines équipes de gestion

Un exemple qui illustre parfaitement l'une des problématiques actuelles du capital-investissement, à savoir la dichotomie croissante entre grandes sociétés de gestion et petits fonds, les premières raflant la mise auprès des investisseurs, au détriment des seconds. De fait, "60% des capitaux levés en 2013 ont été concentrés sur des véhicules de plus de 200 millions d'euros", constate l'Afic. De la même façon, les investisseurs étrangers - qui ont fait leur retour l'an dernier, en apportant au private equity français 45% des 8,2 milliards d'euros levés, contre 30% en 2012 - "privilégient les fonds de taille importante", reconnaît Louis Godron, président de l'Afic.

Et ce dernier d'expliquer : "Il est difficile, pour des fonds qui n'ont toujours eu qu'une base d'investisseurs français, de se bâtir une réputation auprès des investisseurs étrangers." Or, à l'heure où la nouvelle réglementation de Bâle III, relative au renforcement des fonds propres des banques, oblige ces dernières - autrefois principales pourvoyeuses de fonds du private equity français - à réduire leurs allocations à cette classe d'actifs, "notre profession a pour enjeu de diversifier sa base d'investisseurs", souligne Louis Godron. Qui nourrit donc "une incertitude quant à la viabilité de certaines équipes de gestion françaises, pourtant méritantes, mais qui n'ont plus de fonds à investir."

 Les PME et ETI ont besoin de 11 milliards de fonds propres par an

En réalité, c'est moins pour les équipes de gestion, "qui se recycleront", que pour le financement de l'économie que le patron de l'Afic s'inquiète. En effet, bien que les investissements du private equity français aient progressé de 7% en 2013, ils n'ont pas excédé 6,5 milliards d'euros. Or l'Afic évalue à 11 milliards d'euros par an, en moyenne, les besoins en fonds propres des PME et des ETI (entreprises de taille intermédiaire) françaises. Des besoins auxquels le private equity français était en mesure de pourvoir avant la crise financière, avec plus de 10 milliards d'euros investis chaque année, de 2006 à 2008.

 Reste que certains "zinzins" pourraient prendre le relais des banques, dans le financement des fonds franco-français de capital-investissement. "Outre les assureurs et les family offices, beaucoup d'institutionnels qui n'investissaient jusqu'à présent pas dans le private equity s'y intéressent aujourd'hui, à l'image du fonds d'EDF. Car le capital-investissement, de par son rendement, représente une bonne diversification", indique Louis Godron. De fait, avec un taux de rendement interne sur dix ans de 10,7% à la fin 2012 (dernières données disponibles), contre 4,5% pour le CAC 40, le private equity français superforme allègrement la Bourse, selon une étude menée par l'Afic et EY (ex Ernst & Young).

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Commentaires
a écrit le 07/04/2014 à 17:12 :
A fond , ça remonte à fond ...Investissez !!!

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