Intesa Sanpaolo sacrifie son dividende sur l'autel de la solidité financière

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Pour améliorer ses fonds propres, la première banque italienne ne versera pas de dividende en numéraire sur l'exercice 2008 et ne prend aucun engagement pour l'exercice suivant. La banque est prête à profiter d'un éventuel prêt subordonné de l'Etat italien pour renforcer son patrimoine.

La première banque italienne Intesa Sanpaolo a sacrifié le versement d'un dividende à ses actionnaires sur l'autel d'un renforcement de ses fonds propres. "Afin d'éviter que le groupe Intesa Sanpaolo soit perçu comme n'ayant pas le patrimoine adapté, il a été décidé de renforcer les ratios patrimoniaux (...) en ne procédant pas à la distribution de dividendes en numéraire pour l'exercice 2008" a annoncé l'établissement transalpin cet après-midi.

Quant à l'exercice 2009, l'administrateur délégué d'Intesa, Corrado Passera n'a pas voulu "prendre d'engagement compte-tenu de la situation économique".

Une nouvelle qui a évidemment déplu en Bourse, le titre Intesa Sanpaolo dévissant de 16,8 % sur la place financière milanaise.

Le président du conseil de gestion, Enrico Salza, avait anticipé il y a quelques jours ce possible remède. "En agissant de la sorte nous ne ferons pas plaisir aux actionnaires mais dans ma propre entreprise de famille, les dividendes n'étaient distribués que pour des nécessités impératives comme le mariage d'un des enfants", avait-il déclaré fin octobre.

La fondation bancaire Cariplo, un des principaux actionnaires d'Intesa Sanpaolo avec 4,7 % du capital, s'était montrée agacée par cette possibilité. Les fondations bancaires, à l'instar de la Compagnie Sanpaolo (premier actionnaire d'Intesa avec 7,7 % du capital), ont pour seules recettes les dividendes obtenus de leur participation. Aussi elles doivent puiser dans leurs réserves en l'absence de dividende pour financer leurs programmes sociaux.

Crédit Agricole, qui, au titre de l'exercice 2007 d'Intesa, avait perçu avant impôts 247 millions d'euros de dividendes pour sa participation de 5,5 % dans Intesa, sera également au régime sec de ce côté.

En renonçant à verser ce dividende au printemps prochain, Intesa Sanpaolo assure que son ratio "Core Tier One", le coefficient rapportant les fonds propres d'une banque à ses engagements, passera des 5,7 % de juin dernier à 6,2 %. Corrado Passera a parlé cet après-midi "une décision difficile" mais dictée par la priorité donnée à "la solidité" de la banque. 

Depuis fin août, son établissement déclarait revenir d'ici à la fin de cette année à un ratio de solvabilité supérieur à 6 % grâce à la cession, l'introduction en Bourse ou le partenariat pour certains de ses actifs, le tout pour un montant total de 8 milliards d'euros !

Mais les conditions désastreuses des marchés financiers, rendant difficiles ou impossibles ce type de transaction à des prix convenables, ont obligé Intesa à abandonner tout dividende en numéraire sur 2008.

Ce sacrifice du dividende n'exclut d'ailleurs pas, malgré les déclarations récentes des dirigeants d'Intesa, que la première banque italienne ait aussi recours à l'aide de l'Etat.

Si Corrado Passera exclut une augmentation de capital de son établissement, il "considérera attentivement la possibilité" de bénéficier d'un prêt subordonné de la part du gouvernement italien afin de renforcer les fonds propres. De plus Intesa Sanpaolo est intéressée par l'aide indirecte que pourrait constituer la cession de ses 42 % au capital de la banque centrale italienne, la Banque d'Italie. Une participation que rachèterait la Banque d'Italie ou l'Etat.

La crise financière contraint Intesa Sanpaolo de revoir ses ambitieux, et désormais optimistes, objectifs définis il y a un an et demi. Intesa Sanpaolo promettait au printemps 2007 11 milliards d'euros de dividendes à ses actionnaires sur les exercices de 2008 à 2010...

Le bénéfice net de la banque s'est élevé à 3,778 milliards d'euros depuis janvier dernier, soit un recul de 44 % par rapport à la même période de l'an dernier. La faillite de Lehman Brothers a coûté 233 millions d'euros à la banque milanaise.

L'impact de la crise financière s'est accentué entre juillet et septembre: le poste de provisions pour risques et rectifications de valeurs a, pour ce seul trimestre, fini dans le rouge pour 971 millions d'euros, deux fois plus qu'au printemps dernier. Le bénéfice net d'Intesa Sanpaolo pour le troisième trimestre s'est lui élevé à 673 millions.

Dans ce contexte, les relations entre Corrado Passera et son adjoint, le directeur général Piero Modiano en charge de la banque de détail ("83 % de notre activité") , se sont détériorées, à en croire la presse italienne. Des dissensions confirmées par Passera lui-même aujourd'hui: "il y a quelques désaccords sur quelques sujets d'organisation, j'espère que nous les résoudrons".

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