Axa innove dans la finance française, en nommant un étranger à sa tête

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Thomas Buberl dirigera Axa à compter du premier septembre
Thomas Buberl dirigera Axa à compter du premier septembre (Crédits : DR)
Avec l'arrivée de l'allemand Thomas Buberl à sa tête, troisième patron opérationnel depuis la création du groupe, Axa innove : jamais une grande entreprise de la finance en France n'avait été dirigée par un étranger. Le signe et le symbole d'une perte de pouvoir des réseaux habituels de la haute administration, qui trustent encore la plupart des postes de direction dans la banque et l'assurance

Henri de Castries ne le dément pas formellement tout en semblant a priori l'exclure : annoncé ce lundi, son départ anticipé d'Axa -qui prendra effet le premier septembre- n'est pas lié à son éventuelle nomination à la tête de la banque HSBC, dont il devient administrateur. « Je suis un administrateur débutant », plaisante-t-il. Ce départ, plus tôt que prévu, tiendrait plutôt à la volonté de laisser la nouvelle équipe, à la tête du deuxième assureur mondial, préparer et présenter le nouveau plan stratégique de l'entreprise, dévoilé le 21 juin.

Le groupe dirigé par Thomas Buberl

Une nouvelle équipe clairement dirigée par l'Allemand Thomas Buberl, 43 ans, qui deviendra officiellement directeur général le premier septembre, comme l'a voulu le conseil d'administration du groupe, réuni samedi 19 mars, qui s'est alors prononcé à l'unanimité pour ce candidat. A charge pour Thomas Buberl, troisième dirigeant opérationnel d'Axa, après Claude Bébéar et Henri de Castries, de préparer ce plan stratégique pour les cinq années à venir, avec l'aide de Denis Duverne, qui sera président du conseil d'administration.
« C'est la combinaison de la force et de la sécurité » commente Henri de Castries. Sous entendu : la force de Thomas Buberl, qui a, aux dires des commentateurs germaniques,  restructuré avec vigueur Axa-Allemagne depuis 2012, et la sécurité apportée par Denis Duverne, entré dans le groupe Axa dès 1995.

"ça n'est pas le passeport qui compte"

Mais que signifie l'arrivée d'un étranger à la tête d'Axa, ce groupe fondé par Claude Bébéar à partir d'une mutuelle normande, qui a franchi une étape majeure de sa croissance notamment grâce au rachat en 1996 de l'UAP, alors numéro un français ? Pour Henri de Castries, «ça n'est pas le passeport qui compte, c'est le talent, le choix fait montre qu'Axa est vraiment une entreprise globale ».
Cette nomination d'un allemand à la tête d'une des plus grandes entreprises françaises est peut-être naturelle, c'est en tous cas une première dans le monde feutré de la finance : aucun assureur, aucune banque française n'a jamais été dirigé par un étranger. Mieux : à la tête des filiales des grands groupes étrangers, on trouve souvent des Français. C'est ainsi le cas de Generali en France, dirigé de longue date par un Français.

Un groupe global

L'arrivée de Thomas Buberl signifie et confirme effectivement qu'Axa est un groupe global, dont l'activité en France ne représente plus que 20% du chiffre d'affaires. Au-delà, elle traduit sans doute une perte d'influence des réseaux habituels de la finance française, où règnent encore d' ex hauts-fonctionnaires, issus, au premier chef , de l'Inspection des Finances ou de Polytechnique. Le patron de la Société Générale, Fréderic Oudea, de même que celui de BPCE, François Pérol, sont inspecteurs des Finances -tout comme Henri de Castries- , celui de la BNP, Jean-Laurent Bonnafé, est issu de Polytechnique,
« Avant, un inspecteur des Finances à la tête d'une banque ou d'un assureur cooptait nécessairement l'un des siens » souligne Ghislaine Ottenheimer, auteur d'un ouvrage sur cette élite de la haute fonction publique (1). Cette nomination d'un Allemand à la tête d'Axa signifie clairement que cette époque est révolue. « Chez Axa, règne la méritocratie » souligne Henri de Castries.

L'effet Spoutnik

Si les inspecteurs des finances trustent encore les premières places dans la banque et l'assurance, c'en est fini de cette assurance de trouver un débouché dans la finance.
L'inspection des Finances, c'était comme Spoutnik, ça vous propulsait dans les hautes sphères pour le reste de votre vie, avec un parcours tout tracé : cabinet ministériel à Bercy, postes de direction dans ce même ministère, puis basculement vers 45 ans dans le secteur privé, à la direction financière d'une banque, pour en devenir ensuite le président. Ce schéma est dépassé. Désormais, les jeunes énarques les plus brillants savent qu'ils doivent faire leurs preuves dans le privé dès la trentaine. Sinon, ils peuvent dire adieu à leur carrière dans la finance.

La perte d'influence de Bercy

La nomination de Thomas Buberl à la tête d'Axa traduit aussi la perte d'influence générale de Bercy. Si les Inspecteurs des finances trustaient, jusqu'à maintenant, les postes de haut rang dans la banque et l'assurance, c'est aussi parce qu'importait la qualité des relations entre un établissement financier et Bercy. Manifestement, ce lien n'est plus essentiel. « Nous sommes contrôlés par le régulateur européen » affirme Henri de Castries, soulignant par là que le pouvoir s'est déplacé (même si l'autorité de régulation française, l'APCR, joue bien sûr un rôle). Axa est un groupe internationalisé de longue date, mais il restait un groupe français. Désormais, il est « global » . « Nous sommes fiers de nos racines, mais il n'y a pas que les racines » relève Henri de Castries...


(1) Les intouchables, Grandeur et décadence d'une caste : l'inspection des Finances, Albin Michel

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Commentaires
a écrit le 22/03/2016 à 11:19 :
Pour ma part je suis surpris et un peu déçu car j'imaginais Nicolas Moreau actuel président d'Axa France succéder à De Castrie en raison de son parcours et du fait que ce soit un X comme Bébéar
a écrit le 21/03/2016 à 18:59 :
La méritocratie à axa... c'est une sacrée blague avec dans le comex axa France des noms en forme de trombone, et femme et fils de patron...
a écrit le 21/03/2016 à 18:30 :
on peut aussi y voir le début d'une intégration européenne avec un leadership franco-allemand ; un pari (risqué!) sur l'avenir de l'Europe
a écrit le 21/03/2016 à 18:18 :
Cela fait donc un chômeur de plus en France : le Français qui n'a pas été nommé et auquel on a préféré objectivement un étranger...
Réponse de le 22/03/2016 à 11:16 :
Pourquoi chômeur ? si un français avait été choisi il l'aurait été parmi un des directeurs actuels .....qui va rester en poste et qui ne sera donc pas chômeur !!!!!!
a écrit le 21/03/2016 à 18:03 :
Ce n est pas un etranger mais un allemand, citoyen du pays le plus proche de la France! Un tres bon signe et pour la relation entre les deux pays et le developpement des grands groups francais.
a écrit le 21/03/2016 à 17:53 :
Et si le nouveau venu n'était qu'un pape de transition ? ......avant la mise en orbite d'un nouveau président d'ici quelques mois ou tout au plus un an ou deux comme cela était initialement prévu ?

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