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Entreprises & FinanceAssurance

Complémentaire santé : le sprint final pour les TPE/PME

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Ivan Best

Publié le 28 novembre 2015 à 08:00

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[ #Complémentaires santé ] Avant le 1er janvier, 400.000 entreprises devront souscrire une assurance complémentaire santé pour leurs salariés. Assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance se sont lancés dans une bataille des prix féroce pour prendre une part de ce marché.

Les acteurs du secteur le craignaient : la complémentaire santé pour tous les salariés, qui sera une réalité le 2 janvier 2016, donne bien lieu à une bataille à couteaux tirés entre assureurs. Les spots radios à destination des patrons de PME ou TPE, vantant telle ou telle mutuelle à l'offre si merveilleusement simple, encombrent les antennes. Tous les acteurs veulent leur part du gâteau. Il n'est pas mince : on parle de 400 000 petites entreprises qui n'ont pas encore souscrit de contrat de mutuelle santé, et qui devront en offrir une à leurs salariés - c'est la loi qui le prévoit - dès le 2 janvier.

Les employeurs sont-ils réactifs ? Le marché fait plus que frémir, même si beaucoup de petits patrons attendent le dernier moment, voire le début de 2016 pour se décider. Selon quels critères ? Le prix sera-t-il déterminant ? C'est là tout l'enjeu de la bataille. Trois types d'acteurs sont entrés en jeu. L'assurance collective des salariés d'une entreprise, cela a toujours été le point fort des institutions de prévoyance. Les AG2R, Malakoff Médéric et Humanis cherchent donc à conserver leurs parts de marché. Mais les assureurs traditionnels, fortement présents dans le domaine de l'assurance santé individuelle, qui vont voir partir une bonne partie de leur clientèle individuelle - quatre millions de personnes vont en effet basculer de la « mutuelle » souscrite personnellement vers l'assurance santé d'entreprise -, les Generali, Allianz, Swiss Life, Groupama, Axa... tiennent évidemment à récupérer une partie du gâteau. Enfin, les bancassureurs - Crédit agricole, BNP Paribas, Société générale... - voient là un nouveau segment à conquérir. Ils s'estiment d'autant plus en mesure de le faire que les patrons de PME et TPE concernés par la loi - les grandes entreprises offrent de longue date une mutuelle à leurs salariés - sont déjà leurs clients. Pour l'emporter, ils n'hésitent pas à casser les prix.

Une impitoyable guerre des prix

«Le marché s'avère beaucoup plus concurrentiel qu'imaginé »,avec un nombre croissant d'acteurs, a ainsi pu constater Charles Relecom, PDG de Swiss Life France, faisant bien sûr allusion à l'arrivée de banquiers.

Pour le plus grand profit des entreprises clientes et de leurs salariés ? Certains en doutent. En moyenne, le coût pour l'assureur d'une « mutuelle » de base, correspondant au panier minimal défini par le gouvernement, est de 25 euros par mois et par salarié. Or on voit fleurir les offres à 15 euros. Surtout, le décalage n'a jamais été aussi élevé entre le niveau des prix affiché et celui finalement concédé par les assureurs, après négociation. Pour Philippe Dabat, directeur général délégué d'AG2R La Mondiale, cette guerre des prix laissera des traces, et tout le monde y perdra. Pour lui, les chefs d'entreprise ont tout intérêt à privilégier une offre à un prix peut-être un peu supérieur, mais gagnante à long terme .

Quel sera, pour la profession, le résultat à l'issue de la bataille ? Le pari que font ceux qui cassent les tarifs, c'est celui de la conquête d'une nouvelle clientèle. Ils sont prêts à perdre de l'argent sur la complémentaire santé s'ils parviennent à vendre à ce nouveau client d'autres produits d'assurance, comme de la prévoyance. C'est la stratégie de Generali comme d'autres acteurs. Elle peut paraître risquée.

Pour les bancassureurs, il s'agit de prendre pied sur un marché, l'assurance santé collective, dont ils étaient totalement absents. Grâce à leur taille, ils peuvent se permettre de perdre de l'argent sur plusieurs années.

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«Le Crédit agricole peut perdre 10 millions d'euros par an sur l'assurance santé collective : au vu de leur taille cela ne se verra pas,souligne un assureur.Cela s'appelle pudiquement de l'investissement. »

Les banquiers ont bien l'intention de rééditer leur stratégie couronnée de succès en assurance individuelle (auto, santé) où ils ne cessent de prendre des parts de marché aux assureurs.

Quel rôle à l'avenir pour les complémentaires ?

Cela ne fait aucun doute, l'assurance complémentaire santé jouera un rôle croissant à l'avenir, à mesure qu'augmentera la pression sur la sécurité sociale, sommée de réaliser de plus en plus d'économies. Mais quel sera ce rôle ? Les assureurs resteront-ils « payeurs aveugles », comme c'est encore souvent le cas, même s'ils tentent de s'extraire de ce coin, en mettant en place des réseaux de soins, par exemple, où ils essaient de contrôler l'offre médicale et les tarifs pratiqués ? Très logiquement, assureurs comme mutuelles ou groupes de protection sociale veulent sortir de cette logique, qui les cantonne à payer à titre complémentaire, sans prise sur l'offre soin, et notamment sur les tarifs pratiqués.

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Ils pourraient bien sûr aller beaucoup plus loin que la mise en place de réseaux de soin, ce qui se justifierait d'autant que, sur certains segments, la Sécurité sociale ne joue plus qu'un rôle mineur.

«L'idéal, ce serait que la Sécurité sociale se désengage complètement de secteurs où elle ne rembourse que très peu - dentaire, optique - pour nous laisser agir et travailler sur cette offre de soins,estime Pierre François, directeur général de Swiss Life France Prévoyance et Santé.Comment la Sécurité sociale ose-t-elle encore affirmer jouer pleinement son rôle et prétendre fixer les règles, quand elle ne rembourse que 5 à 10 % de la dépense ?Quand on voit ce qui est remboursé sur une prothèse dentaire, c'est indigne de la Sécurité sociale. En théorie, s'il s'agit d'un problème de santé, elle devrait jouer son rôle de solidarité, et assumer vraiment ce coût. »

Ivan Best

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