Prévoyance: les syndicats marquent un point contre les assureurs

Ivan Best

Ivan Best
L'Assemblée nationale a tranché, avec le soutien de la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine: dans le domaine de la prévoyance (couverture des risques d'invalidité, décès... prévue dans le cadre des entreprises), les partenaires sociaux négociant pour une branche pourront à nouveau imposer à toutes les entreprises relevant de celle-ci un opérateur d'assurance. C'est ce que demandaient les syndicats de salariés, pour une fois unanimes. Plus précisément, les entreprises auront le choix entre deux assureurs, co-désignés par les syndicats de salariés et le patronat, selon un amendement voté le 27 octobre par les députés. Selon toute probabilité, les opérateurs faisant l'objet de co-désignations seront des Institutions de Prévoyance (AG2R, Humanis...), ce qui provoque plus que de l'irritation dans le monde des sociétés d'assurance.
La chambre syndicale des courtiers en assurance (CSCA) a réagi ce mercredi.
Pour le député PS Denys Robillard, qui a défendu l'amendement devant l'Assemblée nationale, le 27 octobre, il s'agit de
L'objectif est que toute entreprise puisse continuer d'offrir cette prévoyance à ces salariés -en sus de la couverture prévue par la sécurité sociale-, dans un contexte de hausse des tarifs, en raison de l'allongement de la durée d'activité et donc de la multiplication des cas d'invalidité. Selon les syndicats, le système est actuellement mis en danger par la concurrence imposée en 2013, le Conseil constitutionnel ayant alors annulé la possibilité de désigner un seul opérateur par branche. C'est un cercle vicieux qui s'est mis en place: les entreprises au bon profil de risque -salariés jeunes- se voient offrir des tarifs de particulièrement intéressants par des assureurs, elles quittent donc l'opérateur traditionnel de la branche, lequel se retrouve avec le "mauvais risque", ce qui lui impose d'augmenter encore ses tarifs, rendant finalement l'assurance impossible pour certaines entreprises, car trop coûteuse. Alors que le système de désignation s'impose à toutes les entreprises, avec, à la clé, un tarif unique.
L'amendement entend contourner l'interdiction des désignations décidée en 2013 par le Conseil constitutionnel: s'il avait fermement prohibé le monopole d'un opérateur, il avait entr'ouvert la porte à des restrictions à la concurrence, au nom de la mutualisation, si les entreprises conservaient le choix entre plusieurs opérateurs. D'où l'idée d'une co-désignation, de deux assureurs, par les partenaires sociaux de la branche: deux, cela fait bien plusieurs!
Marisol Touraine, qui en soutient, l'esprit, ne cache pas les risques juridiques encourus, comme elle l'a dit devant l'Assemblée nationale:
Pour le député (Les Républicains) Bernard Accoyer, ancien président de l'Assemblée nationale, le risque de censure par le conseil constitutionnel est certain:
À lire également
Si le maintien du vote des députés est probable, quelle que soit la position du Sénat, une certaine incertitude entoure donc la décision du conseil constitutionnel, qui interviendra début décembre. Les syndicats, particulièrement favorables à ce retour de la désignation, en matière de prévoyance, ont donc marqué un point contre les sociétés d'assurance, qui dénoncent une atteinte à la concurrence. Mais ils n'ont pas encore gagné cette bataille.
Ivan Best
Souveraineté alimentaire et sanitaire : l'État va entrer au capital de l'industriel Eurolysine, menacé par la concurrence chinoise
Engie va supprimer environ 1 000 postes dans ses fonctions support d’ici à 2028
Nucléaire : le Blayais finalise son dossier pour accueillir les réacteurs nouvelle génération
Industrie, mobilités, logements, géothermie : la nouvelle offensive verte de l’Occitanie