« La maison commune du Crédit Mutuel fonctionne de manière satisfaisante » a assuré Nicolas Théry, le président de la Confédération nationale, en présentant à la presse mardi les résultats annuels "records" du groupe bancaire mutualiste. Pourtant, après des mois de bataille judiciaire avec l'une des caisses fédérales, Crédit Mutuel Arkéa, « rien n'est réglé, absolument rien » considère de son côté Jean-Pierre Denis, le président de ce groupe de trois fédérations (Bretagne, Sud-Ouest, Massif Central), dans un entretien au Figaro. Arkéa réclame toujours son indépendance et l'organe central l'enjoint de rentrer dans le rang.
La situation n'en est cependant pas revenue au point de départ. Les rebelles de l'ouest se sont pliés à la décision, non susceptible de recours, du Conseil d'Etat en décembre dernier, en transmettant à la Confédération nationale toutes les informations nécessaires à l'établissement d'un plan préventif de redressement pour les autorités de contrôle prudentiel.
En réalité, celui qui préside aussi le puissant ensemble CM11-CIC (80% du produit net bancaire et des résultats du groupe mutualiste en 2016), ne se contentera pas de cette normalisation. La marque Crédit Mutuel, la préférée des Français en matière bancaire selon le baromètre Posternak/Ifop, reste au cœur de la discorde. L'organe central a attaqué Arkéa en contrefaçon de marque, lui reprochant de ne pas respecter la charte graphique du Crédit Mutuel, dont la société a personnalisé le logo aux trois ronds, en une sorte de triskell celtique. A un premier courrier il y a trois ans, Arkéa avait répondu qu'il s'agissait d'une « expérimentation » s'agace-t-on à la confédération, où l'on répète qu'on ne peut être un pied dedans et un pied dehors.
Pour le président du Crédit Mutuel Arkéa, Jean-Pierre Denis, « il est hors de question que nous y renoncions. Nous continuerons à utiliser les marques Crédit Mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central ». Mais il relève que les filiales (Fortuneo, Suravenir, etc) ne portent pas ce nom et que le groupe lui-même « pourrait s'appeler Arkéa. » Un compromis dont ne veut pas la confédération, qui a été confortée dans sa mission de gardienne de la marque, par l'office européen des brevets.
A Brest, Crédit Mutuel Arkéa accuse l'organe central vouloir « faire main basse, voire annexer un groupe comme le nôtre, qui est en plein développement, rentable innovant. » L'acteur bancaire le plus engagé avec les startups de la Fintech veut défendre « son modèle à succès et d'avenir d'ETI de la banque. » Un slogan raillé par Nicolas Théry qui a fait valoir qu'il n'y avait « pas une mais 6 ETI de la banque » au sein du Crédit Mutuel, les caisses fédérales, et « 2.100 startups », les caisses locales, dont les présidents sont « responsables de leur fonds de commerce, leurs clients, leurs résultats, leur développement. » La banque mutualiste « ce n'est pas deux groupes mais six groupes » et Arkéa (10% des résultats de l'ensemble) « n'arrive qu'en troisième position en résultat de la banque de détail, derrière le Crédit Mutuel Nord Europe » a-t-il pointé.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

[Les résultats 2016 du Crédit Mutuel par caisse]
Au procès en "annexion", il a rappelé que l'organe central n'a que « trois domaines de prérogatives et de devoirs : la cohérence prudentielle, la défense de la marque et celle des intérêts collectifs. Tout le reste est du ressort des caisses locales » s'est-il défendu.
Quant à la situation de concurrence sur laquelle Arkéa a bâti sa revendication d'indépendance, le président de la confédération a relevé qu'elle existe aussi chez BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne) « où deux réseaux sont en concurrence sur tout le territoire et dans tous les métiers, sous l'égide d'un même organe centrale » ou chez le groupe Crédit Agricole avec LCL : « ce n'est pas une situation originale du tout, elle est même commune aux trois organes mutualistes. »
À lire également
Dès le 28 mars, une nouvelle décision judiciaire viendra attiser les tensions : la cour d'appel de Paris doit se prononcer sur la fusion de la confédération et de la caisse centrale (où se loge le fonds de garantie) et sa transformation d'association en coopérative, contre laquelle s'oppose Arkéa. Mais « la loi Sapin II permet désormais la supervision de n'importe quel organe central » donc la confédération considère que cette réforme statutaire est un « avantage technique » mais n'est plus indispensable. Arkéa a déposé un nouveau recours devant la Cour européenne de justice sur ce point. La hache de guerre est donc loin d'être enterrée.
Souveraineté alimentaire et sanitaire : l'État va entrer au capital de l'industriel Eurolysine, menacé par la concurrence chinoise
Engie va supprimer environ 1 000 postes dans ses fonctions support d’ici à 2028
Nucléaire : le Blayais finalise son dossier pour accueillir les réacteurs nouvelle génération
Industrie, mobilités, logements, géothermie : la nouvelle offensive verte de l’Occitanie