Dexia : le patron fait le point un an après le sauvetage

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Pierre Mariani, administrateur délégué de Dexia, a répondu aux questions de La Tribune. Il souligne qu' "en un an, nous avons diminué notre besoin de financement à court terme de 70 milliards d'euros".

La Tribune - Un an après le sauvetage de Dexia, où en est-on de la restructuration du groupe ?

Pierre Mariani - Le travail accompli depuis un an par les équipes de Dexia est considérable et avec une réduction de la taille du bilan de 60 milliards d'euros - soit près de 10 % - , nous sommes en avance sur notre plan de marche. Nous sommes sortis du risque américain avec la vente de FSA. Nous rétablissons progressivement la situation de liquidité du groupe : l'objectif de réduction du besoin de financement à court terme était de 100 milliards d'euros à un horizon de deux ans. En un an, nous l'avons déjà diminué de 70 milliards. Le groupe est redevenu profitable avec deux trimestres consécutifs de résultats positifs. Enfin, nous nous sommes recentrés sur nos deux métiers essentiels : le financement du secteur public local et la banque de proximité. Ce qui signifie que nous avons arrêté un certain nombre d'activités à la fois en Europe de l'Est et dans une dizaine de pays à l'international.

- Que reste-t-il du portefeuille obligataire de Dexia ?

Le groupe avait un portefeuille obligataire de 220 milliards d'euros dont 158 milliards on été mis en « run off » fin 2008. L'amortissement de ce portefeuille se poursuit. Depuis un an, nous avons réussi à céder pour 11,5 milliards d'euros de titres avec une décote très limitée, de l'ordre de 40 millions d'euros seulement.

- Etes vous sûr que Dexia sera en mesure de se passer de la garantie des Etats fin 2010 comme vous l'avez annoncé ?

C'est notre objectif numéro 1. Nous mettons tout en ?uvre pour qu'à partir de fin octobre 2010, Dexia n'émette plus de dette garantie. Si nous n'y arrivions pas, je considérerais que je n'ai pas rempli ma mission. Nous sommes actuellement dans une phase d'accélération du changement. Les premières étapes de la sortie du mécanisme de garantie des Etats ont été franchies avec succès : en juillet, nous avons émis 1 milliard d'euros de dette non garantie à 5 ans puis nous avons à nouveau émis sur cette même ligne en août, ce qui démontre notre capacité à nous financer à long terme. Deuxième étape : nous avons obtenu des Etats l'autorisation de tester le marché sur les financements à court terme non garantis. Ainsi, nous disposons d'une vingtaine de milliards d'euros de financement à court terme non garantis aujourd'hui et ce montant augmentera dans les prochaines semaines. En fait, nous réduisons progressivement l'utilisation de la garantie des Etats. Lorsque nous avons renégocié les garanties avec les Etats, l'enveloppe maximale globale des garanties a été revue à la baisse de 150 à 100 milliards d'euros et nous nous sommes engagés à ne pas dépasser les 80 milliards. Actuellement, nous utilisons ces garanties à hauteur de 73 milliards d'euros, contre 95 milliards en mai.

- En 2009, quelle part de votre financement s'est faite sans la garantie des Etats ?

Nous avons émis environ 40 milliards d'euros de dette depuis le début de l'année dont 22 milliards d'euros de dette garantie. Sur les quelque 18 milliards d'euros de dette non garantie levés sur les marchés, une dizaine de milliards l'ont été grâce à des covered bonds.


- Où en êtes vous de la réorganisation interne du groupe ? Le temps des tensions au plus haut niveau entre français et belges est-il révolu ?

Dans le passé, Dexia a souffert de problèmes de gouvernance qui ne sont pas étrangers aux difficultés extrêmes de l'automne dernier. C'est pourquoi nous avons mené un travail important de redéfinition de la gouvernance du groupe, qui s'est traduit par des renouvellements au conseil d'administration et par une amélioration du pilotage des risques à tous les niveaux. Nous avons en particulier mis en place une équipe de direction resserrée et partageant les mêmes objectifs. Le comité de direction est passé de 11 à 5 membres. Mais le sujet de la nationalité est devenu très secondaire. Il s'agit avant tout de banquiers dont la priorité est de remettre Dexia sur les rails. En outre, dès la recapitalisation de Dexia, nous avons veillé à parler d'une seule voix avec le président Jean-Luc Dehaene et nous avons peu à peu regagné la confiance des gouvernements et des actionnaires.

- Avez vous retrouvé vos parts de marché en France et en Belgique ?

En Belgique, les clients nous sont restés fidèles et la croissance organique des dépôts a repris. Fin juin 2009 nous avions dépassé de 6 milliards d'euros le montant des dépôts qui prévalait en décembre 2008. En France, nous n'avons jamais cessé d'accompagner nos clients même au plus fort de la crise. En début d'année nous avons dû répercuter la hausse de notre coût de financement sur nos conditions de crédit. Notre part de marché dans la production de nouveaux prêts s'est réduite dans un marché très contracté. Mais nous sommes maintenant dans une situation différente : le marché des covered bonds s'est ré ouvert et nous sommes en mesure de mettre à la disposition du secteur public local une enveloppe de 10 milliards d'euros d'ici la fin de l'année.

- Vendez-vous toujours des produits structurés de dette aux collectivités locales ?

Oui pour une raison simple : la dette structurée est en moyenne 70 points de base moins chère pour les collectivités locales que la dette non structurée. En revanche, nous avons changé nos méthodes de commercialisation : nous faisons davantage de simulations avec les collectivités locales et nous adaptons encore plus notre offre à leur degré d'expertise financière. Mais je tiens à signaler que Dexia n'avait pas vendu les produits qui se sont révélés être les plus toxiques.
 

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
"nous sommes en mesure de mettre à la disposition du secteur public local une enveloppe de 10 milliards d'euros d'ici la fin de l'année"=>sur la base d'argent emprunté non garanti. On frôle le grandiose ! Je remercie Dieu de ne pas en être actionnaire mais m'interroge tout de même sur les qualités de ceux qui ont investis dans les actifs toxiques qui ont été pour partie seulement évincés avec une perte sèche de 40 millions d'euros (pour la part vendue).

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