"Les marchés peuvent encore perdre 5% dans les prochains jours"

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Pour Alain Pitous, directeur adjoint des gestions d'Amundi, le marché japonais était sur-évalué par rapport à la situation économique réelle. Selon lui, les marchés actions ne devraient pas dépasser les points hauts atteints ces derniers jours.

La Tribune : Peut-on interpréter la chute du Nikkei de cette nuit et des indices européens depuis l'ouverture des marchés ce jeudi comme l'éclatement d'une bulle financière?

Alain Pitous, directeur adjoint des gestions d'Amundi : Au Japon, les marchés s'étaient apprécié de 50% depuis le début de l'année. Une partie de cette hausse est imputable à la politique accomodante de la banque centrale japonaise. Mais elle a été aussi amplifiée par le débouclage de produits structurés arrivant à échéance sur les marchés nippons qui ont conduit à des achats d'actions uniquement pour des raisons techniques.

Ensuite, a-t-on affaire à une bulle... Cela fait 25 ans que je travaille sur les marchés, je n'ai jamais véritablement disposé d'une définition satisfaisante de ce qu'est une bulle. Auparavant, les marchés japonais étaient probablement un peu sous-évalués par rapport aux autres marchés. Mais au regard de la situation économique actuelle, les actions sont certainement un peu chères. Le marché japonais est monté trop vite par rapport aux fondamentaux. Trop vite et trop fort.

Après une chute aussi violente, de -7,32% en une journée, il serait étonnant que cela se calme tout de suite. Le gouvernement doit encore mettre en place des réformes structurelles, qui n'auront un effet que plus tard sur l'économie. D'ici là, les marchés vont souffler. Pour que les marchés s'apprécient à nouveau, il faudra que d'abord que les réformes soient appliquées.

Ensuite, l'indice Nikkei a également réagi à des statistiques assez médiocres de l'économie chinoise. Enfin, et peut-être surtout, au fait que les taux longs japonais sont remontés à un niveau proche de 1%. Ils étaient à 0,35% il y a quelques semaines.

La Tribune : Et ailleurs, en Europe et aux Etats-Unis ?

Alain Pitous : L'Europe reste engluée dans ses problèmes économiques. Le niveau du Cac 40, au delà des 4.000 points, s'explique en large part par le flux de liquidités qui s'est porté de préférence sur les actions. Par ailleurs, de nombreux investisseurs anticipant que l'économie se trouvera dans une meilleure situation l'an prochain préfèrent garder leurs actions.

Ce climat d'incertitudes s'est en fait installé mercredi soir aux Etats-Unis. Le gouverneur de la Fed, Ben Bernanke, a en effet déclaré qu'il ne pouvait pas reprendre les liquidités qu'il a injecté sur le marché sans que cela crée un risque sur l'économie et l'emploi. Or, dans le compte rendu de la réunion, certains membres du comité affirment qu'il faut réfléchir à la sortie... Tout cela n'est pas très rassurant. Mercredi soir, Wall Street a clôturé en baisse de 0,52%. Il s'agissait d'une petite prise de bénéfices du fait de ces incertitudes. Mais Ben Bernanke va poursuivre sa politique. Et s''il continue, le privé prendra le relais de la politique fédérale à un niveau suffisant pour que l'Etat puisse créduire ses déficits.

La Tribune : Les marchés peuvent-ils se redresser dans les jours ou les semaines à venir ?

Alain Pitous : Si l'inquiétude persiste, ils peuvent encore perdre 5% en quelques jours. Les investisseurs sont très nerveux en raison du risque lié aux niveaux élevés de marché. Il faut donc des signes fondamentaux assez forts pour prendre le relais (le secteur privé aux Etats-Unis, une politique commune en Europe...). Or ils n'apparaîtront pas tout de suite. Donc, à court terme, je ne vois pas les marchés repasser au-dessus des niveaux qu'ils avaient atteint. Une consolidation de 5% à 8% en dessous des points hauts atteints me semble le scénario possible.

Nous sommes entrés dans une zone d'incertitude et la situation apparaît plus fragile aujourd'hui qu'il y a quelques semaines. Et durant ces périodes de flottement, la moindre mauvaise nouvelle peut avoir des impacts extrêmement négatifs.

La Tribune : Doit-on y voir la fin des effets des politiques monétaires accommodantes sur les marchés ?

Alain Pitous : Elles ont en effet beaucoup joué. Car le choix de ces politiques signifie que les autorités cherchent à maintenir un certain niveau de croissance. En effet, avec l'afflux des liquidités qu'elles favorisent, les investisseurs se reportent sur des taux long puis des actions. Cependant, cet argent n'a pas encore eu les effets escomptés sur l'économie, alors que les marchés ont anticipé que c'était déjà partiellement fait. En résumé, les politiques monétaires continuent à avoir un effet, mais les banquiers centraux demandent aux marchés de ne pas s'emballer, et de se montrer patients.

Les Banques centrales continueront à mener des politiques monétaires accomodantes. Ils ont maintenu l'économie à bout de bras durant la crise, ils ne vont pas s'arrêter aujourd'hui.

De leur côté, les investisseurs, qui ont connu de nombreuses périodes de stress au cours des années passées, ne supportent plus la moindre baisse, et ont tendance à sur-réagir pour ajuster leurs positions sur les marchés afin de sortir de cette zone d'inconfort actuelle.

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Commentaires
a écrit le 28/05/2013 à 18:19 :
M. Pitous s'attendait donc le 23 mai à une baisse de 5% dans "les prochains jours". Ce jour là, le CAC clôturait à 3967. Le 28 mai, soit 5 jours plus tard, il clôture à 4050, en hausse de 2,1 % depuis la prévision de M. Pitous. C'est difficile, la prévision !
a écrit le 27/05/2013 à 17:16 :
c'est formidable, mon marché est fermée le lundi
a écrit le 26/05/2013 à 10:21 :
Tous ces discours ne sont que de mauvaises arcanes pour appâter le chaland dans les filets des prestigitateurs de casino. Depuis bien des décennies, le marché n'est qu'une loterie menée par des croupiers très éloignés des fondements économiques et sociaux et personnel des réseaux bancaires est inculte et ignare sauf pour appuyer sur la touche d'un clavier d'ordinateur déclencheur d'un processus qu'il ignore. Certains se targuent d'une analyse technique qui n'est qu'une spéculation sur des probabilités artificielles.Le massification des personnes et des choses avec la centralisation des acteurs-manipulateurs a abouti à ces déversoirs de liquidité au mépris de la solvabilité et du sérieux tout simplement. Inutile de pinailler sur la signification d'une bulle ; l'on en a vu suffisamment et le krach des casinos boursiers de 2007/2008. L'ennui dans tout cela est dans les pas assez riches inaptes à supporter les pertes qu'ils subissent après avoir benoîtement fait confiance à des camelots de professionnels aussi nuls qu'opaques, mais rémunérés pour l'être. Les fameuses dérégulation et désintermédiation ont fait prospérer les camelots en tous genres.
Réponse de le 26/05/2013 à 13:51 :
Wouahhh !!!! Monsieur n'aime pas l'économie .......Comme à l'exemple du post de "la fourmi" ci-dessus, que demander à des personnes friandes des annonces de Tessier ou des horoscopes quotidiens.
Souvenez-vous, Mittérrand, président de la republique francaise, recueillait les conseils de Tessier.
a écrit le 24/05/2013 à 10:57 :
moi j'ecoute les conseils d'alain Pitous pour mes placements et d'elizabeth Tessier pour
gerer ma vie...
a écrit le 23/05/2013 à 19:44 :
Les grandes crises arrivent toujours là où on s'y attend le moins (dans l'espace et dans le temps) : bath thailandais (crise asiatique de 1997), start up Internet (2000) , attaque du WTC (2001), crédit subprime (2007-2008) (quoique pour les start up qui ne gagnaient rien et les crédits subprime qui était alloués à des personnes ne gagnant rien, on pouvait un peu s'en douter ...). Donc, pour la Bourse japonnaise, en hausse stratosphérique depuis moins d'un an, ce n'est pas le cas : le Japon est minutieusement suivie et tout le monde attendait une correction. D'un autre côté, les grandes crises arrivent quand les marchés se croient invincibles, soit savent qu'ils sont dans l'erreur, mais continuent encore et encore, poussé par l'appat du gain (puisque cela continue de monter). On y ait depuis plusieurs semaines aux USA. Ben Bernanke a dit qu'il devait commencer à sortir du QE et a prévu de partir avant la fin de l'année (il n'était pas au dernier G20 et ne sera pas à Jackson Hole, la réunion des grands argentiers de la planète). De plus, il aspire à du repos car il était déjà là en compagnon de Greenspan. Donc, il va avoir des changements (comme en Chine, mais là, on a pas les bons chiffres). Donc des périodes d'incertitudes et donc, de volatilité sont à prévoir. Entre la volatilité et le chaos, il y a souvent peu de chose. Comme on ne sait plus où investir, même en Chine : les entreprises sont en mauvaises états et surendettées, l'immobilier est trop cher, les obligations ne rapportent rien ...

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