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"Les marchés peuvent encore perdre 5% dans les prochains jours"

Propos recueillis par Jessica Dubois

Publié le 23 mai 2013 à 13:48

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Pour Alain Pitous, directeur adjoint des gestions d'Amundi, le marché japonais était sur-évalué par rapport à la situation économique réelle. Selon lui, les marchés actions ne devraient pas dépasser les points hauts atteints ces derniers jours.

La Tribune : Peut-on interpréter la chute du Nikkei de cette nuit et des indices européens depuis l'ouverture des marchés ce jeudi comme l'éclatement d'une bulle financière?

Alain Pitous, directeur adjoint des gestions d'Amundi : Au Japon, les marchés s'étaient apprécié de 50% depuis le début de l'année. Une partie de cette hausse est imputable à la politique accomodante de la banque centrale japonaise. Mais elle a été aussi amplifiée par le débouclage de produits structurés arrivant à échéance sur les marchés nippons qui ont conduit à des achats d'actions uniquement pour des raisons techniques.

Ensuite, a-t-on affaire à une bulle... Cela fait 25 ans que je travaille sur les marchés, je n'ai jamais véritablement disposé d'une définition satisfaisante de ce qu'est une bulle. Auparavant, les marchés japonais étaient probablement un peu sous-évalués par rapport aux autres marchés. Mais au regard de la situation économique actuelle, les actions sont certainement un peu chères. Le marché japonais est monté trop vite par rapport aux fondamentaux. Trop vite et trop fort.

Après une chute aussi violente, de -7,32% en une journée, il serait étonnant que cela se calme tout de suite. Le gouvernement doit encore mettre en place des réformes structurelles, qui n'auront un effet que plus tard sur l'économie. D'ici là, les marchés vont souffler. Pour que les marchés s'apprécient à nouveau, il faudra que d'abord que les réformes soient appliquées.

Ensuite, l'indice Nikkei a également réagi à des statistiques assez médiocres de l'économie chinoise. Enfin, et peut-être surtout, au fait que les taux longs japonais sont remontés à un niveau proche de 1%. Ils étaient à 0,35% il y a quelques semaines.

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La Tribune : Et ailleurs, en Europe et aux Etats-Unis ?

Alain Pitous : L'Europe reste engluée dans ses problèmes économiques. Le niveau du Cac 40, au delà des 4.000 points, s'explique en large part par le flux de liquidités qui s'est porté de préférence sur les actions. Par ailleurs, de nombreux investisseurs anticipant que l'économie se trouvera dans une meilleure situation l'an prochain préfèrent garder leurs actions.

Ce climat d'incertitudes s'est en fait installé mercredi soir aux Etats-Unis. Le gouverneur de la Fed, Ben Bernanke, a en effet déclaré qu'il ne pouvait pas reprendre les liquidités qu'il a injecté sur le marché sans que cela crée un risque sur l'économie et l'emploi. Or, dans le compte rendu de la réunion, certains membres du comité affirment qu'il faut réfléchir à la sortie... Tout cela n'est pas très rassurant. Mercredi soir, Wall Street a clôturé en baisse de 0,52%. Il s'agissait d'une petite prise de bénéfices du fait de ces incertitudes. Mais Ben Bernanke va poursuivre sa politique. Et s''il continue, le privé prendra le relais de la politique fédérale à un niveau suffisant pour que l'Etat puisse créduire ses déficits.

La Tribune : Les marchés peuvent-ils se redresser dans les jours ou les semaines à venir ?

Alain Pitous : Si l'inquiétude persiste, ils peuvent encore perdre 5% en quelques jours. Les investisseurs sont très nerveux en raison du risque lié aux niveaux élevés de marché. Il faut donc des signes fondamentaux assez forts pour prendre le relais (le secteur privé aux Etats-Unis, une politique commune en Europe...). Or ils n'apparaîtront pas tout de suite. Donc, à court terme, je ne vois pas les marchés repasser au-dessus des niveaux qu'ils avaient atteint. Une consolidation de 5% à 8% en dessous des points hauts atteints me semble le scénario possible.

Nous sommes entrés dans une zone d'incertitude et la situation apparaît plus fragile aujourd'hui qu'il y a quelques semaines. Et durant ces périodes de flottement, la moindre mauvaise nouvelle peut avoir des impacts extrêmement négatifs.

La Tribune : Doit-on y voir la fin des effets des politiques monétaires accommodantes sur les marchés ?

Alain Pitous : Elles ont en effet beaucoup joué. Car le choix de ces politiques signifie que les autorités cherchent à maintenir un certain niveau de croissance. En effet, avec l'afflux des liquidités qu'elles favorisent, les investisseurs se reportent sur des taux long puis des actions. Cependant, cet argent n'a pas encore eu les effets escomptés sur l'économie, alors que les marchés ont anticipé que c'était déjà partiellement fait. En résumé, les politiques monétaires continuent à avoir un effet, mais les banquiers centraux demandent aux marchés de ne pas s'emballer, et de se montrer patients.

Les Banques centrales continueront à mener des politiques monétaires accomodantes. Ils ont maintenu l'économie à bout de bras durant la crise, ils ne vont pas s'arrêter aujourd'hui.

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De leur côté, les investisseurs, qui ont connu de nombreuses périodes de stress au cours des années passées, ne supportent plus la moindre baisse, et ont tendance à sur-réagir pour ajuster leurs positions sur les marchés afin de sortir de cette zone d'inconfort actuelle.

Propos recueillis par Jessica Dubois

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