L’industrie bancaire sonne la charge contre le taux du Livret A

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La prochaine révision du taux du Livret A aura lieu dans moins de trois mois, le 1er août.
La prochaine révision du taux du Livret A aura lieu dans moins de trois mois, le 1er août. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Après le gouverneur de la Banque de France, c’est au tour du patron du Crédit agricole de fustiger le niveau de rémunération de l’épargne réglementée, qui constitue un frein au financement de l'économie.

Est-ce une forme de libération liée à son prochain départ à la retraite ? Toujours est-il que Jean-Paul Chifflet, directeur général de CASA - l'entité cotée du Crédit agricole -, ne s'est pas privé de dire tout le mal qu'il pensait de la rémunération de l'épargne réglementée, à l'occasion de la présentation des résultats trimestriels de la banque verte, le 6 mai. Evoquant "un sujet qui (lui) tient à cœur depuis plusieurs mois", le patron de CASA a fustigé une épargne réglementée (Livret A, Livret de Développement Durable (LDD), Plan d'Epargne Logement (PEL)...) qui "coûte trop cher (aux banques) et pénalise (donc) la France dans le financement de son économie. Notre pays privilégie l'épargne à l'investissement (des entreprises), c'est une erreur." Et pour réparer cette erreur, il n'y a pas 36 solutions, selon Jean-Paul Chifflet : "Il faut baisser le coût de cette épargne, sur le Livret A et sur les PEL."

Une prise de position qui pourrait a minima laisser perplexe l'épargnant lambda, voire provoquer son exaspération. En effet, la rémunération du Livret A avait été abaissée le 1er août 2014 à 1%, son plus bas niveau depuis la création du deuxième placement préféré des Français, en...1818. Une mesure jugée suffisamment impopulaire par le gouvernement pour que ce dernier ait décidé, le 1er février dernier, de maintenir cette rémunération à 1%, alors que le niveau quasi nul de l'inflation, sur la base de laquelle le taux du Livret A est calculé, aurait dû déboucher sur une nouvelle baisse de ce taux, à 0,25%. Afin de tenir compte de "la psychologie des épargnants", Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, avait proposé de couper la poire en deux, en suggérant de ramener le taux du Livret A à 0,75%.

Une gestion politique de la rémunération de l'épargne réglementée

Peine perdue, le gouvernement n'a rien voulu savoir, au grand dam de l'industrie bancaire. En effet, cette gestion éminemment politique de la rémunération de l'épargne réglementée rend les ressources des banques trop coûteuses, dans l'environnement actuel de taux d'intérêt très bas. Et ce, d'autant plus que, pour des raisons commerciales évidentes, les banques se voient contraintes d'aligner les rémunérations de leurs propres livrets sur celle du Livret A. Or, dès lors que les banques sont obligées de rémunérer des dépôts à 1%, il leur est difficile de ne pas répercuter ce taux sur le coût des crédits qu'elles accordent aux agents économiques. Au risque, sinon, d'un fléchissement de leurs marges d'intérêt.

LCL (ex-Crédit lyonnais) a ainsi accusé une baisse de 3,6% de son chiffre d'affaires, au premier trimestre, le maintien du taux du Livret A à 1% au lieu du taux théorique de 0,25% ayant dégradé la marge d'intérêt de cette filiale du Crédit agricole. Dans une étude publiée en janvier, le courtier Exane BNP Paribas estimait d'ailleurs que le Crédit agricole serait le premier bénéficiaire d'une baisse de 0,5 point du rendement du Livret A, baisse qui engendrerait un rebond de 1,7%, en moyenne, des revenus du métier de banque de détail en France.

un rendement à nul autre pareil en Europe

Autre produit d'épargne réglementée dans la ligne de mire des banques, le PEL. Certes, le gouvernement avait consenti en début d'année à ce que la rémunération des PEL ouverts à partir du 1er février 2015 soit ramenée de 2,5% à 2%. Mais "cette ressource demeurera chère pour le financement du logement", le taux moyen des crédits immobiliers n'excédant pas 2,36%, avait alors souligné la Fédération bancaire française (FBF). On le voit, la rémunération de l'épargne réglementée en France constitue un frein à la diminution du coût du financement de l'économie, en particulier des PME et du logement social, principaux domaines financés par le Livret A. Et ce, au moment même où la Banque centrale européenne (BCE) fait son possible pour relancer la croissance en Europe, avec, notamment, un loyer de l'argent en zone euro au plus bas niveau (0,05%) de son histoire depuis septembre 2014.

Une généreuse politique monétaire qui ne parvient pas à "se diffuser à l'ensemble de l'économie", en raison de la "rigidité des taux de l'épargne réglementée" en France, dont "le niveau élevé constitue une anomalie unique dans la zone euro", a redit Christian Noyer le 5 mai, lors de la présentation du rapport annuel de la Banque de France. "1%, c'est un niveau de rendement à nul autre pareil en Europe, pour un placement liquide et sans risque, c'est exorbitant", a renchéri Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale, le 6 mai, en présentant les résultats trimestriels de la banque. François Pérol, président du directoire de BPCE, abonde en ce sens : "Je connais peu de financiers et d'économistes qui ne partagent pas ce point de vue. Rémunérer l'épargne à vue au taux de 1%, net de fiscalité, est incohérent."  La prochaine révision du taux du Livret A aura lieu dans moins de trois mois, le 1er août.

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a écrit le 15/05/2015 à 18:13 :
Juste un petit point: les banques se financent aupres de la BCE a 0% environ et pretent aux usagers a 2.36......sur les prets immobiliers. Sans prendre en compte les assurances de pret astronomiques qu'elles pratiquent. Ne parlons pas des prets a la consommation: au minimum 4%, C'est juste de la marje brute. Il n'y a aucun problem avec l'epargne regelmentee.
a écrit le 14/05/2015 à 15:20 :
c'est curieux, à aucun moment dans votre article, vous ne parlez des rémuniérations scandaleusement élevées des dirigeants de banques, qui ont récement fait les titres de journaux : que ces beaux messieurs commencent donc déjà par diminuer leurs prélèvement sur l'argent que leur confient leurs clients.
A ce propos, les banques françaises ne rémunèrent pas l'argent des comptes courants et font payer les cartes bancaires, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays
a écrit le 12/05/2015 à 18:11 :
les banques ont voulu accéder au pactole du livret A qui leur assure une masse énorme de dépôts pour spéculer avec pour compte propre, et non pas pour financer l'économie .
si elles trouvent ce business non rémunérateur , qu'elles demandent au Gouvernement de ne plus distribuer ces livrets réglementés pour les laisser en exclusivité à la banque postale et à une caisse d'épargne publique .
j'entend un grand silence .... des patrons des banques françaises .
prochaine étape que la pression des citoyens fera aboutir : la séparation physique des banques de dépôt ( avec garantie d'Etat sur les avoirs des déposants ) et les banques "d'affaires " qui devront affronter les marchés sans bouée de sauvetage de garantie publique .
Réponse de le 12/05/2015 à 20:01 :
Tout à fait d'accord...de plus en maintenant la pression sur l'immobilier par leurs agences :Square,Immonord,Sedaf...le CA ne finance pas l'économie réelle!
a écrit le 12/05/2015 à 14:33 :
pourquoi les banques se plaignent-elles maintenant alors que ce sont elles qui ont oeuvré pour distribuer cette épargne réglementée, réservée à l'époque aux caisses d'épargne.
a écrit le 12/05/2015 à 13:36 :
tqui OERAeordire que ce livre est un placement ´securisé" t surtout sans frais, ni taxes à l sortie.
Eh benface à cela c'est dscutable pour les raisons suivantes :
1/ le taux de 1% pénalise l'épagant lus que entreprise cest en qelque sorte des "frais déguisés " car on ne rémunère pas équitablement le capital déposé
2/ pas de frais de sortie mais force est de voir que à 1% c'st un hold-up sur toute la durée
3 / le capital déposé entre dans le calcul de la succession
a écrit le 12/05/2015 à 13:12 :
A qui veulent ils faire croire qu'en baissant la remuneration du livret A à 0.75 voire 0.5 %, ça aura la moindre influence pour financer les entreprises !Qui peut croire un seul instant que les entreprises sont regardante à 0.25 ou 0.5 % pret pour leurs emprunts ?
a écrit le 12/05/2015 à 13:09 :
Ca n'empêchera pas toutes ces banques d'annoncer des MILLIARDS D'EUROS de bénéfices.
a écrit le 12/05/2015 à 13:07 :
Ben alors quoi....ces banquiers qui se battaient contre la poste et l'écureuil les seules qui avaient ce monopole. Voilà qu'ils ne trouvent pas cela aussi rentable que les paris spéculatifs? Zut et zut
a écrit le 12/05/2015 à 10:33 :
Un peu gonflé ces banques qui "gavent" leurs dirigeant et se plaignent du taux des livrets A des "sans dents".
a écrit le 12/05/2015 à 9:20 :
Ben voyons donc. Toujours à la pointe du progrés cette sympathique bande de petit roublards. Quand il y a du fric à se faire.
a écrit le 12/05/2015 à 9:14 :
L'industrie bancaire : quelle curieuse appellation !
Définition du Larousse pour Industrie : Ensemble des activités économiques qui produisent des biens matériels par la transformation et la mise en œuvre de matières premières.
Sachant que les désordres économiques liés aux "subprime" ont détruit/fragilisé une frange de l'activité industrielle et que les banques n'ont pas accordé les prêts nécessaires aux activités industrielles dans la période 2008/2010, s'il vous plait, un peu de décence !
Réponse de le 12/05/2015 à 9:50 :
Industrie ou système bancaire, pas d'importance. On peut aussi les appeler les joueurs de Casino avec l'argent des épargnants. CA, première banque systémique française (too big to fail.), avec plus faible taux de fonds propres par rapport aux actifs durs ...Et la rémunération des comptes courants, c'est pour quand ?
a écrit le 12/05/2015 à 9:07 :
Vous ne voulez plus de notre argent , Messieurs les banquiers, et bien il y a pleins de solutions pour vous éviter au maximum votre "pénibilité" pour la liquidité .
Au prochain effondrement , on aura moins à perdre, donc plus de chance ,pour vous, de couler.
a écrit le 12/05/2015 à 8:38 :
Lorsqu’une banque se finance auprès de la BCE à un taux de 1 pour cent et qu’elle préfère remettre ce financement à la même BCE à 0,75 je ne crois pas que les banques soient en position de donner des leçons pour la relance de l’économie. Lorsque la BCE rachète aux banques et assurances tous les mois les prêts des Etats cela laisse aux banques et autres une marge de manœuvre de financement bien au-delà des espoirs de l’économie. Les banques sont toujours avec la larme à l’œil mais lorsque l’on voit que les salariés en CDD sont dans des situations de blocage pour emprunter car les banques sont comme les politiques trop veillent en gouvernance pour relancer l’économie . Quelle banque proposera des prêts sur 20 ans qui tiennent compte de la situation d’un emprunteur en CDD toute sa vie ou une partie de sa vie quelle banque modulera les prêts en fonction des variations de salaires quelle banque osera les prêts non pas en fonction de dogme économique des 30 glorieuses!!! mais en fonction des réalités économiques, aucune car trop attachée à une forme de système fonctionnarisé de sa gestion des prêts aux privés y compris pour les TPE. Si les banques sont la clé de la croissance les banques françaises n’ont aucune ambition pour l’économie de notre pays. On oublie souvent que les banques après le politique qui lui dictent les lois le deuxième maillon le plus important pour l’économie mais en France les banques sont figées dans un système des années 50 pour l’économie intérieure. Dans l’affaire des subprimes les banques ont montré leur avidité pour faire de l’argent facile!!! sans trop regarder le produit qui leur a été « fourgué » et cela aussi a été payé par le client comme l’affaire Kerviel avec cette hypocrisie politico bancaire de sanctionner le maillon le plus faible car la banque une oie blanche?????? Enfin ne pas oublier que bien des banques après leur erreur sur les subprimes, plus les prêts très risqués aux Etats ceux sont désengagées des entreprises par la vente de leur portefeuille d’actions souvent laissé à des institutionnels étrangers. Alors une leçon de la part de cette archaïque institution est assez cocasse. Non ce n’est pas la rémunération des livrets A et autres qui est un frein ou un coût mais tout simplement par des banques qui n’ont pas comme le politique compris que le monde change, malgré tous le baratin qu’elle peuvent déverser pour faire croire qu’elles sont en phase avec l’économie du particulier et des TPE.
a écrit le 12/05/2015 à 8:04 :
c est un comble a croire que certains banquiers ont oublié qui les a sauvé lors de la crise de 2008/2009 : le contribuable ! et qui freine le crédit en particulier sur les crédits immobiliers , que chacun fasse le ménage devant sa banque avant de l ouvrir ça nous ferait des vacances .
Réponse de le 12/05/2015 à 8:37 :
Absolument d'accord! Tout est dit...

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