Fintech : Sharepay disparaît au profit des ambitions de Linxo dans les paiements

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(Crédits : Sharepay)
La Fintech Sharepay, dont la carte de paiement partagé se posait en alternative du compte joint, va fermer son service au mois de septembre. Ses équipes vont se concentrer sur le développement de la carte de paiement de l’agrégateur de comptes bancaires Linxo, qui avait mis la main sur Sharepay il y a un peu plus d’un an.

La Fintech Sharepay tire sa révérence. Née en avril 2014, puis rachetée quatre ans plus tard par Linxo, une autre Fintech française, elle a informé, le 31 juillet dernier, ses clients qu'elle mettrait fin à son service le 30 septembre prochain.

Fondée par David Finel et Jonas Braoudé puis soutenue à hauteur de 1 million d'euros par le fonds luxembourgeois Takara Capital et des business angels, la startup se targuait d'avoir mis au point une innovation mondiale. Sa carte permet de partager un paiement en temps réel, constituant ainsi pour un couple une alternative originale au fameux compte joint. Lors du paiement avec la carte Sharepay, le montant du ticket de caisse est directement réparti et débité sur les deux comptes bancaires sélectionnés. Plusieurs comptes peuvent être reliés à la carte, dans le cadre d'une colocation par exemple. Techniquement, le système s'immisce dans le processus d'autorisation bancaire en réalisant un contrôle en temps réel sur les différents comptes associés.

Un modèle coûteux et un défaut de notoriété

Fin 2017, la startup revendiquait 10.000 utilisateurs, mais elle n'a plus communiqué sur cette donnée depuis. Elle tirait la majeure partie de ses revenus de son offre d'abonnement facturé 4,90 euros par mois et par personne. Mais Sharepay, déficitaire, n'est pas parvenue à pérenniser son modèle économique, pénalisé par un modèle coûteux de débit sur carte bancaire.

De plus, la startup, en mal de notoriété, n'a finalement pas pu bénéficier d'un partenariat de distribution annoncé avec Hello bank!, qui lui aurait servi de véritable tremplin. Dans un email adressé à ses clients, la Fintech explique :

"Nous sommes arrivés au bout d'un cycle. L'expérience Sharepay repose sur un modèle coûteux de débit sur carte bancaire, que nous ne pouvons plus soutenir. Comme beaucoup de startups, nous avons parié sur l'avenir. Nous pensions parvenir à réduire nos frais. Malheureusement, les solutions alternatives ne sont pas encore assez matures pour être mises en œuvre. Nous sommes donc contraints d'arrêter le service."

Jonas Braoudé, devenu responsable des paiements chez Linxo, nous détaille le problème:

"Lors d'un paiement avec la carte Sharepay le paiement est débité et prélevé sur les cartes bancaires personnelles des participants. Le fait d'aller, systématiquement, débiter une ou plusieurs cartes est très coûteux, puisque nous payons des frais à chaque paiement sur chaque carte."

Consciente de ce travers, Sharepay prévoyait de faire évoluer son modèle en profitant de la nouvelle réglementation européenne relative aux paiements (DSP2) pour débiter le comptes des utilisateurs grâce à l'initiation de virement afin de réduire ses coûts. "Mais l'expérience qu'on aurait pu proposer n'était pas au niveau de l'expérience actuelle Sharepay", regrette l'entrepreneur.

Son savoir-faire technologique au service de Linxo

Sharepay, qui comptait cinq employés lors de son rachat par l'agrégateur de comptes bancaires Linxo, va désormais se concentrer sur le développement de la carte de paiement signée Linxo. En s'offrant Sharepay, cette autre Fintech parisienne, qui détient un agrément de paiement, a entamé sa mue vers un modèle de néobanque. Linxo va ainsi s'appuyer sur le savoir-faire de Sharepay pour développer un compte de paiement adossé à une carte bancaire Visa, dont le lancement est prévu en début d'année prochaine.

Linxo, qui compte 2,5 millions d'utilisateurs, entend notamment proposer une fonctionnalité d'initiation de paiement en temps réel, donnant la possibilité à un utilisateur de réaliser, depuis l'appli Linxo, un virement en temps réel d'un compte externe vers son compte Linxo. Pour développer son offre, la Fintech s'appuiera également sur Xpollens, une offre commune de Natixis Payments (BPCE) et de Visa, qui fournit des briques de services bancaires comme le propose la Fintech Treezor, détenue par Société Générale.

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