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Entreprises & FinanceIndustrie financière

Grève à la BCE : la banque centrale se défend

Propos recueillis par Romaric Godin, à Francfort.

Publié le 02 juillet 2009 à 23:33

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Gertrude Tumpel-Gugerell, membre du directoire de la BCE, en charge notamment des questions de personnel, répond aux critiques des syndicats sur la détérioration de la situation sociale.

Le 3 juin dernier, la BCE connaissait sa première grève. Mécontents du dialogue social au sein de la banque centrale, les salariés protestent depuis quelques mois contre le mode de gestion du personnel de la direction. La membre autrichienne du directoire de la BCE fait le point sur le climat social au sein de l'institution monétaire européenne.


La Tribune - La BCE vient de vivre sa première grève. Quelle est votre réaction ?

Gertrude Tumpel-Gugerell - La réforme du système de retraite a représenté une étape difficile, mais nécessaire, dans l'évolution des conditions de travail au sein de la BCE. Depuis deux ans, nous avons mené des discussions fréquentes avec les représentants des salariés sur ce thème, pas moins de 28 réunions ont eu lieu au cours des neuf derniers mois. Ces réflexions ont été menées très tôt et nous avons pris en compte des aménagements importants qui avaient été proposés par les salariés et leurs représentants au cours de ces rencontres qui ont été nombreuses. Le projet final a été considérablement modifié par rapport au projet initial.
Malgré tout, les représentants du personnel ont voulu, avec cette grève, mettre en avant leur souhait de dialoguer davantage avec la direction de l'entreprise. Nous avons signé avec le syndicat IPSO, voici un an, un accord organisant les relations sociales entre la direction et le syndicat. Cet accord, par lequel nous nous sommes engagés à mener des discussions et des consultations intensives avec le personnel, constitue la base du dialogue entre la BCE et IPSO. Nous avons totalement respecté notre engagement et je souhaite à présent une application totale et sincère de cet accord. J'espère que nous parviendrons à l'avenir à améliorer encore la communication dans le cadre de cet accord.


- Pourquoi les représentants du personnel ont-ils choisi la grève ?

- Ces derniers veulent plus de droits statutaires et de négociations. La direction de la banque est d'avis qu'elle doit opérer dans le cadre prévu par les statuts de la BCE. Et si nous pouvons mener des consultations étroites et approfondies, nous ne pouvons pas aller au-delà de ce qui est prévu par le traité de Maastricht.


- Ce traité vous donne le statut de législateur du travail et d'employeur. En tant qu'employeur, ne pouvez-vous pas concéder des cadres fixes de négociations ?

- Nous évoluons dans un cadre européen, c'est-à-dire dans un cadre juridique respectant totalement les principes généraux du droit et tenant compte des règles s'appliquant aux institutions européennes. Chaque mesure que nous prenons dans le domaine du personnel doit être discutée en détail et très tôt avec les représentants des salariés. Ce type de relations entre employeurs et employés existe également dans d'autres institutions européennes. Et il est possible de contester les décisions prises en suivant les procédures prévues par le droit européen.


- Aujourd'hui, la participation des salariés est une méthode qui semble normale dans la plupart des entreprises européennes. N'est pas malsain de n'en passer que par des conflits juridiques ou des recours ?

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- Chaque pays a son propre droit du travail. Nous avons, quant à nous, une culture d'entreprise qui prévoit des discussions et consultations avec les salariés sur les décisions concernant le personnel. Et c'est volontairement que nous avons signé l'accord reconnaissant le syndicat IPSO il y a un an. Nous sommes totalement ouverts à des discussions et consultations intensives.


- Le directoire de la BCE est-il prêt aujourd'hui à proposer un changement de statut ou de méthode ?

- Le directoire de la BCE considère, de façon unanime, que l'on doit utiliser le cadre légal existant pour développer une culture du dialogue qui donnera aux salariés l'assurance qu'ils ont été suffisamment écoutés. Mais dans chaque entreprise, il y a, de temps à autres, des décisions nécessaires qui doivent être prises et qui nécessitent des décisions qui ne sont pas toujours faciles et, le cas échéant, des efforts équilibrés de la part de tous, direction et salariés, pour tenir compte de la réalité. Cela a été le cas de la réforme des retraites.


- Cette réforme était absolument nécessaire ?

Oui et pour deux raisons : l'augmentation de l'espérance de vie et la baisse des taux d'intérêt à long terme qui avaient été utilisés pour l'élaboration du plan de retraite précédent. De plus, nous souhaitions apporter des modifications aux conditions de départs en retraite anticipée.


- Malgré tout, considérez-vous encore que les avantages des employés de la BCE restent attractifs ?

- Fondamentalement, nous avons des conditions de travail attractives. Nous souhaitons qu'elles le restent et que nos salariés, dont le travail a été remarquable dans la crise, puissent travailler dans une atmosphère sereine.


- Le syndicat IPSO évoque du harcèlement, des pressions, des conditions de travail dégradées.... En avez-vous eu connaissance ?

- Non. Ni harcèlement, ni pressions d'aucune sorte. Les salariés de la BCE ont fait un travail remarquable dans les circonstances exceptionnelles de la crise financière et ceci a été visible.


En termes d'image, le directoire peut-il se permettre une poursuite de la grève ?

Nous prenons au sérieux les demandes et préoccupations des salariés et nous souhaitons traiter ces demandes dans nos discussions internes. Nous avons d'ailleurs des échanges réguliers avec les représentants du personnel et, je le répète, nous sommes prêts à des discussions et consultations ouvertes.


- Quelles propositions aujourd'hui êtes-vous concrètement prête à faire aux syndicats ?

- Celles de poursuivre nos discussions et d'améliorer notre dialogue mutuel, dans le cadre de l'accord que nous avons tous signé.


- Peut-on imaginer que ce dialogue prenne place dans un cadre concret et régulier ?

- Tout à fait, mais dans le cadre légal qui est le nôtre. L'accord signé l'an passé est pour nous la base de nos futures discussions avec le syndicat. Il existe également un comité du personnel [Staff Committee], élu par l'ensemble des salariés, avec lequel nous discutons et que nous consultons de manière régulière.

- Une des critiques portent sur la transparence des décisions prises. Le directoire est-il prêt à rendre public ses discussions sur les sujets concernant le personnel ?

- Il n'y a aucun secret dans les discussions, tous les arguments sont mis sur la table. Par ailleurs, avant que ne soient engagées des consultations formelles, il existe une phase d'information préalable des représentants du personnel concernant nos décisions sur les ressources humaines.


- Ce problème est-il important pour le président Trichet ?

- Pour Jean-Claude Trichet, comme pour l'ensemble des membres du directoire et du Conseil des Gouverneurs, il est très important de pouvoir dialoguer au sein de l'institution de manière sereine et dans un climat de confiance mutuelle.

Propos recueillis par Romaric Godin, à Francfort.

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