La place de Paris appelle les candidats à l'Elysée à croire en la Bourse

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Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace. Photo : Reuters
Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace. Photo : Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
L'association de lobbying Paris Europlace vient de faire 20 propositions dans un livre blanc à destination des candidats à la présidentielle. L'enjeu est de taille : permettre aux entreprises de mieux se financer sur les marchés alors que les crédits bancaires sont plus difficiles à obtenir. Pour permettre aux valeurs moyennes d'accéder à la Bourse, Paris Europlace est favorable à l'arrivée du London Stock Exchange en France aux côtés ou en concurrence avec Nyse Euronext.

Depuis la crise des subprimes de 2007, la finance n'a plus vraiment la cote tant auprès des particuliers que des politiques qui ne cessent de stigmatiser ce secteur d'activité. Avec pour corrolaire une fiscalité de moins en moins accommodante pour les détenteurs d'actions et une désertion des épargnants de tous les produits boursiers. Soit une très mauvaise nouvelle pour toutes les entreprises quelle que soit leur taille.
Soucieuse d'inverser cette tendance et de redorer le blason tant de la Bourse que de la finance dans son ensemble, l'association de place Paris Europlace, sous la houlette de son président, Gérard Mestrallet, vient de publier un livre blanc à destination des candidats à la présidence de la République. Livre blanc assorti de 20 propositions destinées à « relancer le financement de l'économie et la croissance durable, et conforter la position internationale de la place de Paris ».

La mauvaise image de la finance

Le candidat socialiste François Hollande avait certes donné le ton dès le début de sa campagne en se déclarant l'adversaire de la finance. Propos qu'il a atténué par la suite mais que le candidat Nicolas Sarkozy a pourtant quasiment confirmé en s'attaquant lui aussi aux banques quelques jours plus tard. Il faut dire que certains acteurs de cette filière ne font rien pour susciter l'empathie. Aujourd'hui encore, on apprenait que le patron de la Deutsche Bank s'était octroyé 6,3 millions d'euros de revenus au titre de 2011. Des émoluments hors normes qui font tâche d'huile au moment où le chômage fait rage en Europe.
Le redressement de la filière financière est d'autant plus primordial qu'elle constitue à ce jour, le quatrième employeur national avec plus d'un million de salariés et 30.000 embauches par an, soit plus que le secteur automobile. De même, les dernières statistiques démontrent l'insuffisance de l'épargne orientée vers le financement des entreprises et de l'économie. Sur le taux global d'épargne des ménages français de 16%, 6,9% sont placés en produits financiers, 9% revenant à l'immobilier. Du coup, les sociétés ont de plus en plus de mal à trouver des financements pour leur développement et leurs investissements, leur sort étant largement entre les mains des banques, lesquelles subissent de telles pressions conjoncturelles et prudentielles qu'elles ne peuvent plus apporter les mêmes niveaux de fonds propres qu'auparavant. Comme en témoigne les derniers chiffres publiés par la Banque de France : Au niveau des flux nets de financement des entreprises françaises, 65% (248 milliards d'euros) proviennent des emprunts bancaires, 32% des titres de créances (121 milliards), seuls 3% (10 milliards) provenant des actions. Et parmi les pays ayant le plus réduit la manne des crédits aux sociétés, l'Espagne arrive largement en tête, suivie par l'Italie qui, il est vrai, avait connu les taux de croissance les plus élevés par le passé. La France affiche un profil plutôt stable depuis juillet 2011 après une croissance ininterrompue depuis début 2011.

Il est urgent d'agir en faveur des entreprises

Dans ce contexte, il est effectivement « urgent d'agir en faveur des entreprises et surtout des PME très largement tributaires des crédits bancaires », a martelé mardi matin Gérard Mestrallet. D'où les propositions élaborées avec toutes les grandes associations de la place (AFG, AFIC, AMAFI, FFSA, FBF et MEDEF).
Celles-ci tournent autour de 5 axes d'actions prioritaires : développer les placements longs terme, relancer le financement des PME, conforter les banques dans leur rôle du financement de l'économie, accélérer les développements de la finance durable et enfin accroître l'action européenne et internationale.

Pour développer les placements long terme, les auteurs du livre blanc recommandent surtout de se concentrer sur l'assurance-vie, de manière à relancer cette machine de guerre qui jusqu'à présent avait largement séduit les Français (l'encours actuel est encore de 1.400 milliards d'euros). Avant que les incertitudes de la zone euro ne poussent nombre d'épargnants à vendre une partie de leurs contrats ou à placer leurs excédents sur d'autres vecteurs. Dans le même sens, ils plaident pour un assouplissement des conditions de souscription du PERCO, cette enveloppe fiscale élaborée pour se constituer une épargne retraite au sein de son entreprise avec un système optionnel d'abondement de la société. Côté actions, l'association de Place ne réclame aucun coup de pouce fiscal, consciente des contraintes budgétaires actuelles. En revanche, elle souhaite que cette classe d'actifs profite de la clause fiscale la plus avantageuse. Ce qui est loin d'être le cas actuellement, surtout après le rétablissement de l'impôt de Bourse sur les actions, qu'a fait voter Nicolas Sarkozy en février. Paris sera-t-elle la seule à revenir cinq ans en arrière, alors que les Européens ont clairement renoncé à se mettre d'accord sur un tel projet ?

Le LSE est le bienvenu pour aider les valeurs moyennes

Pour relancer le financement des PME, Paris Europlace milite pour un redressement du capital investissement, particulièrement mis à mal ces trois dernières années. L'accès à la Bourse doit également être facilité. Un enjeu dont s'est déjà emparé la place de Paris via le rapport Giami/Rameix, récemment rendu public. Ce rapport, très critique sur les pratiques de Nyse-Euronext préconise la filialisation du compartiment dédié aux valeurs moyennes, avec l'entrée de la Caisse des Dépôts (CDC) au capital de cette nouvelle entité. Les auteurs du rapport ne voient d'ailleurs pas d'un mauvais oeil la possible arrivée de la Bourse londonienne, le LSE, qui pourrait soit s'associer à cette filiale, soit être partie prenante au sein d'une structure créée ex-nihilo sur le même modèle que l'AIM britannique, consacré aux petites et moyennes valeurs. "Toute initiative susceptible de faciliter le financement des entreprises est bonne à prendre. La place de Paris est ouverte à toutes propositions allant dans le bon sens" a commenté Gérard Mestrallet réagissant à la perspective de l'arrivée éventuelle du LSE.
Quant au rôle des banques, le patron de Paris Europlace va dans le sens du discours déjà prodigué par l'ensemble du secteur bancaire français : le modèle de la banque universelle est le seul susceptible d'endiguer toute crise systémique, il faut donc le préserver. Face au développement des activités de financements alternatifs, le "shadow banking", il recommande parallèlement une harmonisation des régulations, de manière à pouvoir contrecarrer toute initiative anti-concurrentielle mais aussi des pratiques pas toujours très transparentes. D'où son souhait de voir émerger une meilleure convergence des régulations européenne mais aussi américaine et ce, dans le cadre de la mise en oeuvre des deux mammouths que sont sont Bâle III pour les banques et Solvency II pour les compagnies d'assurance.

Pistes de réflexion pour les candidats à la présidentielle

Globalement, ces 20 propositions n'entrent pas dans le détail. "Ce que nous voulons, c'est lancer des pistes de réflexion pour les différents candidats. Notre objectif est d'encourager l'épargne à risque mais aussi de long terme. Et ce n'est pas en fiscalisant toujours plus les produits actions, que les entreprises pourront compter sur un nombre croissant d'investisseurs. A titre personnel, je suis d'ailleurs favorable à l'élargissement du plafond du PEA", a déclaré Gérard Mestrallet. Et ce, en réponse au projet de François Hollande de doubler le plafond du livret A. Proposition qui ne séduit certes pas Paris Europlace. A voir maintenant ce qu'en fera le futur président de la République.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2012 à 10:59 :
j'avais oublié cette citation de circonsntance : « Les économistes ont raison, disait un homme de Bourse : le capital est du travail accumulé. Seulement, comme on ne peut pas tout faire, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent. »
de Auguste Detoeuf
a écrit le 21/03/2012 à 23:14 :
comment voulez vous que des petits actionnaires fassent encore confiance à la bourse quand le president de la republique lui meme à critiqué les actionnaires apres avoir dit en 2007 que c'etait patriotique d'acheter des actions.
de plus quand on vous prive de dividendes alors meme que la société fait encore des bénéfices et que la société fait en plus une augmentation de capital et que vous n'avez plus les moyens d'y participer,vous vous retrouvez laminé.
a écrit le 21/03/2012 à 19:47 :
Le petit investisseur a cru en la bourse. Mais ce n'est pas pour nous. Les pertes colossale de ceux qui ont cru se faire un petit pécule pour leurs vieux jours n?alimenteront plus le fond de roulement des entreprises.
a écrit le 21/03/2012 à 16:45 :
Curieux que ce petit monde se pose seulement maintenant des questions existentielles... Il aurait été préférable qu'ils engage une réflexion il y a quelques années en arrière ! A partir du moment ou le commun des mortel comme moi a constaté que la SGV + APDADS (= Spéculation à Grande Vitesse + Actif Pourri Déguisé en Affaire du Siècle) a eu pour conséquence d'en faire systématiquement le didon de la farce, je ne vois pas bien ce qui pourrait lui redonner la moindre envie de se faire spolier une fois de plus... Enfin, on sait aujourd'hui se qu'il en est de certains arbitrages de nombreuses sociétés qui se sont financées sur les marchés et les conséquences sur les tissus industriels et les emplois qui allaient avec... Chat échaudé craint l'eau froide !
a écrit le 21/03/2012 à 14:00 :
la Bourse est devenue un champ de course.
On pari à qui mieux mieux,avec des gains aussi aléatoire quà Chantilly.
résultat,le petit porteur disparait,car ce n'est plus son monde.
commencez par moraliser les systèmes de cotation et là reside la solution de l'appui aux PME/PMI/Gds Groupes;
Réponse de le 21/03/2012 à 15:26 :
A Beta,
Vous avez oublié les fonds de pension US,les investisseurs etrangers,comme le Qatar,qui font avec les Hedges fonds,une spéculation,qui est à la remorque de Wallstreet;
et puis l'etat Français qui sans rien faire,encaisse le produit des efforts des actionnnaires.et Ils veulent attirer les Chinois à Chateauroux et en Alsace,On reve;
a écrit le 21/03/2012 à 13:49 :
"conforter les banques dans leur rôle du financement de l'économie" pitier ne jouer pas sans nous. Rendez nous indispenssable. Oui on a tué 10ans de croissance economique par notre seul faute mais on veut rester indispenssable.
a écrit le 21/03/2012 à 13:43 :
Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front : l?argent, monnaie d?échange, ne peut être que le produit du travail physique, pour le moins tant que cet aphorisme sera prêché et sacralisé. Faire travailler le capital, voire faire du commerce, est mal perçu, honteux, pour plusieurs religions et civilisations qui en découlent ainsi que pour de nombreux partis politiques.
Promouvoir le crédit et le commerce de l?argent se heurte d?abord à ce sentiment d?opposition travail/capital, sentiment exacerbé par la crise financière et ses abus.
Les propositions d?action dans 5 axes prioritaires :
1- Développer les placements longs terme,
2- Relancer le financement des PME,
3- Conforter les banques dans leur rôle du financement de l'économie,
4- Accélérer les développements de la finance durable,
5- Accroître l'action européenne et internationale.
sont des actions techniques vouées à l?échec si elles ne sont pas précédées d?une moralisation, d?une juste régulation du commerce de l?argent : il faut réhabiliter un libéralisme social pour remplacer l?ultra libéralisme et ses excès.
Le capitalisme vécu s?est condamné lui-même, il est mort.
a écrit le 21/03/2012 à 11:11 :
Un Yuan adossé à l?or physique

L?ogre chinois cherche-t-il vraiment à faire de son yuan la future monnaie de référence et d?échange internationale ? Mettez-vous à sa place. Ne serait-ce pas ce que vous feriez pour assoir votre puissance politique et économique ? Assurément. D?où l?internationalisation et la libéralisation progressive de sa monnaie depuis des mois déjà. D?où aussi cette idée d?adosser le yuan à une gigantesque réserve d?or physique pour en garantir sa solidité et sa crédibilité. « Le Franc Suisse est mort, vive le Yuan »?

Le roi dollar et toutes les monnaies papier « qu?on imprime ex-nihilo» à grands coups de planche à billets seront détrônés par le Yuan. Et l?Empire Chinois retrouvera alors grandeur et hégémonie d?antan. Le yuan, investissement de la décennie ? Voilà un bon bout de temps que j?en suis convaincu? Achetez de l'or vite !!
Réponse de le 21/03/2012 à 13:43 :
argent = papier, or = thungstene
a écrit le 21/03/2012 à 10:51 :
L effondrement en cours du système est bien réel et laissera place à ce qu il n aurait jamais du cesser d être : un système de monnaie convertible en actifs tangibles rendant impossible toute création monétaire exponentielle que nous payons tous indirectement via une inflation détruisant le pouvoir d?achat des monnaies.
L'or est cet actif intangible et millénaire, il retrouvera sa place avec une monnaie étalonnée à l'or, comme avant 1971, et l'accord mafieux entre les banques et les états pour la mise en place de leurs fausses monnaies que sont l'euro et le dollar us.
Achetez de l'or vite !!
a écrit le 21/03/2012 à 9:13 :
irresponsabilité des politiques qui n'ont pas compris que garder l'argent en France, et avoir des politiques incitatives pour les étrangers allaient être déterminants dans les dix ans qui viennent, notamment prenant en considération nos problèmes de dettes publiques. la place de Paris est 22 ième mondiale je crois, Frankfort pas franchement mieux; il n'existe plus de place "zone euro" d'importance ce qui est dramatique. Tout se fait à Londres, Singapour, HK et NY..;
a écrit le 21/03/2012 à 8:31 :
Que l'on nationalise
Réponse de le 21/03/2012 à 10:47 :
On connait ça s'appelle le communisme. Corée du Nord et Cuba ont ils une place financière digne de ce nom ? Meme pas une monsieur le collectiviste bolchévique.
Réponse de le 21/03/2012 à 12:41 :
Nationaliser revient à placer le Président de la République à la tête de l'entreprise... Il n'est pas fait pour ça, et le résultat est en général catastrophique (Crédit Lyonnais...)
a écrit le 21/03/2012 à 1:59 :
faudrait peut etre donner acces a chacun aux obligations des entreprises , par tranche de 1000 euro (et non de 50 000 euros)...ce que font les allemands - sans commission a un "conseiller financier" - et avec une info complete des obligs qui existent en france ET ailleurs.

et retablir un montant de 12000 euros min - non taxables- pour les petits epargnants...pour ameliorer leur pension

il me semble que Christine Lagarde avait bien promis un acces "ouvert" aux petits epargnants!

En ce moment , avec la nouvelle fiscalite,en plus des risques,ca ne fait pas grand sens d'investir en bourse ,meme en obligations...sauf pour ceux qui ont un bon montant ou qui arrivent a le faire a l'interieur d'une enveloppe assurance-vie...encore faut-il que l'assureur le permette...et que les frais ne bouffent pas la moitie du rendement!!!

a écrit le 20/03/2012 à 23:55 :
La banque universelle.. à la française.. c'était l'excuse entendue à l'époque utilisée dans les années 90 pour faire fusionner aux états-unis les banques de dépôts et d'investissements, parce que soit-disant les banques françaises marchaient super bien.
La banque universelle, c'est surtout, non seulement de gros bonus pour le staff, mais l'assurance qu'en cas de pertes, l'état viendra sauver tout le monde, pour sauver les dépôts des gens. Bref, ce pousse au crime doit être endigué en séparant banques de dépôts et d'investissements, et si une banque coule car elle a déliré avec l'effet de levier et le risque, qu'elle coule toute seule, et n'entraîne pas l'économie avec elle, ni l'endettement de l'état.
Le marché fait des hauts et des bas, mais si certains gagnent quand ça monte(en bonus) et quand ça baisse( renflouement par l'état), il n'y a plus de concurrence, de risque, d'équité, et de morale, nous ne sommes plus donc dans un système libéral mais un système de captation des impôts vers quelques intérêts privés.
D'ailleurs, tout à chacun s'accordait à dire en 2008, que s'il fallait recommencer le sauvetage des banques, l'état ne pourrait plus intervenir vu la taille des sommes en jeu, et donc il vaut mieux prévenir que guérir.
a écrit le 20/03/2012 à 21:11 :
Entre la bourse qui ne finance presque plus les entreprises, les banques qui réduisent leurs moyens sous contrainte et les capitaux privés qui fuient le pays pour éviter l'assassinat fiscal, les entreprises locales vont déguster. Il n'y aura bientôt plus que les financements publics : entrepreneurs, apprenez à flatter vos nouveaux maîtres tout puissant si vous voulez survivre.
a écrit le 20/03/2012 à 19:23 :
La place de Paris appelle les candidats a croire en la bourse ... Dans le meme temps les Francais desertent la bourse .. Combien de Francais qui ont achete des actions ( eurotunnel , France telecom , EDF , etc ...) sur les conseils de leurs banquiers et qui ont perdu la majeure partie de leur "investissement" ? Bien sur on ne peut pas gagner a tous les coups .. Mais depuis quelques annees , ne pas perdre devient un veritable defi pour les petits porteurs . Quand , dans le meme temps , d'autres qui courrent les CA armes de jetons de presence , ne perdent que tres rarement ..
a écrit le 20/03/2012 à 19:12 :
Croire. En effet. Pour une fois, du factuel fait un grand bol d'air.

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