Agence de notation européenne : une mise en place laborieuse

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Le cabinet de conseil allemand Roland Berger a finalement trouvé les fonds nécessaires au lancement d'une agence de notation alternative, mais son projet soulève toujours un enthousiasme limité.

Le projet d'agence de notation européenne porté par le cabinet de conseil allemand Roland Berger est à nouveau sur les rails. « Après d'intenses négociations menées à travers l'Europe, plusieurs sociétés financières ont accepté de soutenir la mise en place d'une agence de notation européenne à vocation mondiale », a déclaré Markus Krall, l'associé du Roland Berger appelé à devenir le président de la nouvelle entité. La fondation à but non lucratif, destinée à chapeauter la nouvelle agence serait créée en juin et les premières notes pourraient être attribuées en 2013.

Un financement laborieux
Tout ne se passe pas aussi bien que prévu. A l'origine, le cabinet de conseil avait chiffré à 300 millions d'euros le capital nécessaire pour lancer le projet. Pour l'instant, il n'a réussi à arracher que 130 millions d'euros de promesses (sans valeur juridique) à 13 investisseurs. Interrogé par la presse, Markus Kraal s'est voulu rassurant. « Nous pouvons commencer avec quelque 150 millions d'euros et réunir le reliquat d'ici un à deux ans », a-t-il expliqué au Financial Times Deutschland.

Le gouvernement allemand soutient le projet
Le cabinet de conseil, qui a travaillé avec les administrations Schröder puis Merkel, peut au moins se prévaloir du soutien du gouvernement allemand. Il y a seulement deux semaines, l'agence de notation alternative défendue par Roland Berger était quasiment donnée pour morte, la presse allemande ayant rapporté que le cabinet était sur le point de renoncer. Le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, avait alors estimé qu'il serait « regrettable » que le projet n'aboutisse pas et une nouvelle fois appelé à « plus de concurrence » sur le marché des agences de notation.

Roland Berger a renoncé à inverser le modèle de rémunération
Reste à savoir ce qu'il restera du projet initial. Déjà, Roland Berger a dû renoncer à son modèle alternatif. Au départ, il prévoyait de faire payer, non pas les entreprises souhaitant se faire noter (comme les agences traditionnelles), mais les investisseurs désireux d'utiliser les nouveaux ratings. Cela a été jugé peu réaliste. De plus, il lui a été opposé qu'un tel modèle n'apportait pas de réelle solution aux problèmes de conflits d'intérêt. En effet, si les émetteurs ont intérêt à avoir une note la plus élevée possible, les investisseurs, à l'inverse, gagnent à investir dans des titres affublés d'une mauvaise note, car ceux-ci offriront généralement un rendement supérieur.

Le projet soulève un enthousiasme limité
Le principal problème est sans doute que l'enthousiasme autour du projet reste très limité. En témoignent les réticences des partenaires financiers de Roland Berger à mettre au pot. Les institutions financières travaillent main dans la main avec les trois grosses agences de notation depuis des années et elles ont intégré leur fonctionnement. Elles ont peu à gagner de l'arrivée d'un acteur dont la crédibilité n'est pas encore établie. De même, la plupart des fédérations patronales européennes reconnaissent se satisfaire de la situation actuelle. La fédération de l'industrie allemande (BDI) a ainsi estimé qu'il serait dangereux de changer « un système qui fonctionne bien ». Quant au cabinet de conseil, il se montre lui-même plutôt tiède et il ne cherche pas à cacher ses doutes. Au cours des derniers mois, il a plusieurs fois évoqué la possibilité d'un échec du projet...
 

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