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Grèce : les banques restent sous haute pression

Angélique Kourounis, à Athènes.

Publié le 21 mai 2012 à 09:52

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Pas de panique aux guichets bancaires en Grèce. Mais la situation reste tendue pour les banques du pays après la dégradation de cinq d'entre elles par l'agence de notation Fitch, dans la perspective des élections du 17 juin qui pourraient voir la victoire du parti anti-austérité.

Malgré les rumeurs persistantes d'un vent de panique qui règnerait en Grèce, il n'y avait pas à Athènes en fin de semaine dernière de pugilat devant les banques. Les grecs ne faisaient pas la queue devant les distributeurs pour vider leur compte. Les mouvements étaient normaux pour un vendredi après-midi ou la plupart des gens se préparent soit aux grandes coursesdu week en, soit à faire à fête. Tous retiraient des petites sommes allant de 20 à 500 euros pour les plus fortunés.


Pas de panique, les cartes de crédit fonctionnent
De même pour les cartes de crédit qui était normalement reçues dans les magasins et les distributeurs. « Si panique il y a, souligne Kostas, un cadre bancaire, c'est chez ceux qui redoutent que le pays en bascule à gauches toute, aux prochaines élections ». Pour cet homme qui travaille dans l'une des banques privées les plus prestigieuses du pays, «si les journalistes arrêtaient de raconter n'importe quoi afin de pousser les gens à voter plus conservateur qu'ils ne s'apprêtent à le faire on n'en serait pas là !»

Depuis le résultat des élections du 6 mai dernier, les déclarations alarmistes voire menaçantes se succèdent en effet à un rythme soutenu que ce soit en provenance des capitales européennes, Berlin en tête, ou de la Commission européenne. Les déclarations parlent toutes ouvertement désormais d'une sortie de la Grèce de la zone euro comme d'un scénario des plus probables.

Mais les dépôts fondent, les retraits augmentent
Les chiffres sont cependant indéniables. De l'aveu même du président de la république Carolos Papoulias, les dépôts des particuliers et des entreprises ont fondu de 800 millions d'euros en une seule journée. Des montants confirmés par le gouverneur de la Banque de Grèce qui s'ajoutent aux retraits constants depuis que la crise a éclaté. Pour M. Maginas de la Banque de Grèce, compte tenu de la situation politique du pays ce n'est guère surprenant. « Nous avons vécu ces derniers deux années, plusieurs vagues d'inquiétude notamment avec le premier mémorandum d'austérité en mai 2010, puis en novembre dernier, puis les deux premiers mois de cette année, jusqu'à ce qu'on tombe d'accord sur l'ensemble du programme d'austérité. Nous avions d'importants écoulements, en matière d'actifs, de 5 milliards sur une base mensuelle. Il est évident que le résultat des élections crée à nouveau un climat d'incertitudes identique », explique-t-il.

Environ 30% des retraits seraient partis à l'étranger
Pour autant, cet argent qui a disparu des caisses n'est pas passé en totalité à l'étranger. « D'après les premières estimations les retraits actuels ne sont pas aussi importants que ceux en début de l'année. Les dépôts des particuliers ont baissé de 10 milliards pendant les deux premiers mois de l'année. Et ils ont augmenté à nouveau de 1,5 milliard au mois de mars après le succès de l'opération PSI [échange des anciennes obligations souveraines détenues par le secteur privé, NDLR] donc la baisse nette a été de 8,5 milliards. Mais, cela ne veut pas dire que ces capitaux se sont envolés. D'après les éléments que nous avons, à peu près 30% sont partis à l'étranger. Il est possible qu'ils les gardent chez eux ou dans des coffres à la banques », ajoute M. Maginas.

De son côté également, Dimitris Masousis, d'Alpha Bank, se veut rassurant, « nous n'avons pas encore tous les chiffres, dit-il, mais il semble bien, qu'en avril, on ait une hausse des dépôts d'environ un milliard d'euros". En parallèle, les rentrées fiscales qui baissaient de -35% depuis le début de l'année, enregistrent une baisse de -15% depuis début mai.

Les dépôts restent supérieurs aujourd'hui à ceux de 2005 ou de 2001
Selon le site internet de la Banque Nationale grecque, au 31 mars 2012, les dépôts des particuliers et des entreprises s'élevaient à 165,35 milliards d'euros contre 237,53 milliards à fin décembre 2009, la veille de l'éclatement de la crise de la dette. Ils restent supérieurs à leur niveau du milieu de la décennie passée - aussi appelée la décennie d'or - ou l'argent et les prêts coulaient à flots (136,9 milliards d'euros en janvier 2005). Et bien au-dessus des niveaux de janvier 2001, au moment de la création de l'euro, où la Banque centrale ne comptait que 116,4 milliards de dépôts.


Fitch a dégradé la notation de 5 banques à CCC

Le problème n'est donc pas les réserves des banques grecques, mais leur fragilité au regard du contexte international. D'autant que les partis grecs ont interdit au gouvernement intérimaire de donner aux banques les 18 milliards qui devaient servir à leur recapitalisation. Or, jusqu'à présent, "la Banque de Grèce et la Banque centrale européenne ont continué à fournir des liquidités d'urgence qui ont compensé les sorties de dépôts du système bancaire (grec) à ce jour" remarque l'agence de notation Fitch. Elle a dégradé vendredi 18 mai la note de cinq banques grecques à « CCC » contre « B -» auparavant, faisant observer que, ces cinq banques auraient fait faillite sans soutien extérieur.
La question de savoir, d'ici les prochaines élections, quelles conditions la Banque centrale européenne (BCE) posera pour garantir la liquidité des banques grecques est donc très importante. Elle a en effet indiqué, mercredi 16 mai, avoir cessé de fournir des liquidités à certaines banques grecques en raison de leur sous-capitalisation.

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L'éventualité d'une victoire du parti anti-austérité ravive les inquiétudes
La montée du parti de gauche anti-austérité Syriza, arrivé deuxième derrière le conservateurs de la Nouvelle-Démocratie, en quadruplant son score depuis les dernières législatives de 2009 euro, alimente les inquiétudes. Selon la plupart des sondages en effet, le Syriza arriverait en tête aux prochaines élections le 17 juin. Or, si le gouvernement issu de ces élections ne poursuit pas le programme d'austérité budgétaire et de réformes structurelles du Fonds monétaire international et de l'Union européenne, « une sortie de la Grèce de l'Union économique et monétaire serait probable et cela pourrait entraîner un retrait du soutien international aux banques grecques », estime Fitch. Avec comme résultat prévisible, selon l'agence, des défauts de paiement en série dans le secteur privé et sur des obligations souveraines libellées en euro.

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Angélique Kourounis, à Athènes.

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