Affaire Kerviel : « Il faut distinguer arène médiatique et arène judiciaire. »

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Patricia Chapelotte, auteure de De Kerviel à Clearstream. L'art de communiquer lors des grands procès / Photo Eric Cazalot
Patricia Chapelotte, auteure de "De Kerviel à Clearstream. L'art de communiquer lors des grands procès" / Photo Eric Cazalot
Ancienne conseillère en communication de Dominique Perben, garde des Sceaux, Patricia Chapelotte est aujourd'hui présidente de l'agence de communication Albera Conseil. Elle a accompagné Jean-Louis Gergorin et Jérôme Kerviel lors de leurs procès respectifs, et publie De Kerviel à Clearstream. L'art de communiquer lors des grands procès (Eyrolles, 2012). Voici son témoignage...

« Il faut laisser justice se faire et ne pas essayer de l'influencer. Il ne faut pas confondre stratégie de défense et stratégie de communication, arène médiatique et arène judiciaire. J'ai commencé à être en désaccord avec Jérôme Kerviel quand il m'a dit qu'il sortait un livre [L'engrenage. Mémoires d'un trader, Flammarion 2010]. Pour moi, cela n'était pas la bonne stratégie, car cela allait gêner l'institution judiciaire. D'ailleurs, le président du tribunal Dominique Pauthe ne s'y est pas trompé : c'est la pre-mière fois qu'un magistrat parlera de communication dans un attendu de jugement. Quand vous mettez tout ce que vous avez à dire dans un livre publié avant le procès, cela peut agacer les magistrats, qui peuvent penser que l'auteur veut tenter d'influencer le tribunal. Or, Jérôme était prolixe sur les plateaux télé et dans la presse, et il était muré dans son silence pendant les audiences. Au final, sa stratégie de défense n'a pas été très audible : on avait le sentiment d'avoir déjà tout lu et tout entendu dans les médias. Du coup, la nouveauté est venue du camp de la Société Générale. Dans une affaire, il y a différentes phases de communication. Le temps de l'instruction doit être une période de silence médiatique, mais nous avons organisé beaucoup de rendez-vous « off » avec Jérôme et les journalistes, pour qu'il leur explique techniquement le dossier, et pourquoi il pensait que la banque ne pouvait pas ne pas savoir. C'est une stratégie qui s'est avérée payante.

Une communication à double détente

Juste avant le procès, la communication de Jérôme s'est faite surtout autour de son livre. C'est là que j'ai commencé à lâcher prise. Pour moi, la règle première doit toujours être de réserver sa parole aux magistrats. Le procès ne se gagne pas devant les journalistes, il se gagne au tribunal. En revanche, la communication peut influencer les magistrats sur la psychologie de la personne qu'ils ont devant eux. Le conseil en communication est encore très nouveau dans le monde judiciaire. Certains avocats commencent à comprendre que cela peut les aider à mieux communiquer, mais aussi à se consacrer pleinement à leur stratégie de défense. Par ailleurs, avec l'irruption d'Internet, il est important, quelle que soit l'issue du procès, de protéger l'image et la réputation des personnes mises en cause. enfin, si la systématique prise de parole des avocats à chaud à la sortie des audiences fait partie des traditions et est incontournable, ils auraient intérêt à communiquer le lendemain dans les médias, après avoir pu travailler leurs messages. C'est là où le conseil en communication a tout son sens. »

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Commentaires
a écrit le 25/06/2012 à 18:00 :
belle, intelligente et écrit de bouquins

a écrit le 02/06/2012 à 17:43 :
une justice ne comprend guère le fonctionnement des bureaux de trading et qui estime Kerviel comme le pire des mécréants. Alors toute la banque était au courant de ses agissements.
JP Morgan a été plus franc de ce côté et n'ont pas jeté leur "baleine" dans la fosse aux lions.
Malheureusement, les masses et la politique ne comprendront jamais le monde qui les entourent. L'un qui n'est pas instruit et ne compte pas l'être, et l'autre car il veut plaire au précédent.

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