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"Le crédit aux PME n'est pas assez rémunérateur" pour les banques

Propos recueillis par Mathias Thépot

Publié le 29 août 2012 à 17:01

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En marge de la publication des résultats semestriels d'Eurazeo, Patrick Sayer, le président du directoire de la société d'investissement, revient sur l'environnement économique compliqué qui entoure les PME françaises. Il évoque cependant quelques pistes pour soutenir les chefs d'entreprises.

La Tribune : Le contexte fiscal est-il un problème aujourd'hui pour les PME ?

Patrick Sayer : Non contente d'être lourde, la législation fiscale évolue en permanence. En outre, les PME doivent souvent payer des taxes avant même d'avoir généré un euro de chiffre d'affaires. On coupe leurs ailes avant qu'elles ne sachent voler ! Il y a ainsi une multitude de taxes en France qui font obstacle à l'expansion des PME. Il serait sain de rendre la fiscalité beaucoup plus progressive, car au final on empêche le talent de se développer.
La loi TEPA soutient les entreprises - même s'il ne faut pas occulter les abus qu'elle a suscités - il serait dangereux de la remettre en cause. Ce, surtout au moment où les banques ont de plus en plus de mal à financer les entreprises en fonds propres.

Comment expliquez vous cette désertion des banques ?

Les banques font d'abord face à leur manque de fonds propres qui a deux causes. La première est structurelle et elle est bien connue. Elle s'explique par le durcissement des ratios prudentiels qui, à niveau de fonds propres identique, leur permet d'accorder de moins en moins de crédits.
La seconde raison est, à mon sens, que contrairement aux banques américaines et anglaises, les banques françaises n'ont pas bénéficié, au plus dur de la crise de 2008 et 2009, d'augmentations de leurs fonds propres. Elles ont préféré passer par un système d'obligations qu'elles ont remboursées, ce qui n'a pas eu pour effet d'augmenter durablement leurs fonds propres.
Ainsi à partir du moment où les banques ne dégagent plus les même résultats que par le passé, avec un coût du risque qui augmente, un coût de la ressource qui croît et des ratios prudentiels qui se durcissent, les encours de crédits sont amenés tendanciellement à décroître.

Mais pourquoi alors les PME en souffrent-elles plus que d'autres ?

Il est naturel que les banques s'orientent vers les segments de marché les plus rémunérateurs. Or, pendant longtemps, le risque PME n'a pas été tarifé à sa juste valeur, il n'était pas valorisé assez cher. Seul un bon banquier de PME de proximité, avec de l'expérience, et dont le salaire est plus élevé, bénéficie de l'analyse statistique pour tarifer ce risque à sa juste valeur. Le crédit aux PME n'est de ce fait pas assez rémunérateur pour un certain nombre de banques.

La Banque publique d'investissement (BPI) aura-t-elle un rôle pour soutenir ces PME en manque de crédits bancaires ?

La création de la BPI vise à combler ce manque, ce qui n'est pas simple. Elle vise également à faciliter l'analyse du risque PME, dans une logique de partenariat avec les banques présentes en région. Si elle joue ce rôle d'expertise et de connaissance du tissu local, ceci permettra, au côté de l'établissement bancaire, de dégager un effet de levier et ce sera un succès. En revanche, si elle utilise l'argent public pour prêter à des conditions tarifaires avantageuses, ce sera une mauvaise initiative.

Quel sera votre rôle au côté de la BPI ?

Nous travaillons déjà en partenariat avec l'ensemble des acteurs de ce secteur. Un peu seulement avec Oseo qui est spécialisé dans le capital risque, et régulièrement avec le FSI, que nous avons notamment côtoyé dans le cadre de l'acquisition de 3S Photonics.
A l'avenir, je rencontrerai évidemment le président de la BPI et nous verrons ensemble quelle collaboration nous pouvons envisager.

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Que fait Eurazéo pour aider les patrons des PME ?

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Il faut avoir une bonne dose de courage, sinon d'inconscience, pour être patron de PME aujourd'hui. L'environnement économique est devenu extrêmement complexe pour ces entreprises. Il est dominé par une concurrence intense - qui prend plusieurs formes - et par la transformation des canaux de distribution. Le secteur industriel, notamment, subit l'émergence de produits moins chers fabriqués dans les pays à bas coûts, que les consommateurs ne différencient pas des produits locaux.
Parallèlement à cela, les relations des PME avec les grands groupes ne sont pas simples. En position de fournisseur, elles sont amenées à compenser les marges que les grands groupes n'ont pas pu réaliser avec les grands acheteurs. Et en position de clientes des grands groupes, elles obtiennent les ristournes les moins significatives. Il n'est donc pas évident de résister dans ce contexte.
Il faut savoir qu'un patron de PME est terriblement seul. Nous essayons donc de jouer un rôle qui peut par moment se rapprocher de celui d'entraîneur sportif. C'est pourquoi investir dans une PME est un exercice complexe : il faut à la fois analyser le couple produit/marché et composer avec la psychologie du dirigeant de l'entreprise pour évaluer ses forces, ses motivations et ses chances de se développer dans un environnement concurrentiel.

Propos recueillis par Mathias Thépot

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