Pourquoi le secteur financier multiplie les programmes de rachat d’actions

Axa, BNP Paribas, Société générale et Scor ont successivement annoncé des programmes de rachat d’actions importants, en partie pour compléter le manque à gagner des actionnaires l’an dernier du fait des restrictions imposés par les régulateurs sur la redistribution des résultats en pleine crise sanitaire. Cette pratique de distribution, moins fréquente en Europe qu’aux États-Unis, vise avant tout à doper les cours de Bourse, malgré le fort rebond de ces derniers mois.

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Pour le directeur général d'Axa, Thomas Buberl, le programme de rachat d'actions est un signal de confiance dans les perspectives du groupe.
Pour le directeur général d'Axa, Thomas Buberl, le programme de rachat d'actions est un signal de confiance dans les perspectives du groupe. (Crédits : Reuters)

C'est le grand retour des rachats d'actions dans le secteur financier. Dans la soirée ce jeudi, l'assureur AXA a annoncé le lancement d'un programme de rachat d'actions d'envergure pour un montant total de 1,7 milliard d'euros (2,7% de la capitalisation boursière). Son premier depuis quinze ans. Et le groupe compte compléter ce programme par un autre de 500 millions d'euros en 2022, « afin de neutraliser l'impact dilutif lié aux cessions annoncées après le 1er décembre 2020 », précise un communiqué. Toutes les actions rachetées seront ensuite annulées.

Ce programme « reflète la solidité du bilan d'Axa (...) et témoigne de notre confiance dans le profil d'activité du groupe, sa stratégie et nos perspectives », déclare Thomas Buberl, directeur général d'Axa. Il faut reconnaître que tous les indicateurs d'activité de l'assureur sont au vert sur les neuf premiers mois de l'année.

Dans la matinée, dans la foulée de la publication de ses résultats trimestriels record, la Société générale a également annoncé un programme de rachat d'actions, d'un montant de 470 millions d'euros, soit près de 1,9 % de la capitalisation boursière de la banque.

Quelques jours plus tôt, BNP Paribas avait, à l'aune de résultats trimestriels solides, lancé un vaste plan de rachats d'actions, à hauteur de 900 millions d'euros (environ 1,2% de sa capitalisation boursière), son plus important programme depuis dix ans. Et dans le secteur de la réassurance, le groupe Scor, pourtant pénalisé ce trimestre par le coût des catastrophes naturelles, a ouvert son programme de rachats d'actions pour 200 millions d'euros, qui devrait être finalisé d'ici mars 2022.

Revenir à un taux de distribution d'au moins 50%

Le secteur financier en France n'est pourtant pas habitué à ces programmes de rachat, préférant traditionnellement verser des dividendes, généralement à hauteur de 50% du résultat net. Compte tenu de la forte décote sur l'actif net du secteur depuis la crise financière de 2008, les valeurs bancaires et d'assurance sont devenues peu ou prou des valeurs de rendement, grâce à une politique de distribution généreuse de dividendes, mise entre parenthèses en 2020.

Ces programmes peuvent avoir plusieurs explications. Tout d'abord, il s'agirait pour les banques, privées de distribution aux actionnaires en 2020 (au titre de l'exercice 2019) par les régulateurs, pour cause de pandémie, de compenser, du moins en partie, le manque à gagner des actionnaires l'an dernier. C'est du moins le message adressé par BNP Paribas qui porte ainsi son taux de distribution à 60 %, au titre de l'exercice 2020, dividendes et rachat d'actions cumulés. Certains analystes ont même interprété ce geste comme un nouvel objectif cible du groupe en termes de distribution.

De son côté Société générale se garde bien d'annoncer une hausse de son taux de distribution, afin sans doute de préserver l'avenir. D'autant que la banque a moins de marges de manœuvre en termes de capital que sa concurrente BNP Paribas. C'est d'ailleurs tout l'intérêt du programme de rachat d'actions : il offre davantage de flexibilité que la politique de dividendes, sur laquelle il est toujours compliqué de revenir en arrière.

Un message adressé aux marchés

Le rachat d'actions est également un moyen d'adresser un message au marché, comme le signal d'une bonne nouvelle. Laquelle ? Celle que les dirigeants estiment que le cours de leurs sociétés est sous-évalué par le marché et qu'il est donc de bonne gestion de réallouer une partie des liquidités sur les titres de la société. Mécaniquement, le rachat d'actions (pour les annuler ensuite) contribue à accroître la valeur des actions restantes, surtout dans une bonne dynamique de résultats financiers.

Les banques ont dans ce domaine beaucoup de chemin à faire : la Société générale est valorisée 0,47 fois son actif et BNP Paribas environ 0,7 fois son actif net. En clair, elles sont moins bien valorisées par le marché que le montant de leurs capitaux (qui ont quasiment doublé depuis 2008 sous la contrainte réglementaire).

La moyenne du secteur en Europe oscille autour de 0,6 fois l'actif net, bien moins que les banques américaines, dont les bilans sont plus allégés. D'ailleurs, d'autres grandes banques européennes ont annoncé des vastes programmes de rachat d'actions, notamment le groupe espagnol BBVA sur près de 10 % de son capital (soit 3,5 milliards d'euros).

Alors que l'Europe est traditionnellement en retrait sur le rachat d'actions par rapport aux États-Unis (où les rachats constituent l'essentiel de la distribution aux actionnaires, essentiellement pour des raisons fiscales), ce nouveau mode de distribution pourrait davantage s'imposer. En 2020, année atypique en pleine crise sanitaire, les rachats d'actions initiés par les sociétés du CAC 40 n'ont représenté que 20 % de la redistribution aux actionnaires, soit 7,4 milliards d'euros sur 36 milliards, selon les données compilées par la lettre Vernimmen.

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Commentaires 3
à écrit le 06/11/2021 à 9:16
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Evidemment, comme à chaque fois des gens à tendance gauchiste, toujours enclins à dépenser l'argent du voisin et qui ne comprennent rien à la finance , se permettent d'intervenir pour nous expliquer pourquoi les rachats d'actions , c'est mal . et cer...

à écrit le 05/11/2021 à 8:17
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L'eau, l'énergie, les banques, les assurances,le chimique et-c... tout ces secteurs étant largement gavé d'argent public vous pourriez pas nous trouver des exemples de véritables entreprises à savoir qui galèrent à se financer ? Celles qui n'ont pas ...

à écrit le 04/11/2021 à 21:46
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Pas du tout ! il s'agit d'enlever de la fausse monnaie qui dévalue le rendement par action ! Au lieu d'investir, comme il n'y a pas de débouchés sans croissance, on brule de l'argent de singe... Pour que la valeur des actions ne soit pas, en réel, ...

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