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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Taux bas : le soutien appuyé de Bruno Le Maire aux assureurs

Juliette Raynal

Publié le 28 octobre 2019 à 06:36

Pour proposer une alternative aux épargnants en quête de placements peu risqués et permettre un meilleur financement de l'économie, Bruno Le Maire mise sur la modernisation du fonds euro croissance, prévue par la loi Pacte.

Pour proposer une alternative aux épargnants en quête de placements peu risqués et permettre un meilleur financement de l'économie, Bruno Le Maire mise sur la modernisation du fonds euro croissance, prévue par la loi Pacte.

Benoit Tessier

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Selon le ministre de l'Economie et des Finances, la transformation de l'assurance vie est "inéluctable et irréversible" dans un contexte durable de taux bas. Elle doit toutefois se faire de manière progressive et collective. Il estime aussi que les règles actuelles de Solvabilité 2, auxquelles sont soumis les assureurs, sont "absurdes et contradictoires" avec l'objectif de réorienter l'épargne des Français sur le long terme. Bruno Le Maire plaide ainsi pour un assouplissement réglementaire, largement plébiscité par la profession.

L'environnement de taux durablement bas, qui pèse sur la rentabilité des assureurs comme sur celle des banquiers, était le sujet de discussion et de préoccupation numéro un de la 11e conférence internationale annuelle de la Fédération française de l'assurance (FFA), qui s'est tenue ce vendredi 25 octobre.

"C'est la première fois dans l'histoire de notre profession, mais surtout dans l'histoire économique, que l'argent ne coûte rien - on s'enrichit en s'endettant", a rappelé Florence Lustman, la nouvelle présidente de la FFA, en ouverture de cette conférence.

Un cadre clair pour une situation inédite

"Les assureurs du monde entier sont aujourd'hui confrontés à des défis de taille, que ce soit le dérèglement climatique, le vieillissement de la population et les taux d'intérêts négatifs. Et nous avons besoin d'un cadre clair pour pouvoir continuer à exercer notre mission, notre métier d'anticipation et d'investissement dans l'avenir", a-t-elle ajouté en s'adressant au ministre de l'Economie et des Finances, qui a donné, en début d'après-midi, un discours très attendu par la profession.

En effet, ces dernières semaines, le débat sur l'avenir des fonds euros a pris de plus en plus d'ampleur. Ces placements, majoritairement investis en obligations d'Etat et souscrits dans le cadre d'un contrat d'assurance vie, sont très appréciés des Français. Il représentent 1.400 milliards d'euros sur les 1.700 milliards d'euros de l'encours total de l'assurance vie. Le succès du fonds euro est directement lié à la garantie du capital et des intérêts proposée. Mais dans un contexte de taux durablement bas, voire négatifs, ces mêmes garanties deviennent un véritable casse-tête pour les assureurs.

Une transformation inéluctable et irréversible

Face à cette situation économique inédite, Bruno Le Maire s'est montré confiant mais réaliste : "L'assurance n'est pas un secteur sinistré. Cela reste un secteur solide et stratégique mais qui implique une transformation qui doit être collective", a-t-il déclaré. "La transformation du modèle de l'assurance vie est inéluctable et irréversible", a-t-il poursuivi, tout en éliminant l'option de la disparition pure et simple du fonds euros. "Il garde sa pertinence et a vocation à garder une place importante dans l'épargne des Français qui ont besoin de stabilité et de prévisibilité. Pour autant, la diminution du rendement est certain", a-t-il admis.

Pour proposer une alternative aux épargnants en quête de placements peu risqués et permettre un meilleur financement de l'économie, Bruno Le Maire mise sur la modernisation du fonds euro croissance, prévue par la loi Pacte. Ce produit offre aux assurés un meilleur rendement que les fonds euros tout en proposant une garantie du capital à une échéance précise afin d'encourager l'investissement longue durée et permettre aux assureurs une meilleure visibilité.

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Le fonds euro croissance comme alternative

Attractif sur le papier, ce placement a toutefois connu un très faible succès (son encours plafonne aujourd'hui à environ 2 milliards d'euros) en raison de sa complexité. Le gouvernement souhaite apporter plus de simplicité, de flexibilité et de lisibilité. "Les assurés pourront connaître à tout moment le rendement de leur fonds euro croissance" a indiqué Bruno Le Maire. Ils pourront aussi choisir librement le terme de la garantie pour adapter l'horizon du produit d'épargne à l'échéance de leur projet personnel.

"La garantie du capital à échéance choisie est un pilier absolu des produits d'assurance vie",a insisté Bruno Le Maire. La suppression de cette garantie remettrait en cause"le contrat de confiance entre les épargnants et les assureurs", a-t-il expliqué.

Des règles absurdes et contradictoires

Par ailleurs, le ministre a souligné le caractère "absurde" et "contradictoire" des règles actuelles de Solvabilité 2 (le règlement européen qui encadre le secteur) liées à la détention d'actions par les assureurs, celles-ci obligeant à mettre des niveaux de capital élevé en réserve. "On ne peut pas demander aux assureurs d'investir plus dans les actions et en même temps charger la mule sur des règles prudentielles liées aux actions", a déclaré Bruno Le Maire. "Pour développer le financement par action, il faut des règles prudentielles qui soient beaucoup moins contraignantes que ce qui existe aujourd'hui", a-t-il ajouté.

À lire également

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La France a dernièrement obtenu un allègement des exigences de capital liées à la détention d'actions de long terme. La charge en fonds propres est ainsi passé de 49% pour le non côté et 39% pour le côté à 22%. Cette mesure vise à encourager la prise de risques et l'investissement de long terme des assureurs. "Il faut aller plus loin", a estimé le ministre. "Le choc de 22% doit s'appliquer à la détention de toutes les actions qui participent effectivement au financement de notre économie", a-t-il plaidé.

"Nous devons réviser Solvabilité 2. C'est une question clé pour le succès du financement des projets économiques européens car, derrière les assureurs, c'est le financement de l'économie dont il est question. Si nous ratons Solvabilité 2, nous ratons le financement de notre économie et nous nous retrouverons dans une situation de dépendance technologique vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine", a prévenu Bruno Le Maire.

Juliette Raynal

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