De Fortis à Bradford, la finance européenne touchée à son tour par la crise

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Les sauvetages en urgence du belgo-néerlandais Fortis, de la britannique Bradford & Bingley et de l'allemande Hypo real Estate montrent qu'après les Etats-Unis, le tsunami de la crise financière bouleverse banques et assurances en Europe. En France; Dexia est fragilisé et les problèmes n'épargnent ni le Danemark ni l'Islande.

Le week-end a été agité pour la finance européenne, ce début de semaine devrait l'être tout autant. On attend en effet les réactions aux plans de sauvetages amorcés dimanche dans l'urgence pour sauver le grand bancassureur belgo-néerlandais Fortis, la banque britannique spécialiste du crédit immobilier Bradford & Bingley et son homologue allemande Hypo Real Estate.

Le sauvetage de Fortis sera passé par une nationalisation partielle avec 11,2 milliards d'euros investis par la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. La Belgique va ainsi racheter 49% des activités bancaires dans ce pays pour 4,7 milliards d'euros. Les Pays-Bas feront de même dans leur pays pour quatre milliards d'euros. Le Luxembourg apportera 2,5 milliards d'euros sous forme de prêts convertibles en action pour les activités bancaires dans ce petit pays.

Cette nationalisation a été préférée à une offre de reprise alors que le français BNP Paribas avait fait connaître son intérêt et aurait même soumis une offre, à un prix toutefois très décoté (on parle de 1,6 euro par titre contre un cours de 5,2 euros vendredi soir, au plus bas depuis quinze ans). Le bancassureur belgo-néerlandais ING, un temps également intéressé, aurait finalement renoncé.

Le management de la banque va être une nouvelle fois modifié avec le départ de son emblématique président Maurice Lippens alors que le directeur général vient lui aussi d'être remplacé après seulement trois  mois de présence, Filip Dierckx succédant à Herman Verwilst qui avait lui-même remplacé Jean-Paul Votron.

En quelques mois, Fortis est donc passé du statut de co-repreneur pour 72 milliards d'euros, avec Royal Bank of Scotland et l'espagnole Santander, de la banque néerlandais ABN Amro, initialement convoitée par la britannique Barclays, au symbole le plus criant des méfaits, y compris en Europe, de la crise financière venue des Etats-Unis qui a nécessité l'actuelle mise en place d'un plan de sauvetage global de 700 milliards de dollars. Fortis va même sans doute devoir revendre les actifs d'ABN Amro qu'il venait de  racheter.

Mais le groupe du Bénélux n'est pas le seul à subir la tempête de plein fouet. Au Royaume-Uni qui avait déjà connu il y a quelques mois la nationalisation forcée de la banque spécialisée en crédit immobilier Northern Rock, menacée de faillite, c'est au tour de son homologue Bradford & Bingley de boire la tasse. Le gouvernement britannique devrait en effet annoncer dans les heures ou les jours qui viennent la nationalisation des prêts de l'établissement dont la déconfiture aura suscité des appétits. La grande banque espagnole Santander, déjà très présente au Royaume-Uni à la suite de plusieurs acquisitions, notamment Abbey National en 2004, va en effet racheter ses dépôts et ses 200 agences pour 400 millions de livres soit 490 millions d'euros. Ils seronts transférés à Abbey justement, également très actif dans le secteur des prêts immobiliers.

Le tableau européen de cette déroute de la finance ne serait pas complet sans l'Allemagne avec les menaces de faillites sur  Hypo Real Estate, autre acteur du financement de l'immobilier comme son nom l'indique,  qui a dû être sauvé dans la nuit de dimanche à lundi par un consortium de banques allemandes. Elles lui ont apporté des crédits "à hauteur suffisante" pour continuer ses activités. comme l'a précisé dans un communiqué boursier la banque de Munich, plombé par le rachat du spécialiste des obligations financières Depfa, qui devait trouver un refinancement d'urgence à hauteur de plus de dix milliards d'euros au moins. Une somme que sa maison-mère s'est révélée incapable de lui fournir.

En France, la banque franco-belge Dexia est elle aussi sous pression. Son titre s'effondre ce lundi, à la fois en raison de ses relations d'affaires supposées avec Fortis et à cause de rumeurs d'augmentation de capital, évoquée par notre confrère Le Figaro. La Belgique s'est dite prête à intervenir comme elle l'a fait pour Fortis.

Au Danemark, Roskilde Bank, qui s'est déclarée en faillite la semaine dernière, a été rachetée par trois instituts financiers : le groupe nordique Nordea et les danoises Arbejdernes Landsbank et Spar Nord Bank. Et encore un peu plus au nord, le gouvernement islandais a volé au secours de la troisième banque du pays, Glitnir, qu'il a nationalisé ce lundi aux trois-quarts pour 600 millions d'euros.

Et la situation de la finance européenne ne devrait pas en rester là. Selon le patronat britannique, le CBI, Confederation of British Industry, les banques, les courtiers et les compagnies d'assurance britannique risquent de perdre 12.000 emplois d'ici à Noël, un tiers de plus qu'un an auparavant en raison de cette crise financière. D'autant que ses acteurs disent dans cette enquête qu'ils ne s'attendent pas à une amélioration des conditions de marché dans les six prochains mois.

 

 

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