COP21 : l'Europe lave plus vert et espère un accord contraignant

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Quel que soit son résultat, la COP21 pourrait être mise à profit par l'Union européenne pour réfléchir à son propre modèle.
Quel que soit son résultat, la COP21 pourrait être mise à profit par l'Union européenne pour réfléchir à son propre modèle. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
L'Europe arrive à la COP21 fière d'avoir pris des dispositions il y a longtemps déjà pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais est-elle vraiment si exemplaire ?

Elle est droite dans ses bottes, l'Europe, quand on parle de climat. Elle a toujours été à la pointe. Depuis que le changement climatique est devenu un sujet international, il y a vingt ans, elle n'a cessé de donner des gages sur tous les fronts.

C'est ainsi qu'elle arrive à la COP21 : en rangs serrés, fière d'avoir fait des promesses à 20 ans que personne ne lui a demandé, défendant une certaine idée de la politique qui serait un art de prévoir et de faire le bien plutôt qu'une lutte sans fin. Sera-t-elle payée en retour ? Obtiendra-t-elle cet « engagement contraignant » par lequel les émissions de CO2 atteindraient un pic en 2020, puis seraient réduites de 50 % en 2050, pour finalement revenir au niveau de 1990 en 2100 ? Sans doute pas, et elle le sait. Mais le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a averti ses partenaires internationaux : « Nous ne signerons pas n'importe quel accord. Ma priorité, celle de l'Europe, est d'adopter un accord ambitieux, robuste et contraignant. »

Des engagements contraignants

Si le succès n'est pas acquis, la COP21 s'ouvre sous d'heureux auspices. Cent soixante-dix pays couvrant 90 % des émissions de CO2 ont présenté leur plan de réduction des émissions. L'objectif politique affiché par Bruxelles est d'obtenir des engagements « contraignants » de réduction du CO2. Faux débat, rétorque l'administration Obama, qui veut avant tout éviter d'avoir à défendre devant le Congrès et le Sénat un traité portant un tel engagement.

« Contraignant ou pas, ce n'est pas tellement la question », remarquait récemment l'ambassadeur américain à Bruxelles. Avec raison, probablement. L'essentiel sera dans la surveillance mutuelle entre des États dont les gouvernements n'ont jamais été aussi conscients du problème du réchauffement et prêts à apporter leur dîme. « Nous ne sommes en fait pas si éloignés », reconnaît une source haut placée à la Commission.


Retard des infrastructures

Quel que soit son résultat, la COP21 pourrait être mise à profit par l'Union européenne pour réfléchir à son propre modèle. Est-elle vraiment si exemplaire, cette Europe qui lave plus vert ? Ce qu'un lobbyiste de la place nomme la « targetologie » européenne, cette trilogie des « 20/20/20 » en 2020 - plus 20 % d'efficacité énergétique, 20 % de réduction de CO2 et 20 % d'énergies renouvelables dans l'énergie mixte - commence à trouver ses limites. Pour les renouvelables, elle butte sur un hic : le retard des infrastructures.

Le réseau éolien allemand de la mer du Nord n'est toujours pas connecté au réseau fédéral, moyennant quoi les centrales au charbon et au gaz tournent à plein régime. Dans les Alpes et à travers les Pyrénées, les interconnections tardent à se mettre en place. Le grand marché de l'électricité, lancé dans les années 1990, n'est toujours pas une réalité. Et pourtant, la libéralisation a bel et bien mis sens dessus dessous les capacités de production européenne.

Un marché qui croule sous les quotas

« Je n'investirais pas un kopeck dans l'industrie électrique européenne, assure à regret un industriel. Les surcapacités sont énormes, le prix de vente au plus bas et les coûts à venir pour démanteler les centrales nucléaires colossaux. » L'autre grande idée européenne était la création d'un marché du carbone. Mais l'ETS, pour European Trading Scheme, qui a coûté très cher aux industriels européens, ne fonctionne plus.

Le marché, qui croule sous les quotas, ne donne simplement plus de signal de prix. Les Chinois, qui veulent lancer le leur d'ici à 2020, apprendront sûrement de ces erreurs. Mais l'accord qui pourrait être scellé à Paris ne dit rien sur la création d'un marché mondial du carbone. Quant aux faramineux financements que l'UE verse aux pays en développement, « ils sont dépensés en équipements chinois », assure ce lobbyiste. La politique normative, sans la stratégie commerciale et industrielle, est un exercice dangereux.

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Commentaires
a écrit le 27/11/2015 à 12:23 :
Des dispositions prises il y a longtemps déjà

Donc la COP 21 ne sert à rien ? S'attribuer les mérites des autres, surfer sur une vieille vague créée par d'autres, c'est très écologiste !

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