La solidarité des pays riches, élément clé de la COP21

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Alimenté par les pays développés (la France contribuant à hauteur de 1 milliard de dollars), le Fonds vert, un mécanisme financier de l'ONU créé en 2010 lors de la COP16, à Cancun, a pour objectif d'opérer les transferts de fonds des pays les plus avancés vers les pays les plus vulnérables au changement climatique.
Alimenté par les pays développés (la France contribuant à hauteur de 1 milliard de dollars), le Fonds vert, un mécanisme financier de l'ONU créé en 2010 lors de la COP16, à Cancun, a pour objectif d'opérer les transferts de fonds des pays les plus avancés vers les pays les plus vulnérables au changement climatique. (Crédits : Reuters)
Si les pays industrialisés ne soutiennent pas les pays pauvres et émergents touchés par les effets du réchauffement climatique, les négociations de la COP21 pourraient tourner court. En jeu, un « fonds vert » de 100 milliards de dollars annuel. C'est mal parti...

De l'argent pour renforcer « la résilience des écosystèmes et des communautés en restaurant les bases productives des terres salinisées au Sénégal » ou celle « des zones humides, dans la province de Datem del Marañón, au Pérou » : ces deux dossiers font partie des huit (trois en Afrique, trois en Asie-Pacifique et deux en Amérique latine) retenus par le Fonds vert pour le climat.

L'annonce, faite le 6 novembre dernier, n'est que la première de ce qui devrait être une longue série, puisque l'enveloppe de 168 millions de dollars dévolue aux huit projets sélectionnés (sur 37 soumis) ne représente qu'une partie d'un budget total de 10,2 milliards de dollars jusqu'en 2018.

Des sommes jugées "dérisoires"

Alimenté par les pays développés (la France contribuant à hauteur de 1 milliard de dollars), le Fonds vert, un mécanisme financier de l'ONU créé en 2010 lors de la COP16, à Cancun, a pour objectif d'opérer les transferts de fonds des pays les plus avancés vers les pays les plus vulnérables au changement climatique. Il s'agit d'aider ces derniers à s'adapter à ce changement, mais aussi de soutenir leur transition énergétique. C'est, avec les efforts mondiaux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, le point central des négociations qui auront lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, dans le cadre de la COP21. Et celui qui pourrait la faire capoter.

Car, au-delà du mécanisme de transfert, c'est le fonds lui-même, censé être financé à hauteur de 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020, qui pose problème. Non seulement ces sommes sont jugées « dérisoires », notamment par Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, mais en plus, « il n'y a pas de feuille de route crédible pour les atteindre », a-t-elle récemment déclaré. De fait, alors que l'accord de Copenhague sur le climat, en 2009, a scellé, de la part des pays riches, la promesse de ces fonds supplémentaires « en provenance de diverses sources », certaines nations auraient tendance à faire passer des financements destinés au développement, par exemple, sous la bannière du Fonds vert...

Or, s'il y a bien un lien entre développement et adaptation au changement climatique, réduire les financements destinés à la fourniture de vaccins, par exemple, pour honorer les promesses destinées à la transition énergétique des pays menacés n'est évidemment pas une solution acceptable. Pour l'heure, selon le dernier rapport de l'OCDE, publié au début d'octobre 2015, les pays riches, les banques de développement et quelques institutions privées n'ont contribué que pour un total de 62 milliards de dollars au fonds. Manque donc encore plus d'un tiers - et pour un an seulement...

Le "V20" au G20 : pas de promesses, des actes !

Les pays les plus vulnérables ont bien l'intention de réclamer ces fonds à l'occasion de la COP21. Ils ont créé, le mois dernier, le V20 (V pour vulnérables, 20 en référence au G20). Le groupe rassemble l'Afghanistan, le Bangladesh, la Barbade, le Bhoutan, le Costa Rica, l'Éthiopie, le Ghana, le Kenya, Kiribati, Madagascar, les Maldives, le Népal, les Philippines, le Rwanda, Sainte-Lucie, la Tanzanie, le Timor-Oriental, Tuvalu, Vanuatu et le Vietnam, soit une population totale de près de 700 millions de personnes.

Le V20 a l'ambition d'arracher non plus des promesses creuses, mais des actes aux pays riches. « En l'absence de réaction efficace à l'échelle de la planète, les pertes économiques dues au changement climatique devraient s'élever à plus de 400 milliards de dollars à l'horizon 2030 pour les membres du V20, a souligné Cesar Purisima, le ministre des Finances des Philippines, lors de l'assemblée annuelle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, à Lima, à la mi-octobre 2015. Un impact qui dépasse largement nos capacités locales et régionales. »

Pis, ce n'est même plus, notamment pour certaines des îles du Pacifique - Vanuatu, Kiribati, Tuvalu... -, l'adaptation aux effets du réchauffement qui est en jeu, mais la survie même de ces micronations... Dans leur quête d'une aide accrue, les membres du V20 recevront-ils le soutien des pays émergents et des pays pauvres ? Si les pays les plus vulnérables cherchent à survivre, les pays émergents, poussés par l'explosion de leur population (l'Inde, notamment, dont un quart des 1,3 milliard d'habitants vit sous le seuil de pauvreté et n'a pas accès à l'électricité), cherchent, eux, à se développer le plus vite possible - et ce, grâce à un mode énergétique durable... ou non. Ils entonnent un peu moins souvent la rengaine « les pays riches se sont développés sans penser à l'environnement, alors pourquoi pas nous ? », et avancent un autre argument : « L'énergie propre, d'accord, mais vous devez nous y aider. »

En attendant, les pays émergents continueront à polluer. Le Brésil, premier des émergents à annoncer ses objectifs, s'est engagé à réduire ses émissions de 37% en 2025 par rapport aux niveaux de 2005, notamment en limitant la déforestation, et à une réduction probable de 43 %, d'ici à 2030. La Chine, qui s'est astreinte à réduire son intensité carbone de 60 à 65 % du niveau de 2005 en 2030, devrait connaître son pic de pollution en 2030, tandis que l'Inde, qui a annoncé, tardivement, des objectifs de réduction d'émissions (de 33% à 35% à l'horizon 2030, par rapport aux niveaux de 2005), s'est refusée à donner une telle indication. Et la plus grande démocratie du monde accroîtra son usage de charbon pour produire l'électricité dont elle a besoin.

Cependant, elle prévoit aussi d'augmenter de 40 % sa production d'électricité à base d'énergies autres que le charbon et le gaz naturel. Transferts de technologies propres et transferts financiers venant des pays industrialisés doivent faire partie de ce plan, s'estelle empressée d'ajouter. Quant à l'Afrique, elle pourrait être, selon l'Agence internationale de l'énergie, la première région du monde à nourrir son développement économique grâce aux énergies renouvelables, notamment solaires, mais à condition, là aussi, que ses projets soient financés...

Enfin, la Banque mondiale vient de fournir un argument supplémentaire aux pays émergents et aux pays pauvres. Selon ses dernières prévisions, 100 millions de personnes sont en risque de basculer ou rebasculer dans la pauvreté au cours des dix prochaines années, et ce, pour moitié en raison des effets du réchauffement climatique, allant d'une recrudescence de la malaria à une baisse des récoltes. Ainsi, en Inde, quelque 45 millions de personnes sont exposées à ce risque.

Une invitation à balayer devant sa porte

Les pays émergents, associés aux pays les plus pauvres et aux plus vulnérables au changement climatique, pourraient relancer le débat sur la « justice climatique » . En refusant de payer le prix fort pour des faits passés dont ils ne sont pas responsables - même si, aujourd'hui, les émissions des émergents sont celles qui augmentent le plus vite, et surtout, en incitant non seulement les nations industrialisées à les aider mais aussi à balayer devant leur propre porte.

À cet égard, l'étude publiée récemment par l'Overseas Development Institute et Oil Change International leur donne du grain à moudre : les pays du G20 investissent encore quelque 452 milliards de dollars par an dans les énergies fossiles, aussi bien pour l'exploration et l'extraction de pétrole et de gaz que sous forme d'avantages fiscaux ou de sauvetage de sociétés liées au charbon, soit quatre fois plus que les sommes investies dans les énergies renouvelables par ces mêmes économies en 2013 ! Pourtant, en 2009, le même G20 s'était engagé à éliminer les aides « inefficaces » aux énergies fossiles...

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