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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

2020, la fin de mercato pour l'industrie aéronautique et de défense

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 23 décembre 2019 à 05:00

La ministre des Armées Florence Parly aura en 2020 sur son bureau plusieurs dossiers de nominations à boucler (Naval Group, KNDS, DGA et ONERA)

La ministre des Armées Florence Parly aura en 2020 sur son bureau plusieurs dossiers de nominations à boucler (Naval Group, KNDS, DGA et ONERA)

Benoit Tessier

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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En cinq ans, une nouvelle génération de patrons a pris le pouvoir dans le domaine de l'aéronautique, la défense et le spatial. Ce vaste renouvellement devrait être terminé l'année prochaine avec la fin des mandats des présidents de Naval Group, de KNDS du CNES, de la DGA et de l'ONERA.

En six ans, la gouvernance de toute l'industrie aérospatiale et de défense aura été changée. 2020 sera l'année de la fin du renouvellement des grands patrons dans une industrie de souveraineté. Un mouvement amorcé fin 2014 avec l'arrivée de Patrice Caine à seulement 44 ans à la tête de Thales. Une nouvelle génération a ensuite sauté dans les pas du jeune patron pour s'imposer. Des patrons relativement jeunes capables de comprendre tout l'enjeu de l'émergence des nouvelles technologies, à commencer par la digitalisation et la cybersécurité, en vue de booster la croissance de leur société. Car ces ruptures technologiques sont nécessaires afin de maintenir Airbus, Dassault, Thales, Safran dans le top mondial des groupes aérospatiaux et de défense.

Après Patrice Caine (49 ans aujourd'hui), ont été nommés Guillaume Faury (51 ans) aux manettes d'Airbus en 2019, Bruno Even (49 ans) à Airbus Helicopters en 2018, Martin Sion (51 ans) chez Safran Electronics & Defense en 2015, Franck Saudo (43 ans) chez Safran Helicopter Engines en 2018, Eric Béranger (56 ans) propulsé à la tête du missilier MBDA en 2019 ou encore Stéphane Mayer (57 ans) aux commandes de Nexter depuis 2015. Récemment encore, Olivier Andriès (57 ans) a été désigné pour s'asseoir dans le fauteuil de directeur général de Safran à la fin de 2020. Auparavant, Stéphane Israël (48 ans) avait été mis sur orbite en 2013 à la tête d'Arianespace et Bruno Sainjon (58 ans) s'était installé en 2014 dans le fauteuil de PDG de l'ONERA, alors en pleine déshérence.

Naval Group cherche son pacha

L'année prochaine, l'Etat travaille sur la succession de plusieurs président de sociétés et d'organismes publics. C'est le cas notamment de Naval Group, dont le départ d'Hervé Guillou fin mars est définitivement acté par l'Etat en raison de son âge (64 ans). Difficile encore de savoir qui sera le successeur du Breton de Plouha à la tête du groupe naval depuis juillet 2014. La désignation du nouveau pacha de Naval Group a pris un peu de retard puisqu'un conseil d'administration devait initialement entériner le 13 décembre le nom du successeur d'Hervé Guillou. C'est remis à plus tard, fin janvier probablement, selon nos informations. Peu importe la date de la décision, "le travail sera fait et il y aura un PDG de Naval Group le 1er avril", assure une source proche du dossier.

Des noms circulent bien sûr comme celui de Pierre-Eric Pommellet (Thales) ou de Marie-Pierre de Bailliencourt (ex-Naval Group). Pas sûr non plus qu'ils soient vraiment candidats mais la rumeur court, court. Par ailleurs, certains hauts responsables de Naval Group ont été reçus par l'Agence de participations de l'Etat (APE) comme Alain Guillou, directeur général adjoint en charge du développement international, ou encore Vincent Martinot-Lagarde, qui vient de rentrer au comité exécutif de Naval Group. E réalité, seul un tout petit cercle de personnes connait véritablement le nom des vrais candidats, qui seraient, au maximum, au nombre de trois encore.

De manière coordonnée avec Thales (35% du capital de Naval Group), l'Etat souhaite un candidat de long cours pouvant mener deux mandats (10 ans) et donc avoir une vision à long terme pour cette pépite de l'industrie de défense. L'heureux élu doit également avoir au moins ces trois qualités : être un industriel, ayant une très bonne connaissance des grands programmes (cycles longs) et surtout prêt à endosser le costume de PDG pour 450.000 euros max. Trop peu pour un job de cette envergure au regard des standards internationaux. Ce qui limite l'attrait pour ce poste pourtant incroyablement dense et au cœur de la souveraineté française. "Mais c'est un job rêvé pour beaucoup d'ingénieurs, et je n'ai pas de doute sur le fait qu'on trouvera un profil de grande qualité pour remplacer Hervé Guillou", explique une source proche du dossier.

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Jean-Yves Le Gall, favori à sa succession ?

L'Etat doit également se décider sur la succession de Jean-Yves Le Gall (60 ans), dont le mandat au CNES se termine en février. Sera-t-il reconduit pour tout ou partie d'un nouveau mandat ou pas ? Les jeux ne sont pas encore faits. Au sein de l'Etat, une réflexion est engagée. Car Jean-Yves Le Gall, qui revendique une certaine proximité avec Emmanuel Macron, a jusqu'ici été très résilient. C'est une de ses grandes forces. Souvent attaqué, il a su résister et conserver son poste. Aujourd'hui, il y a bien sûr des prétendants, ou du moins des noms qui circulent pour le remplacer, à commencer par celui de Stéphane Israël. Le numéro deux du CNES Lionel Suchet pourrait être également intéressé. S'il n'est pas candidat, Bruno Sainjon, lui-même en fin de mandat à l'ONERA, pourrait lui aussi faire le job. D'autant qu'il est toujours possible de revoir surgir un vieux marronnier, celui d'un rapprochement entre le CNES et l'ONERA. Cette "nouvelle" entité se mettrait au diapason des organisations de grandes agences comme la NASA ou la Jaxa au Japon.

Dans la bataille pour succéder à Jean-Yves Le Gall, un élément doit important doit être pris en compte, la succession de Johann-Dietrich Wörner, dont le mandat se termine mi-2021, à la tête de l'Agence spatiale européenne (ESA). Que va faire la France ? Va-t-elle présenter un candidat ce qu'elle n'avait pas fait lors de la reconduction de Jan Wörner (65 ans) ? Tout comme certaines capitales, Paris n'est pas satisfait - et c'est un euphémisme - du directeur général de l'ESA. Pour autant, Jan Wörner a bénéficié d'un très fort soutien de la délégation allemande à Séville quand le sujet de son départ a été abordé. L'Allemagne souhaite même le proposer pour un troisième mandat. Ce qui va à l'encontre du deal récemment passé entre Emmanuel Macron et Angela Merkel et ce soutien inattendu pourrait faire même exploser l'accord entre Paris et Berlin. Au-delà, cette volte-face de Berlin pose des questions sur la vraie nature de la relation franco-allemande.

La réflexion de sa succession est toutefois lancée. Une décision pourrait être prise avant l'été 2020. Si la France présentait un candidat, Jean-Yves Le Gall pourrait l'être. Il est même l'un des rares, sinon le seul, à pouvoir postuler mais il préconise d'être renouvelé au CNES avant. "Ce serait l'intérêt de la France de proposer quelqu'un de bonne qualité comme Jean-Yves Le Gall, assure une source proche du dossier. Mais est-ce crédible pour la France d'avoir le commissaire chargé des questions spatiales et un directeur général à l'ESA. C'est à voir mais la France ne part pas du tout perdante".

De nouveaux patrons pour la DGA et l'ONERA ?

Le Délégué général pour l'armement Joël Barre (64 ans) arrivera au bout de son mandat de trois ans en août 2020. Techniquement, il pourrait être renouvelé de deux ans et terminer sa mission un peu avant l'élection présidentielle à 67 ans. Un agenda qui pourrait lui être favorable. François Pintart, qui a pris la direction des opérations de la DGA en 2018, se positionne mais peut-être un peu tôt pour lui... Au-delà, le poste intéresse également même si la direction générale de l'armement, qui dispose encore d'une réelle expertise et de compétences pour conseiller le ministère des Armées, est en perte de vitesse depuis la création de l'Agence de l'innovation défense (AID). Deuxième acte, la direction de la stratégie de la DGA va prochainement se dissoudre au sein de l'AID. Il n'empêche. Selon plusieurs sources concordantes, le directeur adjoint du cabinet de Florence Parly, Benjamin Gallezot (49 ans), semble très intéressé pour succéder à Joël Barre.

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Dans l'industrie de défense, l'Etat devra également se pencher sur le renouvellement de la gouvernance de KNDS, la filiale à parité entre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei. Les mandats du PDG de Nexter Stéphane Mayer et du président du conseil de direction de Krauss-Maffei Wegmann (KMW), Frank Haun, qui sont co-PDG de KNDS, prendront fin le 15 décembre 2020. Enfin, la succession de Bruno Sainjon, dont le mandat actuel s'achève à l'été, est également dans les esprits de l'équipe du ministère des Armées. Mais pour l'heure, il est encore très difficile de savoir qui pourrait postuler à la tête de cette pépite quelque peu toujours délaissée mais au cœur de la souveraineté française.

Michel Cabirol

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