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A350 cloués au sol par Qatar Airways: pour défendre sa réputation, Airbus va publiquement à l'arbitrage

Photo de Jérôme Cristiani

Jérôme Cristiani

Publié le 10 décembre 2021 à 10:18 - Mis à jour le 06 août 2022 à 14:34

Qatar Airways, Akbar Al Baker, Airbus, compagnie aérienne, Golfe,

Le PDG de Qatar Airways, Akbar Al Baker, multiplie les attaques contre Airbus depuis le mois d'août après la mise à l'arrêt de 20 Airbus parmi les 53 A350 de sa flotte (Photo d'illustration: Al Baker lors d'une conférence de presse à l'International...

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Début août, Qatar Airways clouait au sol 20 de ses 53 Airbus A350 en raison d'une dégradation des surfaces de fuselages. Airbus reconnaît le problème détecté mais assure qu'il n'a aucune incidence sur la sécurité en vol. Qatar Airways refuse cette interprétation et le dialogue se bloque avec l'avionneur. Airbus, probablement exclu par la compagnie qatarie d'un gros appel d'offres (dont Boeing devrait profiter) craint désormais pour sa réputation et assure que cette situation est une "menace sur les protocoles internationaux de sécurité". Sans parler des millions de dollars d'indemnités en...

... tout cela moins d'un an avant que l'État du Golfe n'accueille la Coupe du monde de football.

Dans une annonce inhabituellement publique et faite sur un ton étonnamment ferme s'agissant de Qatar Airways, son deuxième plus gros client du Moyen-Orient, Airbus a dit hier soir qu'il avait l'intention de recourir à un arbitrage indépendant pour tâcher de résoudre un contentieux avec la compagnie qatarie.

L'affaire a commencé début août, quand Qatar Airways décide de clouer au sol 20 de ses Airbus A350, sur ordre du régulateur de la sécurité aérienne de son pays qui a constaté une dégradation rapide des surfaces des fuselages sur certains appareils. Pour rappel, la flotte qatarie compte 53 appareils de ce modèle de biréacteur long-courrier initié en 2005 et commercialisé en 2014, précisément 34 A350-900 et 19 A350-1000, selon un document d'Airbus.

La peinture craquelée, un problème "cosmétique" ou de fond?

Airbus, certes reconnaît une dégradation de la peinture (voir photo en pied d'article) pouvant exposer un fin grillage métallique intégré à son fuselage en matériaux composites et destiné à protéger l'avion contre la foudre, mais il assure que cette situation n'a aucune conséquence dommageable pour la sécurité en vol, arguant que ces appareils ont été déclarés aptes à voler par les régulateurs européens malgré une certaine "dégradation de la surface"(**).

De fait, l'Agence de la sécurité aérienne de l'Union européenne (EASA) a déclaré qu'"aucun problème potentiel de navigabilité n'a été identifié à ce jour". L'autorité a également exclu tout lien avec un autre défaut de fabrication(*), distinct, qui l'a incitée à publier un projet de directive de sécurité pour 13 appareils A350 le 2 décembre dernier adressé à une douzaine de compagnies de par le monde (lire note en pied d'article).

À l'appui d'Airbus, qui affirme donc qu'il n'y a aucun risque pour la sécurité de l'A350, les réactions des autres compagnies aériennes (Finnair, Cathay Pacific et Lufthansa...) qui ont également constaté le problème, se sont plaintes, mais n'ont immobilisé aucun jet, qualifiant le problème de "cosmétique".

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Illustration de la newsletter Industrie et service

Blocage et rejet "sans justification" des solutions proposées par Airbus

Mais la situation se bloque car, dans ses discussions avec Airbus, Qatar Airways affirme le contraire, selon l'avionneur européen, lequel reproche aussi à la compagnie qatarie d'avoir "rejeté (...) sans justification légitime" les solutions correctives qu'il a proposées.

"Airbus œuvre à rétablir un dialogue constructif avec son client à ce sujet, mais n'a pas l'intention d'accepter que des déclarations inexactes de ce genre se poursuivent", a ajouté l'entreprise.

Airbus considère menacées "sa position et sa réputation"

Dénonçant une "mauvaise interprétation" de la part de son client et même une "menace sur les protocoles internationaux de sécurité" aérienne, l'avionneur européen a indiqué dans un communiqué avoir décidé de se préparer "à une évaluation juridique indépendante".

Il s'agit de "résoudre le contentieux, ce que les deux parties ont été incapables de faire lors des discussions directes et ouvertes", a ajouté le groupe.

Cette mesure, Airbus dit "regretter de devoir la prendre", mais assure qu'elle est devenue "nécessaire pour défendre sa position et sa réputation".

Comment Al Baker, le Pdg de Qatar Airways, bombarde Airbus

D'autant plus que Qatar Airways a déjà de son côté "franchi la première étape d'une procédure judiciaire", a justifié le vice-président exécutif des programmes et des services de l'avionneur, Philippe Mhun, lors d'une conférence de presse téléphonique. La forme de la procédure qu'Airbus pourrait entamer n'a pas été précisée.

Lors de cette même conférence de presse, Philippe Mhun, a souligné que les contrats commerciaux entre Airbus et Qatar Airways prévoyaient une telle éventualité, sans en dire davantage. Contactés jeudi soir par l'AFP, des porte-parole de Qatar Airways ont indiqué ne pas avoir de commentaire dans l'immédiat.

Mais il y a plus que la menace d'une procédure judiciaire de la part de Qatar Airways, la réputation d'Airbus et sa position sur le marché international semblent effectivement en jeu. Voici les autres actions menées par Al Baker pour mettre la pression sur l'avionneur européen.

Première attaque: après le maintien au sol des 20 appareils, Akbar al-Baker, DG de la compagnie qatarie avait indiqué qu'il refusait toute nouvelle livraison (23 appareils) si le problème n'était pas corrigé, rapporte Reuters:

"Qatar Airways n'acceptera rien d'autre qu'un avion qui continue à offrir à ses clients les standards de sécurité les plus élevés possibles et la meilleure qualité de voyage qu'ils méritent."

Airbus probablement exclu d'un appel d'offres pour 50 avions cargo

Seconde attaque: Akbar Al Baker, le Pdg de Qatar Airways, cité par Bloomberg le 30 novembre dernier, a déclaré que Boeing était en tête pour remporter l'appel d'offre pour un méga contrat de 50 avions cargo. Mais le transporteur du Golfe garderait soi-disant ses options ouvertes expliquant qu'il réfléchit aux mérites de l'avion cargo A350F récemment lancé par Airbus face au projet 777F de Boeing, le constructeur américain qualifié de "leader des cargos" par Al Baker lors d'une récente déclaration à Londres.

Des sources dans l'industrie aéronautique ont également déclaré à Reuters que rien n'indiquait que Qatar Airways était prête à reculer dans le différend avec Airbus, et que l'exclusion de l'avionneur européen était probable de cet accord de plusieurs milliards de dollars qui devraient aller à Boeing pour remplacer les 35 avions cargo qataris.

Pour rappel, Qatar Airways s'est hissé en dix ans de la 19e place à la troisième place du transport aérien de fret en 2020, derrière FedEx et UPS, selon l'Association internationale du transport aérien (Iata).

L'enjeu de cette bataille entre deux des acteurs les plus puissants du secteur aérien est évidemment aussi la question de la potentielle compensation financière due à l'immobilisation de ces 20 appareils pendant des mois. Une ardoise estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, que devra payer... celui qui perdra ce différend. Tout cela moins d'un an avant que l'État du Golfe n'accueille la Coupe du monde de football.

___

NOTES

(*) Le 2 décembre dernier, l'Agence européenne pour la sécurité aérienne (EASA) a demandé à plusieurs compagnies de mener des inspections détaillées de certains de leurs appareils au sujet d'une erreur préexistante non détectée auparavant et qui concerne la sécurité du réservoir de carburant. Il s'agit de treize appareils exploités par une douzaine de compagnies aériennes de la planète: Hong Kong Airlines, Qatar Airways, Asiana Airlines, Hainan Airlines, Singapore Airlines, Air France, Turkish Airlines, Thai Airways, SriLankan Airways, Cathay Pacific, Lufthansa et Virgin Atlantic.

(**)Pourquoi la peinture se craquèle-t-elle sur certaines parties de fuselage des A350?

Une première explication apportée par Airbus est la différence de dilatation entre surface support et surface couvrante. Les fuselages traditionnels en métal ont une certaine capacité à se dilater avec les changements de température de grande amplitude que connaissent tous les aéronefs. L'arrivée des composites pour les fuselages a quelque peu changé la donne, le carbone étant insensible aux changements de température alors que la peinture qui le recouvre est, elle, toujours extensible, d'où les défauts d'adhérence (cloques, craquelures...) du revêtement parfois constaté à certains endroits sur certains appareils, et notamment ceux de certaines compagnies basée dans le désert dont les appareils subissent des températures au sol encore plus extrêmes qu'ailleurs. Les constructeurs travaillent encore sur l'amélioration des revêtements. Sur les A350 affectés, les défauts constatés par plusieurs compagnies aériennes sont concentrés autour du grillage antifoudre.

--

A350, peinture craquelée, Airbus, Qatar Airways
09/12/2021 20:25 AIRBUS-350/ FILE PHOTO: An undated image shows what appears to be paint peeling, cracking and exposed expanded copper foil (ECF) on the fuselage of a Qatar Airways A350 aircraft FILE PHOTO: An undated image shows what appears to be... (Crédits : Reuters)

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[Une image non datée montre ce qui semble être de la peinture écaillée, craquelée qui laisse apparaître par endroits un fin grillage en métal déployé (ECF) sur le fuselage d'un avion A350 de Qatar Airways immobilisé par le régulateur qatari. Image obtenue par Reuters. ]

(avec AFP et Reuters)

Jérôme Cristiani

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